©2014 VICE Media LLC

    The VICE Channels

      Quatre jours à ToddStock

      July 18, 2013

      Par Michael Patrick Welch


      La plantation Nottoway. Photos de Morgana King et Mike Hogan.

      JOUR 1

      Le temps de rejoindre White Castle, en Louisiane, à plus d'une heure de route de La Nouvelle Orléans, passé les marais, les enseignes de daiquiri et les vendeurs de tourte à la viande, il fait déjà nuit, et des halos de lumière enveloppent Nottoway. C'est une ancienne plantation qui sert aujourd'hui d'attraction pour les touristes. Les grandes étendues de verdure – où l’on trouve notamment un magnifique bassin d'eau salée, un terrain de volley-ball et un café – peuvent être loués pour des mariages, des fêtes d'entreprise, et apparemment, pour des anniversaires de rock stars vieillissantes qui s'étendent sur plus d'une semaine.

      La star en question, c'est Todd Rundgren, et il organise un petit festival sous prétexte de fêter son 65e anniversaire et les quinze ans de relation avec sa femme Michele. Ce festival, c'est ToddStock 2. Vous, le quidam, n'avez sans doute pas le réflexe de donner un nom à vos fêtes d'anniversaire, et sans doute pas non plus de fans prêts à banquer 799 dollars (sans compter le prix du voyage) et à camper dans leur propre tente pour savourer votre présence. Pour le prix de l'entrée, vous avez droit à deux repas au buffet et une heure de boissons à volonté par jour. Si vous voulez la clim' dans votre tente, il vous en coûtera un supplément de 200 dollars. Rundgren a organisé le ToddStock 1 il y a cinq ans, chez lui, à Kauai, Hawaï, et c'était gratuit pour quiconque faisait la route jusque là-bas : 300 inconditionnels s'étaient pointés pour le premier ToddStock. Cette année, l'événement (qui a eu lieu en juin) a réuni 160 personnes. Comme les ToddStockers étaient tous des Blancs très aisés, les villas de luxe de Nottoway étaient toutes occupées quelques heures seulement après l'annonce. Pareil pour le Best Western d'à côté. Ces gens sont plus que des fans, ce sont des apôtres, ou des membres d'une secte plutôt sympathique.

      On monte nos tentes dans le noir, puis on erre à travers le petit campement à la recherche de Ray Bong, un gourou psychédélique et accessoirement le fan de Todd Rundgren le plus inconditionnel que je connaisse. On le retrouve facilement en suivant les bips, les claps et les beats de ses instruments de techno analogique. Ray a 58 piges et il aime Rundgren depuis ses 14 ans, l'époque où ses parents ne le laissaient pas aller au concert de Nazz à El Paso, ce fameux concert au cours duquel Rundgren est tombé de la scène et s'est pété le pied. Bien qu'il puisse se vanter d'avoir des cheveux parfaitement teints tout au long de l'année, de ne porter presque que des tee-shirts sans manches, de jouer de la musique abstraite et de s'envoyer des quantités industrielles de protoxyde d'azote, Ray est ingénieur. Il a donc pu se payer des tickets pour le ToddStock et y emmener sa femme, Liz, ainsi que son collaborateur musical, Ryan. Ça fait 2 400 dollars plus les 200 pour la clim'. Ray est arrivé directement du Tennessee où il venait de passer 4 jours à camper et à prendre de la drogue au Bonnaroo Festival, un événement consacré à la musique et aux arts. Du coup, maintenant, il sent le fennec mort et il est incapable de prononcer une phrase sans y inclure Bonnaroo. Il m'a dit que son objectif, cette semaine, était non seulement de faire savoir à Todd Rundgren à quel point il avait influencé sa musique mais aussi de convaincre son héros de se produire au Bonnaroo 2014.

