J'ai suivi à la lettre les conseils d’une app d’astrologie pendant 7 jours

Un seul objectif : améliorer ma vie sur le plan spirituel pour votre plus grand plaisir et ma propre humiliation.

Si, comme moi, vous vous délectez de la mauvaise réputation accordée à votre signe (je suis Scorpion) ou avez reçu à Noël Le Petit Livre du Zodiaque, l’application Co-Star est sans doute déjà téléchargée sur votre téléphone.

Cette appli (disponible uniquement en anglais) compte plus de cinq millions d’utilisateurs sur la planète Terre et promet « une expérience sociale hyper personnalisée, qui fait entrer l’astrologie dans le 21e siècle ». Elle fonctionne avec des algorithmes et utilise des données de la NASA, les recherches d’astrologues professionnels ainsi que votre thème astral complet (soit votre signe solaire, votre ascendant, votre signe lunaire et celui des huit autres planètes du système solaire) pour vous fournir un horoscope journalier hautement personnalisé. Celui-ci comprend une liste de trois choses à faire et à ne pas faire (Do’s & Don’ts), un petit conseil quotidien, des recommandations sur qui, parmi vos amis Co-Star, est à voir ou à éviter, ainsi que de sages paroles à méditer pour les mois à venir.

Mon père vous expliquera sans doute mon addiction à cette app comme une conséquence inévitable de ma décision d’entreprendre des études artistiques, mais c’est probablement parce qu’il est Bélier (eww). En réalité, il y a quelque chose d’assez réconfortant à s’en remettre aux étoiles quand le monde entier semble partir en vrille.

Ceci étant dit, il est utile de préciser que les suggestions quotidiennes de Co-Star affichent un certain penchant pour l’impénétrable (que suis-je censée comprendre lorsque je reçois une notification qui me dit « DO : chapeaux en aluminium, DON’T : cloches et sifflets » ?!?) Pour votre plus grand plaisir et ma propre humiliation, j’ai donc décidé de passer une semaine à suivre les conseils de cette app afin de voir si ma vie en deviendrait vraiment plus éclairée sur le plan spirituel.

Jour 1 : « Affronte ton passé »

·   DO : Terrains de jeux, Saltos, Faces B.

·   DON’T : Lattes, Vieux pull, Mauvaises habitudes

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Putain de saltos. Il n’aura fallu que quelques heures aux étoiles et à Co-Star pour menacer de détruire mon intégrité journalistique. Bon à savoir : mes articulations ont la sale habitude de craquer en signe de protestation quand je tape trop vite sur mon clavier, alors je n’ai même pas osé imaginer comment elles auraient réagi à la moindre tentative de gymnastique. Aussi, notez que je mesure 1,80 m. J’ai tendance à promener cette taille supérieure à la moyenne avec la grâce d’un veau nouveau-né. Je peux donc vous assurer que je n’ai pas essayé de faire de salto.

J’ai plutôt décidé de me contenter de retrouver l’enfant qui sommeillait en moi. Je suis allée trainer au parc, découvrant que les planètes n’étaient visiblement pas omniscientes : il pleuvait à verse. Le terrain de jeu détrempé sur lequel j’ai débarqué ressemblait plus à un lieu où des ados s’étouffent sur leur premier joint qu’à un portail qui me permettrait de communiquer avec mon inner-child. Mais il en était ainsi : les étoiles avaient parlé et je me devais de leur répondre.

Rétrospectivement, le fait que le parc ait été désert a été une bénédiction ; j’imagine que personne n’aurait eu envie de voir une meuf 21 ans gesticuler sur les barres de singe. Au bout d’un moment, ma gaucherie à la Bambi s’est quand même un peu estompée. Le fait de tournoyer dans un bol en plastique géant jusqu’à en avoir la nausée a libéré en moi une joie pure et enfantine dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

J'essaie de comprendre les permutations.

Jour 2 : « Essaie d’avoir une réaction »

  • DO : Décoration, Permutations, New Wave
  • DON’T : Stéréotypes, Sous-estimation, Marges

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Comme la plupart des étudiants en littérature, j’ai laissé tomber les maths dès que l’occasion s’est présentée. Le mot « permutations » a bien entendu réveillé mon traumatisme mathématique latent. Je me suis revue à treize ans, penchée sur un devoir taché de larmes après avoir piqué une colère totalement inappropriée pour une gamine de mon âge. Mais je n’étais plus cette petite fille. J’avais même réussi à calculer un pourboire de 15 % lors de mon service de la semaine dernière, SANS CALCULETTE. Permutations, bye bye.

