Tracer avec les plus gros flingues sur le marché à l'Eurosatory 2012

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reportage

Tracer avec les plus gros flingues sur le marché à l'Eurosatory 2012

C'est sur fond de contraintes budgétaires et de tensions dans l'ordre mondial que nous sommes allés à la « Semaine internationale de la défense et de la sécurité »...
11 juillet 2012, 4:53pm

Photos : Hugo Denis-Queinec & Paul Arnaud

C'est sur fond de contraintes budgétaires et de tensions dans l'ordre mondial que nous sommes allés à la « Semaine internationale de la défense et de la sécurité » du Parc des Expositions de Villepinte le mois dernier. C'est à quelques encablures de Paris que s'est tenue la huitième édition du salon Eurosatory, qui est en gros, un endroit où vous pouvez « passer commande » pour acquérir des armes de poing, des mines antipersonnel ou des bombes. Comme on pensait se faire refouler à l'entrée, on s'est fait passer pour des ressortissants de paradis fiscaux dotés de noms évoquant le rhum arrangé – Trinidad et Tobago pour Nikhil – et le sérieux immémorial – la Suède, dans le cas de Sylla. 24 heures plus tard, on avait nos accréditations au format pdf.

Les plus grandes entreprises d’armement s’étaient donné rendez-vous pendant cinq jours pour vendre leurs produits à tous les généraux de la planète, ou à n'importe qui se trimbalant avec plus de 100 000 euros en liquide. Contrairement à nos confrères anglais, il y avait plein de gens lors de cette huitième édition d'Eurosatory. Bizarrement, aucun ne nous a empêché de nous balader dans le salon avec tout un tas d'armes dernier cri, la plupart servant à tuer des gens. D'ailleurs, pour que vous restiez à la page niveau fusils d'assaut et missiles de croisière, on vous a fait une petite sélection des tendances qui marqueront l'année 2012, du Moyen-Orient jusqu'à l'Afrique de l'Ouest.

Voici un M60 de la guerre du Vietnam dans sa « version tactique », qui pesait plus de 10 kilos. Sylla est lui-même devenu tactique en la soulevant, comme en témoigne cette poignante démonstration de virilité.

Les casques des CRS français et grecs sont fabriqués par la même boîte, CGF Gallet, mais en France, ils sont censés prémunir ceux qui les portent des coups de barre à mine, tandis que chez nos voisins grecs, le cahier des charges leur impose de « résister à des coups de pioche ».

Ce sympathique couple d’entrepreneurs autrichiens s’était fait confectionner pour l’occasion ces costumes traditionnels du Tyrol en tissu camouflage. À part ressembler aux pires parents du monde, ils fabriquent des combinaisons d’opérations spéciales en milieu extrême, dont l’esthétique évoque les grandes heures du IIIe Reich.

Autre rive du Rhin, autre tendance. L’entreprise française Saint-Gobain a choisi de miser sur les années 2000 et le color block pour ses combinaisons HAZMAT, qui vous permettront, au choix, de résister à une contamination du super virus H5N1 ou de tracer pépère dans votre festival favori cet été sans risquer de choper une MST.

Le fournisseur officiel des casquettes de la Police nationale travaille également avec Ünkut, la marque de Booba, qui lui aussi succombe aux sirènes du tissu imprimé et de l’esthétique Raiders. Le mec qui tenait le stand a refusé de se faire prendre en photo, mais il ressemblait à un sosie raté de Claude François. Il nous a expliqué que Booba était « un mec sympa » mais que ses associés étaient plutôt cons dès qu'il s'agissait de bosser sérieusement avec eux.

Ce gentleman suédois travaille pour une société américaine qui vend des lunettes thermiques et infrarouge. Il était en train de nous faire cette démonstration lorsqu'il nous a affirmé « se montrer aussi minutieux pour mettre au point ses accessoires de mort que pour assortir ses boutons de manchettes à son nœud papillon. »

De l'autre côté du salon, près du rayon bombes sales, on est tombés sous le charme de cette pilote de chasse émirienne et de son chapeau ; elle a d'ailleurs poliment refusé nos avances, prétextant un « emploi du temps chargé ». Manifestement, elle était là pour montrer une nouvelle image des Émirats Arabes Unis et donner une leçon de parité à la France, grande chienne des Infidèles.

Plus loin, on est tombé sur ce MP-5 sobre et élégant, venu tout droit des usines de guerre pakistanaises. Visiblement, il n'est pas question de mener une guerre sainte sans se départir un minimum de sa virilité.

Les armes et les accessoires exposés n’étaient pas disponibles à la vente, mais un de nos photographes a réussi à acheter une veste militaire orange à cet exposant chinois. Son stand était situé un peu à l’écart, et c’était clairement le moins recommandable du salon_._ Si on avait mis un peu plus de thunes, on aurait sûrement pu repartir avec un des lance-roquettes tout pourris qu'il proposait « à des prix défiant toute concurrence ».

Ici, notre reporter tient dans ses mains un prototype de Flashball tactique agrémenté de multiples accessoires tape à l'œil. Ce truc peut tirer des munitions lacrymogènes à fragmentation qui dispersent du gaz sur plus de 400 m2. Selon le vendeur – un type avec un accent picard et un air de brigand à la petite semaine – ce gaz dégagerait « une odeur nauséabonde rappelant l'odeur d'un pet humain ».

Avant de quitter à tout jamais le merveilleux monde de la dévastation à but lucratif, on est tombés sur cette caméra infrarouge dont on n'a pas saisi l'utilité ; on pouvait bouger le joystick pour surveiller le salon dans toutes les directions, et c'était à peu près tout. On est restés devant pendant deux minutes, hilares, en s'imaginant ramener cette grosse merde inutile chez nous.

En nous pointant à Eurosatory, on a pu avoir un avant-goût des nouveautés qui serviront à éclater la gueule des manifestants du monde entier ces deux, trois prochaines années, que ce soit en Syrie, en Grèce, en Afghanistan, en Égypte, en Somalie, au Congo, au Mexique ou place de la Bastille. Et tandis que le cœur de notre ministre de la Défense balance entre les solutions proposées par EADS et Dassault en matière de drones MALE, on a pu glander avec les pires armes du monde sans que quiconque – ni les forces de surveillance en présence, ni la police, ni les militaires, ni les propriétaires de ces jouets pour adultes – y soit opposé. On a tellement glandé que l'on a encore une vingtaine de photos de nous avec des armes de destruction massive à portée de main. Elles sont tout en haut de cette page.