      Tout ce que je sais de notre hôte (pas grand-chose), je le tiens de Ray. Todd Rundgren est né près de Philadelphie, ville natale de Gamble and Huff et de Hall and Oates. Il a passé son adolescence dans le groupe Nazz, un combo psychedelic rockavec lequel il a écrit « Open My Eyes » sorti en 1968. Il a ensuite mené une carrière en solo et il a connu la gloire avec des morceaux soft-rock très simples comme « Hello It's Me », son plus grand succès. Guitariste de génie, il a participé à la naissance de l’époque rock progressif avec son groupe, Utopia. Au début des années 1990, il a construit ses propres ordinateurs et a passé du temps à coder et à programmer pour produire de la musique électronique, comme l'apocalyptique album interactif de rap No World Order. Comme faire de la bonne musique n'est pas toujours très lucratif, Rundgren a mené une carrière parallèle qui l'a conduit à produire des centaines de morceaux pour des artistes parmi lesquels on peut citer Janis Joplin ou XTC. Il a enregistré l'album Bat Out of Hellde Meat Loaf et le premier album des New York Dolls, en 1973. Pour ne pas devenir un de ces artistes périmés qui font des concerts pour les vieux fans nostalgiques afin de payer leurs factures (il est rarement chaud pour jouer autre chose que le dernier de ses douze albums), Rundgren a fini par offrir ses services au groupe Cars, issu de The New Cars, et il joue actuellement dans le All-Starr Band de Ringo Starr.

      Je commence à peine à cerner qui est Todd Rundgren – il est d'une époque que je n'ai pas connue. J'ai 39 ans, mais c'est assez jeune pour les standards de ToddStock. Les gens de mon âge ont tendance à considérer, à tort, que Rundgren fait du « rock classique » et les gens bien plus jeunes ne savent probablement même pas qu'il existe. Mais Ray et les autres Utopiens, des vieux, voient en lui un artiste intemporel et en transition constante, comme David Bowie ou Prince. Un pionnier du rock et de l'electro. Il n'y a quasiment rien en musique que Rundgren n'ait fait en premier. C'est en tout cas ce dont on commence à être convaincu quand on cohabite quatre jours de suite avec ses plus grands fans, tandis que le très riche répertoire de la star tourne en fond, sans cesse.


      Todd Rundgren fait du rap ? Todd Rundgren fait du rap.

      Ray Bong et moi observons les bus pleins de ToddStockers qui s'arrêtent et déversent leur flot de passagers au bar de la salle de danse de Nottoway. Tout le monde a passé la journée à un récital du Lower Ninth Ward Youth Orchestra à La Nouvelle Orléans. La secte des fans nantis de Rundgren a filé à l’orchestre 10 000 dollars et un camion plein d'instruments. Alors qu'ils remplissent la salle de danse pour une longue soirée open-bar, il devient clair que Ray est le seul cinglé véritable dans une foule qui, au premier coup d’œil, ressemble à un tas de gens un peu chiants. Des pubs pour le ToddStock avaient encouragé les participants à transformer leurs camps en installations artistiques à la Burning Man, mais à l’exception de quelques décorations hawaïennes sur quelques tentes, les participants ne semblent pas vraiment enthousiastes à l’idée de réveiller l’original qui sommeille en eux. Dode, un festivalier indescriptible, a construit un bar de fortune typé hawaïen avec une bonne sono, et un autre mec a loué un château gonflable peuplé de dragons. Ray est le seul à avoir ramené des tentures et une batterie de voiture pour alimenter ses amplis et ses claviers, ainsi qu'une petite guitare (un jouet), et un panneau avec un néon à son nom. (Il a aussi ramené de la MD pure et quelques cartouches de protoxyde d'azote qui lui restaient de Bonnaroo.) Je m'attendais à trouver plus de tarés comme Ray dans un festival à la gloire de la musique de Rundgren. Comme en atteste sa dernière œuvre, Todd est très, très loin de faire de la musique de vieux. Mais avec sa populace de baby-boomers, ses buffets vides et la programmation quotidienne de groupes de reprises, ToddStock ressemble plus à une croisière spéciale troisième âge autour du personnage de Todd Rundgren, un bateau à la dérive sur un océan de Todd.


      Ray Bong et son pote Ryan, au centre, avec les fils de Todd Rundgren.

      JOUR 2

      J'écris ça depuis un coin de la salle de danse, alors que Rundgren pioche dans le buffet du petit-déjeuner. Il porte un short hawaïen jaune et noir, un tee-shirt marron et des lunettes de soleil qui me rappellent Roy Orbison. Partout dans ToddStock, j'ai vu de vieilles photos de Todd Rundgren où il est magnifique. Toujours aussi frêle et pâle, Todd a désormais un peu de bide, même s’il est très en forme pour un mec qui va fêter ses 65 ans. Sa tête recouverte de cheveux noirs très fins est traversée en plein milieu par une bande de cheveux blonds platine. Quand il plisse les yeux, il a l'air d'un Ozzy Osbourne chétif ou d'un membre caché de Mötley Crüe.