Pour embrasser mon instruction « New Wave », j’ai mis mon tee-shirt Specials et lancé une playlist Spotify This Is New Wave dans mes écouteurs. Je me sentais ultra-cool, et même un peu edgy. Ce délicieux sentiment a cependant été rapidement écrasé deux heures après le début de mon service par le père d’un client qui essayait d’être drôle : « Chouette t-shirt, je parie que vous ne connaissez que “A Message to You Rudy”. » Comme le statut de rédactrice free-lance ne m’a malheureusement pas encore propulsée tout en haut de l’échelle sociale, je suis toujours prête à échanger ma dignité contre un pourboire. Malgré l’envie irrésistible de lui dire d’aller se faire foutre, j’ai opté pour un mielleux : « Merci, monsieur ! Mais j’adore vraiment tout ce qu’ils font. La nourriture vous convient ? »

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Arrivée chez moi trop énervée pour continuer mes réflexions sur les permutations, j’ai punaisé quelques posters sur mon mur vide. C’est probablement la seule chose qui m’a rapproché de la spiritualité ce jour-là.

LE LENDEMAIN DE LA VEILLE, APRÈS AVOIR ÉTÉ AUSSI HONNÊTE QUE POSSIBLE EN SOIRÉE.

Jour 3 : « Sois aussi honnête que possible »

  • DO : Décoration, Permutations, New Wave
  • DON’T : Glossaires, Forums, PowerPoints

Co-Star met à jour sa liste quotidienne de do’s & don’ts à minuit. À cette heure-là, j’en étais à sept vodka sodas après une soirée assez épouvantable… ce qui explique pourquoi je checkais Co-Star sur le dancefloor à 00 h 03.

Furieuse de voir revenir les permutations, j’avais décidé de me concentrer sur l’instruction générale, à savoir « honnêteté ». Spoiler : L’alcool a rendu cette injonction dix fois plus facile. Ce qui, pour un œil non averti, a pu passer pour un déversement de confidences trop intimes chuchotées à l’oreille de personnes fraîchement rencontrées était en fait un engagement inébranlable envers mon travail journalistique.

Sans surprise, je me suis réveillé en plein stress, deux minutes avant mon premier cours — sauf que mon appartement refluait maintenant le vieux rade (si vous êtes la personne qui a renversé du Prazsky sur mon canapé mercredi dernier, c’est le moment de vous dénoncer).

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D’habitude, j’aurais envoyé à mon prof un bref mail d’excuse expliquant que « je ne pouvais pas assister au cours d’aujourd’hui parce que [insérer ici un petit problème de santé] ». Or, cette technique malhonnête m’était formellement interdite. J’ai donc expliqué au prof que mon absence n’était pas due au COVID, mais bien à une violente gueule de bois et aux instructions d’une application qui m’invitait à « éviter les PowerPoints ». Il ne m’a jamais répondu. 

UN PEU DE COMFORT FOOD, COMME CONSEILLÉ PAR CO-STAR.

Jour 4 : « Est-ce que vous pensez à garder le sourire ? »

  • DO : Comfort Food, Douche chaude, Soirée cinéma
  • DON’T : Hurler, Auto-sabotage, S’attendre au pire

Co-Star, si tu lis ceci, voilà enfin une liste de choses à faire qui m’a semblé digne d’intérêt ! Et même si la douche chaude a dû passer à la trappe puisque mon coloc était arrivé en premier dans la salle de bain, une toilette tiède et un plateau de sushis m’ont apporté un bonheur ultime comparé à cette injonction à l’honnêteté et ces notions mathématiques traumatisantes.

MOI, EN TRAIN DE FAIRE MA PROPRE PUB.

Jour 5 : « Faites-vous entendre »

  • DO : Annonces, Publicités personnelles, Crème solaire
  • DON’T : Publicités ciblées, Accusations, Spam

La crème solaire, ça a été assez facile. Comme je fais absolument tout ce que Rihanna me dit de faire, appliquer quotidiennement de l’écran solaire est pour moi une chose indispensable. Les « publicités personnelles », ça aura été une autre histoire.

