MC Daleste est le septième artiste de baile funk assassiné à São Paulo

À croire que quelqu’un déteste vraiment le baile funk

Par Eduardo Roberto et André Maleronka

L’Internet brésilien a implosé le week-end dernier quand une vidéo montrant MC Daleste se faire tuer par balle a été postée en ligne. MC Daleste, de son vrai nom Daniel Pellegrine, 20 ans, faisait partie de la scène du funk ostentação de São Paulo. Il a été abattu samedi dernier à Campinas, une ville brésilienne de l’État de São Paulo, à l’occasion d’un concert gratuit qu’il donnait dans un festival en plein air, juste devant une cité. Au tout début de son set, entre deux morceaux, un coup de feu a éclaté et Daleste s’est écroulé.

MC Daleste est le septième artiste de baile funk assassiné dans l’État de São Paulo depuis 2010 – cinq MC, un DJ et un manager, tous morts dans des circonstances encore floues. Mais, de tous ces meurtres, celui de Daleste a créé le plus grand tollé dans les médias et les réseaux sociaux, en partie parce qu’il était très apprécié. Même si MC Daleste n’a jamais sorti de clip officiel, ses chansons ont accumulé des millions de vues sur YouTube et il a réuni des milliers de followers sur Facebook et Twitter.

Après sa mort, plusieurs vidéos montrant le moment du crime ont fait surface. Elles ont été filmées par des fans présents dans la foule et se sont propagées sur YouTube et sur Facebook comme une traînée de poudre.

Il y a déjà eu plus de 4 millions de vues de sa mort sur YouTube, et à en juger par les commentaires, beaucoup d’internautes s’en réjouissent. Le baile funk est une tradition chez les Brésiliens noirs et pauvres. Beaucoup perçoivent donc ce genre, à tort, comme une musique vulgaire, populaire, et considèrent qu’une mort comme celle de Daleste est un aspect inévitable de cette sous-culture. Pour eux, le meurtre de Daleste signifie simplement qu’il y a un fauteur de troubles de moins dans la rue. Même le président de l’Association des familles et des amis des officiers de police de São Paulo a lancé des feux d’artifice en ligne pour célébrer la mort de ce jeune type de 20 ans.

Mais il y a pire : il existe un FPS simulant la mort de Daleste. Dans la vidéo promotionnelle du jeu – en fait une version modifiée de Doom –, on voit quelles cultures et quelles races les créateurs aimeraient rayer de la surface de la Terre. Il y a des références à la chaîne Globo TV, au programme d’aide sociale appelé Bolsa Familia, à Regina Casé (qui présente une émission multiculturelle populaire intitulée Esquenta), au chanteur de baile funk Tati-Quebra Barraco et au Parti des travailleurs du pays. Tous ces éléments sont très mal vus par la classe aisée, traditionnellement blanche, du Brésil. La vidéo se termine sur un cri de guerre du BOPE, une unité de forces spéciales de la police militaire de Rio. Le texte dit : « Dieu merci, il brûle désormais en enfer et fait le bilboquet sur la bite brûlante de Satan… »

Cette haine n’est pourtant pas surprenante. Elle est née en même temps que le funk ostentação, il y a une décennie. Le genre est apparu en banlieue de São Paulo, où les habitants se sont emparés du baile funk, importé de la culture des boîtes de nuit de Rio. Les paroles et les beats sexuels de Rio mélangés au gangsta rap type 50Cent des États-Unis ont donné ce qu’on a fini par appeler le funk ostentação – le « funk ostentatoire ».

La montée du funk ostentação a eu lieu en même temps qu’une croissance économique sans précédent au Brésil, entraînant une mobilité sociale nouvelle pour les classes les plus défavorisées. Grâce à cette mobilité, les habitants des quartiers les plus pauvres de la ville ont pu avoir accès à des ordinateurs, à Internet et aux réseaux sociaux. Daleste lui-même a produit ses premiers morceaux dans un cyber-café de son quartier, Penha, dans la zone est de São Paulo.

