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      La fille de Belzébuth

      May 15, 2012

      Par Annette Lamothe-Ramos, Portrait : Florian Büttner

      Photos d'archives publiées avec l'aimable autorisation de Zeena Schreck
      Portrait : Florian Büttner


      Zeena sur les rives du lac Grunewaldsee à Berlin. Portrait par Florian Büttner

      Au-delà des normes New Age et du penchant pour les sectes diverses et variées inhérents à la ville de Los Angeles, Zeena Schreck a reçu une éducation pour le moins étrange, dispensée par des parents qui ont contribué à rendre le Mal encore plus célèbre qu’il ne l’était. En effet, Zeena n’est autre que la fille des fondateurs de l’Église de Satan, Anton LaVey et Diane Hegarty. Elle est aussi l’une des premières à en avoir reçu le baptême.

      À l’âge de 13 ans, elle est déjà complètement endoctrinée par l’Église, reçoit régulièrement des menaces de mort et tombe enceinte. Ensuite, elle est ordonnée grande prêtresse et porte-parole de l’Église juste au moment où les yuppies des années Reagan commencent à flipper quant aux prétendus sacrifices d’enfants fomentés par sa congrégation au fond des bois californiens.

      Contre toute attente, Zeena se rebelle alors contre les zélotes égocentriques qui l’ont adulée et quitte l’Église en 1990 avec son mari, Nikolas Schreck. En 2002, le couple crée le Sethian Liberation Movement, un organe religieux qui autorise et enseigne la pratique de la magie sans que ses adhérents aient à répondre de leurs actes devant une secte autoritaire et, surtout, qui aide les anciens membres de l’Église de Satan à se libérer de leur triste passé. De cette manière, elle a réussi à passer d’une vie horrible à une certaine paix spirituelle et, même si je ne peux pas certifier qu’elle soit en possession de quelconques pouvoirs magiques, j’ai eu l’impression qu’elle anticipait exactement ce que j’allais lui demander à plusieurs reprises durant l’interview.

      VICE : Vous vous souvenez des premiers jours du satanisme ou c’était avant votre naissance ?
      
Zeena Schreck : Mon père avait expérimenté plusieurs choses, notamment des lectures en groupe le vendredi soir avec ce qu’il appelait « le cercle magique » ; il avait aussi présenté des spectacles burlesques avec des stripteaseuses déguisées en sorcière ou en vampire ; rien de tout cela n’était réellement « satanique ». Il se baladait avec un lion dans les rues de San Francisco et il faisait vraiment tout ce qu’il pouvait pour se faire de la pub. Un jour, un journaliste a écrit un papier qui le présentait comme le « premier prêtre de Satan » et ça lui a donné l’idée de lancer sa propre religion. Ça m’a fait penser à la manière dont L. Ron Hubbard a créé la scientologie et à la façon dont sont nées ces différentes sectes en Californie. Ma mère était terrifiée car elle voulait juste qu’on soit une sorte de Famille Addams, mais ça a pris une telle ampleur (et si rapidement) que tout est vite devenu incontrôlable.

      Vous avez connu les premiers fidèles de l’Église ? À quoi ressemblaient-ils ?

      Je me rappelle bien de certains qui prenaient les choses très au sérieux et qui croyaient à Satan d’une façon authentique – sans pour autant vraiment adhérer à la vision qu’Anton LaVey avait du satanisme. Il s’avère qu’il n’était pas très informé sur le sujet ; il a créé une version postmoderne du satanisme qui, au final, n’était que la manifestation de son ego.

      Savait-il vraiment dans quoi il s’embarquait ?
      Il était très confus. Cette confusion est d’ailleurs restée chez les héritiers de l’Église. On l’a accusé d’être un escroc – ce qui est vrai – mais ce n’était pas un escroc très efficace. Il a toujours été fainéant et ne se souciait ni de l’avenir, ni de sa famille. C’est ça, la vraie nature du satanisme de LaVey : fais ce que tu veux, vis seulement le moment présent, ne te soucie que de ta propre personne et fais en sorte que les autres se soucient de toi. Exactement comme un gros bébé.

      Ça faisait quoi de vivre sous le même toit qu’un type responsable d’une terreur d’ampleur nationale ?

      Nous n’étions pas très appréciés dans le voisinage ; notre présence brisait quelque peu l’harmonie du quartier. LaVey attirait un grand nombre de psychopathes qui laissaient des messages menaçants sur notre répondeur et nous n’avions pas d’autre choix que de les écouter nuit et jour. J’ai réussi à dépasser la plupart de mes traumatismes d’enfance, y compris le moment où j’ai dû retranscrire à la police la manière dont on a voulu me violer et me tuer à l’âge de 11 ans. On m’avait aussi entraînée à relever les plaques d’immatriculation de chaque voiture qui restait garée trop longtemps devant chez nous ; des vandales avaient l’habitude de venir lancer des œufs, des explosifs ou de tirer sur la maison. Le bruit d’un moteur de voiture m’effraie encore aujourd’hui car c’est le bruit qui précède toujours une attaque. Le satanisme n’est pas une partie de plaisir.

      Vos parents étaient-ils conscients de la difficulté d’être leur enfant ?
      Je devais me défendre toute seule car mes parents ne seraient jamais sortis du lit pour le faire. Il y avait d’autres personnes pour s’occuper de moi, puisqu’ils étaient accaparés par leurs propres problèmes. Cette mentalité pourrie – qui va de pair avec nos relations dysfonctionnelles ainsi qu’avec la violence, la peur et la paranoïa de mon père –, c’était ce qui se cachait derrière ses enseignements.

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      Thèmes: Église de Satan, Satanisme, Zeena Schreck, Anton LaVey

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