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      Les voyages de Polaroid Kidd

      March 7, 2013

      Un jour, dans le magazine où je bossais, une de mes collègues m’a appelé :

      « Euh, il y a un homme qui veut te voir », a-t-elle dit.

      « OK, ai-je répondu. C’est qui ? »

      « Eh bien… Je crois que c’est, euh, un mendiant. »

      Je n’étais pas au bureau. Elle m’avait appelé sur mon portable.

      « Qu’est-ce que tu racontes ? Un mendiant ? Comment il s’appelle ? »

      Il s’est avéré que le « mendiant » en question se nommait Mike Brodie, alias Polaroid Kidd, alias le photographe de 27 ans qui a déjà gagné une flopée de récompenses et ébahi tous ceux qui ont eu connaissance de son travail, du New Yorker aux curateurs des expositions du Louvre, avec ses clichés en 35 mm et ses Polaroid de hobos et de voyageurs. Ma collègue était une dame du Sud des États-Unis qui considérait que quiconque avait les ongles sales était un clodo, donc ça ne m’a pas tant surpris – sauf que Brodie venait d’être publié dans le magazine où elle et moi bossions. D’ailleurs, plus tôt, elle m’avait parlé de ses photos, et d’à quel point elle les avait aimées. Là, Brodie était en ville et il voulait passer dire bonjour. Mais elle l’a pris pour un sans-abri.

      Le monde dont témoigne Brodie est plein de vagabonds crasseux qu’ils a rencontrés alors qu’il sautait de train de marchandises en train de marchandises dans toute l’Amérique, dix ans durant. Il a parcouru près de 80 000 kilomètres et ses photos sont des instantanés de ce que Woody Guthrie appelle le « hard travelin’ » : des gamins qui mangent des fruits trouvés dans des poubelles ; des filles qui traînent dans des squats ; des cous brisés ; la liberté. Le jean bousillé qu’on voit dans son nouveau livre qui vient de sortir chez Twin Palms, A Period of Juvenile Prosperity, raconte tout : le pantalon est dans une baignoire et l’eau est devenue marron de poussière accumulée, de centaines de kilomètres de crasse et de poussière. Le pantalon flotte au-dessus de l’eau, rigide et gonflé, comme un cadavre.

      En ce moment, Brodie vit à Oakland et il prend toujours des photos, mais A Period of Juvenile Prosperity est son œuvre maîtresse, le témoignage de ses années passées sur la route. Le livre dépeint une vie dont la plupart des gens ne feront jamais l’expérience. Je n’ai jamais croisé Brodie. Quand enfin je l’ai rappelé, il s’apprêtait déjà à reprendre la route.

      Vous pouvez acheter le bouquin de Brodie ici. Y’a aussi une édition spéciale.

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      Thèmes: mike brodie, polaroid kidd, robert frank, william eggleston

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