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La caverne de la brutalité - Le cas Green Day

En ce qui concerne Green Day, je me suis bien comporté pendant longtemps.
1.12.11

En ce qui concerne Green Day, je me suis bien comporté pendant longtemps. Quand le groupe est devenu « OK » en 1994, j’ai fermé ma gueule. Et beaucoup de mes potes ont fait de même. Pour nous, mecs du punk, désavouer publiquement le plus gros groupe du genre aurait été perçu comme une forme d'agressivité, qui plus est motivée par de l’aigreur. De plus, l’ascension de Green Day a montré à quel point il était futile de critiquer les groupes parce qu’ils « vendent ». C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais en 1994 et en 1995, les concerts du groupe étaient envahis par des mecs – adultes en plus – qui agitaient des panneaux contre les majors dans la fosse, comme s’il s’agissait d’une manifestation de la CGT. Mais je m’efforçais de ne pas raisonner de la même manière qu’eux. Green Day m’a prouvé que j'avais tort. J’ai donc changé d'avis.

Retour en Juillet 2011, dans le hall d’un hôtel israélien pourri. Je m'efforce de tuer le temps. Dans un coin de la pièce, une télévision diffuse des clips de Green Day. Cet événement apparemment « normal » a piqué ma curiosité. J’ai pris une chaise, je me suis assis, et j’ai regardé un clip, puis un autre, et encore un autre. J’étais conscient, bien entendu, qu’ils existaient toujours. De loin, j’avais entendu dire qu’ils continuaient à sortir des disques et qu'ils avaient même mis en scène un opéra-rock à Broadway. Maintenant je comprends à quel point j’avais volontairement tenté de les oublier. Alors que j’avais passé les 17 dernières années de mon existence à ignorer ce groupe, eux au contraire, n'avaient jamais cessé de me regarder du coin de l'oeil. En sous-marin, ils travaillaient dur pour gâcher ma vie. J’entendais leurs chansons depuis des années, un peu comme si elles constituaient la bande originale de ma vie de tous les jours. Leur musique m’a tourmenté dans les supermarchés, les halls d’hôtels, les aéroports et ces putains de cabinets médicaux.

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Cette prise de conscience soudaine m’a fait l’effet d’une bombe. La dernière fois que je m’étais intéressé à ce groupe, en 1994 donc, c’était juste une bande de petits mecs qui faisaient leur numéro pop-punk post-adolescent. Mais en 17 ans, va savoir comment, ils se sont transformés en un truc immense et atroce, qui pleurniche une énorme soupe et qui rassemble tous les pires aspects de la musique pop : la grandiloquence absurde des années 1990, les horreurs gothiques de la scène rock des années 1980 et la sincérité moralisatrice des ballades des années 1970. Pire, ils sont aussi tenaces que des cafards ; ils refusent catégoriquement de mourir, ou juste, de disparaître à petit feu.

Assis devant la télé, je me suis attelé à un petit exercice de calcul mental. Je me devais de mettre à jour la longue et  terrible liste des zikos que je hais le plus. Nick Cave, les « Guns », REM, Lou Reed? Green Day est clairement, et en toute objectivité, bien pire que ces mecs. Même Natalie Merchant – la seule artiste dont la ferveur du public égale celle de GD – n’est pas aussi grandiose. Natalie, par exemple, ne m’a jamais fait grincer les dents de souffrance, comme c’était le cas dans le hall de l’hôtel israélien. Mais où ces mecs se classeraient-ils s’ils se retrouvaient dans une liste incluant d'autres trucs immondes comme le blanchissement corallien, les virus informatiques, la dysenterie, la peste noire, ou le trafic d’organes ? (Je travaille toujours sur cet éventuel classement.)

Deux mois après mon retour, Billie Joe, le leader du groupe, a été évacué d’un vol de Southwest Airlines parce que son futal descendait plus bas que l’acceptable. Ça donne un aperçu des capacités intellectuelles de ce type. Une source fiable m’a aussi raconté les quelques commodités exigées par les tourneurs de Green Day sur chacune de leurs dates : des locations de châteaux, des tickets pour pièces de théâtre privées et des backstages qui « imitent l'intérieur d'une villa en bordure d'océan », pour un temps libre plus agréable. Pour remettre tout ça en contexte, sachez que ces mecs ont vendu plus de disques que Nirvana. Louer un jet privé revient à 115 000 dollars par an, c’est un quart de ce que gagnent ces abrutis en une seule soirée de tournée. Pourquoi est-ce que ce mec se déplace en classe éco ? Pourquoi se foutre de notre gueule comme ça ?

SAM McPHEETERS

Précédemment dans La caverne de la brutalité : le coût d'opportunité