      Malgré ses multiples allées et venues, ses fans ne l'abordent pas ; ils sont même très peu à le regarder. On m'a dit que beaucoup d'Utopiens avaient suivi Todd autour du monde pendant des décennies et qu'ils ont pris l'habitude de se prélasser dans sa lumière. Pour eux, il est tout à la fois l'étoile autour de laquelle ils gravitent, et rien d'extraordinaire. J'imagine que c'est moins embarrassant pour tout le monde. Du coup, Rundgren peut piocher des fruits et des biscuits en paix.

      Il est rejoint par sa femme, Michele, qui, je dois bien le reconnaître, est drôlement chouette pour une si vieille dame. Michele est une ancienne trapéziste qui a fait les chœurs du groupe de Rundgren sur la tournée Nearly Human. Ils ont eu une histoire relativement longue avant que Todd ne quitte Karen Darvin, une femme avec qui il était depuis longtemps. (Il a deux fils de sa relation avec Karen et un né de celle avec Michele, et il a aussi servi de figure paternelle à Liv Tyler, née Liv Rundgren, à l'époque où sa mère, Bebe Buell, vivait avec Todd.)

      Michele me voit en train de les observer au buffet. Elle me lance un sourire et me salue : « Bonjour Michael ! » On ne s'est rencontrés qu'une fois, la nuit dernière, et elle se rappelle déjà de mon nom.


      Todd Rundgren dans les années 1980.

      Pour le premier ToddStock, Michele et Todd avaient méticuleusement organisé tous les événements de la semaine. Cette fois, au nom de la détente d'anniversaire, on attend des Utopiens qu'ils s'amusent par eux-mêmes. Dans la salle à manger, un gros bloc-notes présente une liste des activités disponibles : un tour dans le marais, un mini-défilé de Mardi Gras, un « cercle de soins » et du yoga. On se dirige vers le bassin d'eau salée de Nottoway, un endroit magnifique et peu fréquenté où le sound system me donne un cours en accéléré sur la diversité de la musique de Rundgren :

      Hé, mais ça ressemble à The Shins, c'est quoi ?

      C'est Todd Rundgren.

      Whaouh, c'est Queen ?

      Non, Todd Rundgren.

      C'est le nouveau Phoenix ?

      Non, c'est un vieux truc de Rundgren.

      T'es sûr que c'est pas Hall and Oates ?

      Non mec. Rundgren.

      De quoi on cause quand on est à la fête d'anniversaire de Todd Rundgren, entouré de fans de Todd Rundgren, avec en fond musical tout le répertoire de Todd Rundgren ? Il se trouve que ça cause beaucoup de Todd Rundgren. On rencontre Jim Utopia de Philadelphie qui refuse de donner son vrai nom parce qu'auparavant, il a exercé des fonctions top secrètes, une histoire de sécurité de membres du gouvernement. On rencontre un chiropracteur et un conseiller en lactation, tous deux de New York. On rencontre une nana qui fait les RP d'une grosse maison de disques et arbore une coiffure Rundgrenesque avec la bande style mouffette, un pyjama et un petit sac à main Angry Birds (un clin d’œil au morceau « Angry Bird » du nouvel album de Rundgren, State), et pas moins de trois tatouages à effigie de la star. On tombe aussi sur Randy, le fils cadet de Todd, un mec svelte et grand, comme son grand frère Rex, joueur de baseball professionnel, plus musclé que son cadet. (Le troisième frangin, Rebop, est artiste et acteur.) Quand la foule des baigneurs se fait moins compacte, quelques Utopiens se mettent à rouspéter parce que Todd ne se mélange pas assez à la foule. « Il ne parle qu’à certaines personnes », râle le chiropracteur. Je ne sais pas ce que les gens attendent de lui, mais en observant Todd, j'ai l'impression que quand il n'est pas en train de se diriger vers quelqu'un pour discuter, il se montre parfaitement affable et disponible pour ceux qui l'abordent.


      Un tatouage représentant Rundgren sous les traits d'une statue moaï.

      À l’happy hour, on peut entendre Rundgren rameuter tout le monde en criant : « Que la fête commence ! » Le rockeur est allongé dans un transat, confortablement installé au milieu de ses adorateurs, aux abords d'un terrain de volley. Un fan est chargé de lui ramener des bières alors que d'autres Utopiens jouent au volley contre les bambins Rundgren qui ont tous grandi à Hawaï. Du fond de son transat, Todd est à fond dans le match.