Au début de cette croissance, le baile funk de São Paulo était « proibidão », ou « strictement interdit ». Les paroles se concentraient sur le quotidien des musiciens : crime urbain, luttes de pouvoir avec la police, armes, trafic de drogue, crime organisé. Et la mort, bien sûr.

Le lien direct avec le monde du crime m’a donné envie d’en savoir plus sur les morts de musiciens comme Daleste. J’ai voulu savoir comment les enquêtes des six autres assassinats du funk ostentação de São Paulo avançaient.

Les meurtres ont commencé le 10 avril 2010, lorsque MC Felipe Boladão et son DJ Felipe ont été abattus par deux individus en moto, devant la maison de Felipe à Praia Grande, une ville côtière de l’État de São Paulo. Ils attendaient une voiture qui devait les amener à Guarulhos City, où ils devaient jouer ce soir-là.

Toujours sur la côte de l’État, à Santos, MC Duda do Marapé a été tué d’au moins neuf coups de feu en avril 2011. Il avait 27 ans. Des témoins ont rapporté que deux individus en moto avaient commencé à tirer. Un étui de balles pour calibre .40 avait été retrouvé sur la scène du crime, près d’une gare routière connue pour être un haut lieu du trafic et de la consommation de drogue.

Jadielson da Silva Almeida, plus connu sous le nom de MC Primo, a été exécuté de 11 coups de feu, devant ses enfants, au Jockey Club de São Vicente. Il avait 28 ans. Il garait sa voiture chez lui quand deux hommes dans une voiture blanche se sont approchés. Ce drame a eu lieu le 19 avril 2012.

Neuf jours plus tard, MC Careca était la victime suivante. Également à Santos, il a été exécuté par des tirs de calibre .12 dans la tête, à côté du salon de coiffure où il travaillait. Careca aurait reçu auparavant une menace de mort pendant les funérailles de Primo.

La mort de ces MC a attiré l’attention des gens sur une vague de meurtres dans la région de la Baixada Santista. Trois flics ont été arrêtés mais acquittés par la suite. À l’époque, l’atmosphère dans l’État de São Paulo était très tendue.

Le corps d’un manager connu sous le nom de Japonês do Funk (Ricardo Vatanabe, 42 ans) a été retrouvé étranglé avec un câble dans son bureau de Santos, le 28 novembre 2012. En plus d'investir dans les artistes de baile funk, Japônes travaillait dans l’immobilier, possédait une boîte de nuit à São Vicente et avait été, par deux fois, candidat à un poste de conseiller municipal.

En février, la police a arrêté sept hommes accusés d’avoir fait partie d’un « tribunal criminel » – où les criminels jugent et condamnent ceux qui brisent les codes de conduite. Un des hommes impliqué dans sa mort s’appelait Marcelo Garcia.

J’ai contacté le Département de la sécurité publique de l’État de São Paulo pour en savoir plus sur l’avancée de toutes ces enquêtes. Ils ont reconnu que ces affaires étaient encore non résolues et qu’ils n’avaient aucune nouvelle piste. De façon étrange, l’affaire de Duda a été portée devant un tribunal avec un « accusé non identifié », ce qui ne risque pas de faire la lumière sur l’affaire.

L’unité du Département général des enquêtes (DIG) chargée des homicides devra enquêter sur le meurtre de Daleste. Pour le moment, ils ne disposent d’aucune information sur un quelconque suspect. Plusieurs MC de baile funk de São Paulo et de Rio, tels que MC Pocahontas, MC Rodolfinho, Guimê et Leo da Baixada, ainsi que des fans, ont rendu hommage à Daleste. Une manifestation appelant à la paix au sein de la scène baile funk se déroule ce mardi 16 juillet à Vale do Anhangabaú, à São Paulo. Mais qui sait combien de meurtres de MC il faudra avant que la police et l’élite brésilienne ne se rendent compte de l’importance de ces vies, et que des enquêtes sérieuses soient entreprises sur ces meurtres.

 

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