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Peut-être est-ce un manque général de confiance en moi, ou le fait de ne pas être née à Los Angeles, mais dans tous les cas, n’importe quelle forme d’autopromo me met profondément mal à l’aise. Choisir des photos pour mon profil Tinder ou rédiger une lettre de motivation pour un job a toujours été une expérience super angoissante. L’autodépréciation est plus facile, beaucoup moins gênante, et c’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle j’ai décidé en premier lieu d’écrire cet article.

Encore une fois, les étoiles ont été douloureusement claires sur ce qu’elles attendaient de moi. Pour rester dans le thème de la semaine tout en tentant de trouver l’amour, je me suis donc rendue sur Grafton Street — la zone commerciale la plus fréquentée d’Irlande — avec une publicité personnelle d’inspiration astrologique accrochée sur la poitrine.

Après quelques regards perplexes et des inconnus me filmant pour le plaisir fugace de leur communauté TikTok, j’ai réalisé que je n’obtiendrais pas la réponse passionnée que j’espérais. La preuve irréfutable que les Scorpions sont vraiment le signe le plus détesté de la planète. Comment ai-je trouvé cette expérience ? Profondément dégradante.

FAIRE LA ROUE : MOINS RISQUÉ QUE LES SALTOS SI VOUS TENEZ À VOTRE VIE.

JOUR 6 : « Vous recherchez l’abstraction ? »

  • DO : Inconnus, Boissons chaudes, Roues
  • DON’T : Excuses, Arriver en retard, Unfollowing

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Dis Co-Star, est-ce que mon manque de condition physique te fait marrer ? Les boissons chaudes ça OK je peux gérer, mais me donner deux instructions acrobatiques en une seule semaine me laisse à penser que tu te fous de ma gueule.

Heureusement, apprendre à faire la roue restera toujours moins dangereux qu’un salto. Comme mon grand corps susmentionné empêchait tout entraînement à l’intérieur, j’ai fait d’une pierre deux coups en tentant de faire la roue devant des inconnus au milieu d’une rue piétonne.

Pour le meilleur ou pour le pire, cette semaine aura au moins contribué à diminuer mon sentiment de honte de moi. Après avoir cherché l’amour sur Grafton Street, faire une roue (ou, techniquement parlant, une demi-roue) m’a semblé être un jeu d’enfant. J’ai même eu droit à une salve d’applaudissements de la part d’un groupe qui passait par là… Pékin 2022, me voici.

L’AUTEURE EN TRAIN DE CONSPIRER AVEC ELENA, UNE AMIE SUR CO-STAR.

Jour 7 : « Essayez de voir les choses sur le long terme »

  • DO : Choix multiples, Lampes à lave, Téléphone
  • DON’T : Scrolling, Haïkus, Scepticisme
  • Conspirer avec Elena

Enfin une instruction pour « conspirer » avec quelqu’un de la même ville que moi ! Au lieu de m’incriminer en décrivant les saloperies que nous avons prévu de commettre lors de notre rencontre, vous vous contenterez d’une photo.

Obtempérer à l’interdiction de scroller a été légèrement plus difficile. Bien que j’avais supprimé Instagram pour la journée, je me suis retrouvée à cliquer frénétiquement sur l’espace vide que l’app occupait habituellement sur mon écran d’accueil, comme un labrador qui pleurniche devant une gamelle vide. Ça m’a fait réaliser à quel point j’étais esclave de la technologie. Grâce à ça, mon sentiment de honte et de dépréciation de moi-même est revenu en force.

Je ne peux pas nier que lors de cette semaine, les recommandations de Co-Star ont été quelque peu inégales. Mais après avoir passé sept jours à ravaler ma fierté, le fait de sortir de ma zone de confort m’a au final offert une impression de régénération (bien que souvent accompagné de gêne mortifère). Avec le recul, je remarque que confier le déroulement de ma semaine aux planètes m’a parfois apporté un élément de tranquillité dans ce monde de plus en plus insensé. Cela dit, je vais quand même attendre quelques jours avant de me pointer à nouveau sur Grafton Street. Tout ego a ses limites, même celui d’un Scorpion.

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