      Au dîner, Ray Bong est contemplatif. Il me dit : « J'ai organisé un rendez-vous avec Michele. Todd va venir à mon campement demain à 16 heures. » Juste à cet instant, un flash mob exclusivement composé de nanas sorties de nulle part se met à beugler une version de « Couldn't I Just Tell You », une tuerie pop de Rundgren. Todd se lève sur sa chaise et agite les bras pour diriger la troupe.

      Je me retrouve finalement à manger à côté de Rex Rundgren et je lui touche un mot du plan de Ray pour convaincre son père de jouer à Bonnaroo. « Tu trouves qu'il y a sa place ? » me répond-il. C'est une question pertinente. Je lui dis que la seule chose qui compte, c'est que son père est assez psychédélique pour ce festival de drogués et que si Paul McCartney et Tom Petty peuvent jouer là en tête d'affiche, pourquoi pas Todd ?

      À la tombée de la nuit, tout le monde se rassemble devant le château de notre hôte pour voir des feux d'artifice tirés depuis la digue en son honneur. Avant que le spectacle ne commence, Rebop se saisit du micro et offre à son père son cadeau d'anniversaire : un vaporisateur sur lequel il a fait graver les mots We Have Family Values [= On a le sens de la famille]. Mais le mec qui devait faire la gravure a merdé, et au lieu de ça, il est écrit We have Family Valves [= On a des pistons de famille]. Les Utopiens rient aux éclats, puis Todd appuie sur la poignée d'un détonateur (qui me fait penser à ceux qu'utilise le Coyote lorsqu'il fait péter la moitié du désert pour essayer d'attraper Bipbip) et déclenche le plus fabuleux feu d'artifice que j'aie jamais vu. Les détonations sont couvertes par les haut-parleurs qui crachent une sélection des tracks les plus progressifs de Rundgren.


      Un live de la dernière tournée de Rundgren.

      JOUR 3

      Au buffet du petit déjeuner, Todd a troqué son tee-shirt marron contre un vert, mais il porte toujours le même short de surf hawaïen. Sur la petite scène de la salle de danse, un guitariste avec un petit bouc gris, joue « Hello It's Me » les yeux fermés. Il n'a pas l'air de se rendre compte que Rundgren est debout à quelques mètres de lui. Je me sens très mal pour ce guitariste. J'imagine que dans la liste des morceaux que Rundgren ne veut pas entendre, le seul qui puisse disputer la première place à « Hello It's Me », c'est « Hello It's Me joué par quelqu'un d'autre ».

      Tout le long de la journée, Ray Bong refuse de quitter le poste de commande. Michele a dit que Todd y ferait une halte vers 16 heures, mais Ray ne veut surtout pas le rater au cas où il passerait plus tôt. Vers 15h20, juste après que ma femme a fini un drapeau aux couleurs de ToddStock dans la tente consacrée aux travaux manuels, elle court vers moi avec son appareil et me montre une photo de Todd Rundgren qui s’assoit dans une chaise pliante dans le camp de Ray Bong, et qui regarde Ray jouer sa « musique » de cinglé. On traverse ToddStock en courant, sous une chaleur écrasante, juste pour voir ça.


      Ray Bong joue pour Todd Rundgren.

      Le show de Ray s'organise autour d'une petite boîte analogique noire, « un coron », qui génère un son quand on la touche. Le son peut être manipulé à l'aide de boutons. De tous les gens que je connais, personne n'a jamais vu ou entendu parler du coron, peut-être parce que Ray achète TOUS les exemplaires qu'il trouve sur le Net, juste histoire que personne d'autre n'en ait. Ray, le coron, c'est son truc. Il en offre un à Todd qui se joint alors à lui pour une jam session improvisée et un peu bancale. Il réalise au passage l'un des rêves les plus fous de Ray. Avant de partir, Todd accepte de jeter un coup d’œil à la programmation du Bonnaroo – il n’en a jamais entendu parler. Il a tout compris à la façon dont il peut entretenir son culte : il est attentif à ses vrais fans et essaie de les rendre heureux.

