Le XV de France n'y arrivera jamais si rien ne change au niveau du calendrier

Les Bleus ont terminé le Tournoi des six nations à une décevante cinquième place. L'organisation du rugby français, entre les clubs et la sélection, mérite d'être revue.
22.3.16
Photo Jason Cairnduff/Reuters

Voilà, le Tournoi des Six Nations s'est achevé ce week-end. Malgré les bières qu'on a enquillées tous les week-ends au pub, le bilan n'est pas folichon pour les Français, à la différence des Anglais qui ont remporté le Grand Chelem. Ils ont démontré qu'ils avaient bien récupéré après leur traumatisme automnal, sous l'impulsion de leur nouveau coach Eddie Jones, l'homme qui avait guidé les surprenants Japonais au Mondial.

Sinon, la génération dorée du Pays de Galles est toujours aussi séduisante et belle à voir jouer, les Ecossais sont bien meilleurs depuis que Vern Cotter les entraîne, les Irlandais sont solides et rigoureux à défaut d'être spectaculaires et les Italiens sont à la ramasse, manquant de talents derrière l'homme à tout faire Sergio Parisse.

Guy Novès, ancien entraîneur du Stade Toulousain et nouveau sélectionneur du XV de France. Photo Jason Cairnduff/Reuters

Les Français, quant à eux, viennent de terminer le premier Tournoi de l'ère Guy Novès, le nouveau sélectionneur, à une décevante cinquième place. Même si Novès n'est pas un magicien, on s'attendait à mieux, au regard des exploits qu'il avait réalisés avec le Stade toulousain (10 titres nationaux et 4 titres européens). Le niveau d'implication des joueurs n'est pas en cause, bien au contraire. Il suffit de voir comment les Bleus se sont envoyés face aux Anglais, samedi soir, pour en avoir la confirmation. Les mecs se sont mis la gueule par terre, mais ça n'a pas suffit face aux post-adolescents anglais, bien plus habitués à jouer ensemble.

On a également (re)découvert quelques joueurs intéressants: François Trinh-Duc, Virimi Vakatawa, Yacouba Camara, Paul Jedrasiak, Jefferson Poirot et Guilhem Guirado, capitaine dévoué et généreux dans l'effort. Dans les colonnes de L'Equipe, Guy Novès l'a d'ailleurs confirmé dans ses fonctions, en mode coup de cœur : « Guilhem est un joueur de niveau international, il peut jouer dans n'importe quelle équipe. Il a progressé dans ce sens. J'ai rencontré un homme superbe. Je crois que dans le ciment d'une équipe, il faut avoir un grand capitaine, et c'est un grand capitaine. Il est jeune donc il ira donc au bout de ce nouveau projet. Il travaille dans un grand club (Toulon). Il côtoie au quotidien le très haut niveau. »

Nommé sélectionneur après une Coupe du monde désastreuse, en remplacement de Philippe Saint-André, Guy Novès ne fait, pour le moment, pas mieux que son prédécesseur (PSA avait terminé à la 4e place en 2012, 2014 et 2015 et dernier en 2013), mais l'ancien Toulousain s'appuie sur un vrai projet de jeu, si peu visible lors des années passées : un jeu de mouvement, spectaculaire, un ballon qui vit, qui navigue entre les mains des joueurs qui n'hésitent plus à prendre des initiatives. Et un recours au jeu au pied moins régulier. Cela s'est vu par intermittence durant ce Tournoi des Six Nations. Mais les Bleus manquent cruellement de constance et de rigueur dans la performance. Un coup c'est la touche qui déraille, une autre fois la mêlée, quand ce ne sont pas les défaillances sur les ballons hauts qui viennent ternir le jeu français.

De gauche à droite : Damien Chouly, Paul Jedrasiak, Virimi Vakatawa, Maxime Mermoz, Yacouba Camara. Photo Andrew Boyers/Reuters

Comme trop souvent après des performances décevantes, vient le temps de l'analyse et de la réflexion. Pour certains, c'est le Top 14, et sa horde de stars étrangères, qui tue la formation française et donc l'équipe de France. Ils ont sûrement à moitié raison, encore que, si un jeune joueur a le niveau, nul doute qu'il sera appelé plus souvent en équipe première. Et pourquoi ne pas envoyer les joueurs les plus prometteurs s'aguerrir en Fédérale 1 ou en Fédérale 2 ? Prenez l'exemple de Sekou Macalou, la pépite du Stade Français qui a rejoint le champion de France en titre en juillet dernier après avoir joué en Fédérale 1 et en Pro D2 avec Massy. Mais peut-être que les minots préfèrent cirer le banc ou jouer en Espoirs plutôt que d'être titulaires aux échelons inférieurs.

Le problème du rugby français est bien plus profond. Jeff Dubois, le coach des trois quarts français l'a confirmé après la rencontre face aux Anglais : « Je pense que le calendrier peut évoluer pour qu'un jour l'équipe de France soit dans les meilleures conditions. Qu'on se rende compte qu'il faut changer cela. Parce que les joueurs ne sont pas des tricheurs, ils travaillent bien ». Oui, le problème est avant tout structurel avec un calendrier qui ne laisse que trop peu de temps au staff des Bleus et aux joueurs d'acquérir des habitudes de jeu et des repères communs. Guy Novès a été contraint de libérer ses joueurs pour les deux journées de Top 14 qui ont eu lieu durant le Tournoi, les fameux et décriés doublons. A la différence des internationaux anglais qui ont pu travailler ensemble du 25 janvier au 19 mars. Avec huit semaines de travail en commun, il est tout de suite plus facile de s'imprégner d'une philosophie de jeu et de trouver des automatismes.

« Les gens ne se rendent pas compte que ça fait très peu de temps qu'on travaille ensemble », expliquait Jules Plisson samedi après le dernier match. Une équipe ne se fait pas en quatre semaines. Il faut nous laisser le temps de nous connaître, de bien nous approprier tout ce qu'on nous demande. On nous demande énormément de choses. On a besoin de passer du temps ensemble pour tout apprendre. Tout est une question d'automatismes. Mais du temps on n'en a pas. Ça résume tout ce serpent de mer du rugby français ».

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La même problématique sera mise sur la table au mois de juin lorsque l'équipe de France partira en tournée en Argentine pour y affronter les Pumas. Car les phases finales du Top 14 sont programmées à la même date que les deux matches face aux Argentins. Guy Novès devra donc faire sans les demi-finalistes (dans le cadre d'une convention entre le Fédération et la Ligue) et le sélectionneur a annoncé que les barragistes éliminés les 11 et 12 juin ne joueront pas le premier test. En gros, c'est la merde, car si le classement du Top 14 reste inchangé, les Clermontois, Racingmen, Toulonnais, Montpelliérains, Bordelais et Toulousains ne seront pas du voyage.

Certes, le staff pourra tester de nouveaux joueurs, mais comment travailler dans la continuité sans voir un minimum de temps ? Comment façonner un groupe dans l'optique de la Coupe du monde 2019 ? On va laisser les théologiens du rugby réfléchir à cette délicate question. Mais moi, simple joueur de rugby amateur depuis 25 ans, je ne serais pas contre des Etats Généraux du rugby puisque c'est la mode en France.