      Bien que n’étant pas un fan inconditionnel, je ne peux pas m'empêcher de me sentir honoré quand il accepte de m'accompagner pour une partie de pêche afin que je l’interviewe (je suis le seul journaliste accrédité pour l'événement). Je lui montre une grosse canne destinée à la pêche aux requins, elle est rose avec des LED qui s'allument quand on actionne le moulinet. Le genre de truc que Rundgren pourrait trimbaler sur scène. Je lui explique comment lancer avant de lui dire qu’à titre personnel, j'aime beaucoup découvrir ses morceaux qui tournent constamment, à toute heure du jour et de la nuit, et dans tous les coins de Nottoway. Mais j'imagine que ça doit être un peu chiant pour lui. « Ouais, il faut que je ferme mes oreilles », me répond-il. Malgré la forte chaleur de l'après-midi, Todd se marre beaucoup pendant nos 25 minutes d'entretien. C'est vraiment un type chouette.


      Mon entretien avec Todd.

      Ma femme s'enquille un peu trop d'alcool pendant l’happy hour, gratuité oblige, et elle échoue dans notre tente. Je me retrouve seul pour le dîner. Je m’assieds dans un coin. Quand Rundgren arrive dans la salle à manger, la queue devant le buffet est interminable. Comme il ne veut pas gruger et comme je suis la seule personne à ne pas avoir sa tronche sur mon tee-shirt, Todd vient s'installer à ma table. On discute de l'amour de Ray pour le protoxyde d'azote ; la nuit précédente, Ray a tombé toutes les cartouches de protoxyde d'azote qu'il avait ramenées de Bonnaroo. Mike, mon caméraman, un fan de longue date qui porte un tee-shirt « Got Todd? » se joint à nous alors que Todd me raconte qu’il adore cuisiner, et notamment faire un petit roux. Mike dit qu’il n'a pas la patience de cuisiner. Todd lui lance : « T'es une gonzesse. » Mike est aux anges.

      Après le dîner, Rundgren nous dévoile un film qui retrace la réalisation de l'album A Wizard, a True Star. Le film est truffé de gros riffs de rock progressif, de costumes dingues, de passion et de sueur. On dirait un croisement entre Meat Loaf et Prince. Après ça, un fan offre à Rundgren une guitare Lucite translucide avec une lumière verte à l'intérieur, peut-être une référence aux lyrics qui parlent d'une « glass guitar » (une guitare de verre) sur l'album Rade Utopia. Un groupe composé d'Utopiens se lance alors dans un concert de reprises, ponctué d'un morceau original intitulé « Thank You Mrs. Rundgren », une balade au piano dédiée à la mère de Todd.


      Todd Rundgren au dîner, lors du dernier jour de ToddStock.

      JOUR 4

      Au petit matin, des roadies professionnels font leur apparition dans l'immense tente blanche du château habituellement utilisée pour des mariages, et ils commencent à installer les ordinateurs, les lasers et la batterie électronique pour le concert de Rundgren, la cerise sur le superbe gâteau qu'est cette fête. Aujourd'hui, le groupe de Rundgren se compose du batteur Prairie Prince (la star de Journey and the Tubes) et du guitariste Jesse Gress. Ils ont tous deux accompagné Rundgren sur sept albums à la croisée de divers genres musicaux. Todd sera au centre de la scène, sur une plateforme entourée de lumières, de pédales Roland et un iPad, et équipée d'un ordinateur à écran tactile géant auquel on a ajouté une plaque de verre grossissant. Jusqu’aux années 1990, Rundgren devait construire lui-même ce genre de poste de commande. Maintenant, on peut trouver tous ces trucs chez Office Depot.

      Todd va jouer principalement des trucs tirés de State, un disque techno inspiré par sa récente collaboration avec les jeunes Tame Impala et Lindstrom, le DJ suédois. Il paraît que certains fans se sont barrés de concerts récemment, pas chauds pour suivre Todd dans son trip electro. Mais les ToddStockers, eux, sont si profondément fans qu'ils adorent chacun de ses tournants musicaux, aussi radicaux soient-ils. Le culte de Todd n'a sans doute pas l'air très différent de... disons un groupe de Parrotheads de Jimmy Buffett, mais leur goût pour la musique est bien supérieur, à ce qu’il me semble.


      Le gâteau d'anniversaire de Todd.

      Au dîner, un énorme gâteau d'anniversaire avec une reproduction de la guitare verte caractéristique de Todd Rundgren trône sur le piano de la salle à manger. Il est entouré de brosses à dents aux couleurs de Todd, cadeaux d'un dentiste utopien. Le buffet, qui met un point final aux quatre jours de festivités, est branché hawaïen : un rôti de porc, une salade de thon poki, du poisson à la noix de coco, des côtelettes fumées, des pot stickers et des beignets frits. Michele et Todd entrent dans la salle de danse vêtus de kimonos confectionnés par un fan en guise de cadeau d'anniversaire. Caché derrière des grosses lunettes de soudeur qui sont devenues sa marque de fabrique sur la tournée State, Todd prend la parole et s'adresse à la foule. Il les remercie, les taquine de quelques vannes sympathiques et ajoute : « Je ne serai certainement pas capable de discuter avec vous tous après dîner. » Comprenez : À partir de maintenant, foutez-moi la paix, j'ai du boulot.

      Alors que Todd conclut son discours, un type se met à chanter « Fade Away ». Un membre de l'assemblée se joint à lui. Quand il apparaît évident que la foule de fidèles a organisé un moment magique digne d'une comédie musicale, Todd lui-même chante un couplet en solo avant que toute l'assistance ne reprenne en cœur.


      Todd chante pour la foule du ToddStock.

      Enfin, le groupe monte sur scène. Rundgren porte un tee-shirt cubiste noir et blanc et il a gardé ses lunettes de soudeur. Prairie Prince et Jesse Gress sont vêtus de combinaisons psychédéliques et de gros casques. Aujourd'hui, ToddStock a accueilli la presse et d'autres personnes qui n'étaient pas là pendant la semaine, ce qui veut dire que la foule frôle les 200 personnes.

      Rundgren se lance avec le premier morceau de l'album State, « Imagination », et joue finalement presque tout l'album. Il ne touche presque jamais à sa guitare et quand il la prend, il la laisse parfois pendre avant de claquer une note. Son micro se dresse derrière lui, passe par-dessus sa tête et redescend pour pendre devant sa bouche afin ne pas gêner les chorégraphies élaborées prévues pour chaque chanson.

      La musique tient peu du rock classique, du coup, il y a très peu de sons qu'un baby-boomers pourrait reconnaître. Mais Rundgren leur donne un cours magistral sur la rock star attitude : Vous ne comprenez peut-être pas cette musique, chers fidèles, mais vous ne pouvez nier mon pouvoir.Peu importe ce que ses fidèles pensent de l'album, ils hochent la tête et sautent et acclament et applaudissent (les Blancs adorent applaudir) alors que Todd fait des trucs que lui seul peut faire.


      Rebop, le fils de Todd, danse au concert de son père.

      Rundgren joue plusieurs morceaux electro composés avant l’apparition des ordinateurs portables : « No World Order », « The Future », « The Truth ». Il balance un peu de rap, des versions techno killerde « Secret Society » de Utopia, et le morceau « Prime Time » des Tubes, avant de finir par des versions déchaînées de quelques-uns de ses classiques : « I Saw the Light », « Can't We Still Be Friends », et bien entendu, « Hello It's Me ». Le tout jeune vieil homme de 65 ans salue la foule d'une révérence et quitte la scène, couvert de sueur après une heure de live ininterrompu. L'intuition azotée de Ray était juste, ce show ferait un tabac à Bonnaroo.

      La majorité de la presse est restée hors de la tente pendant le concert, alors que chacun des 160 Utopiens reste devant la scène, les yeux pétillants et le cœur vibrant à chaque coup de grosse caisse. Ils ne savent pas exactement quoi faire de la tempête que Todd leur envoie, mais au fond, ça n'a pas grande importance. Ils l'aiment, ils aiment ce qu'il fait pour eux et ils le suivront, où qu'il aille et quoi qu'il fasse.

      Michael Patrick Welch est un musicien, journaliste à La Nouvelle Orléans, et il est l'auteur de plusieurs livres dont The Donkey Show et New Orleans : the Underground Guide. Ses travaux sont apparues dans McSweeney's, Oxford American, Newsweek, Salon, et bien d'autres publications. Suivez-le sur Twitter ici.

       

      Plus de légendes :

      UNE LONGUE INTERVIEW DE FLAG – Les retraités de Black Flag rejouent sous un autre nom

      DES HISTOIRES DE SABBATH AUTOUR DE LA MAISON D'OZZY – Marshall headphones: on the road (vidéo)

      MOGWAI – Une vidéo Noisey

      -

      Thèmes: Tod Rundgren, Bebe Buell

      Commentaires