Ces posters d’œuvres d’art que nous avons tous eus dans nos chambres d’ado
adolescence

Ces posters d’œuvres d’art que nous avons tous eus dans nos chambres d’ado

De Warhol à Banksy en passant par Doisneau, IKEA et Renoir : on a tous eu les mêmes croutes punaisées sur nos murs entre 13 et 17 ans.
25.11.16

C'est vendredi et vous allez peut-être en profiter pour rejoindre la grande banlieue et faire votre visite mensuelle à vos géniteurs. Je ne sais pas quel est l'état de vos relations avec ces derniers mais on peut d'ores et déjà concéder que « non », ce n'était pas votre premier choix d'activité dominicale. Certes, vous allez vous remplir le bide pour la semaine. Certes, vous allez trouver l'occasion de régler ce découvert qui traîne depuis des semaines contre une conversation interminablement gênante. Certes, encore, vous pourrez faire vos lessives et jouer avec le chien tout en vous faisant plaindre. Mais tout cela a un prix, celui du RER et de l'ennui. Bordel, comment avez-vous fait pour tenir deux décennies dans cette baraque, avec ces gens. Tous les jours, tous les soirs, tout le temps.

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Vient alors le moment où vous allez, comme chaque mois, vous isoler dans votre chambre d'ado. Enfin ce qu'il en reste : des piles de draps, des vélos d'appartements et des caisses de VHS ont colonisé l'espace depuis votre départ. Pourtant, le lit une place est le même, les tags « Nico RPZ » sont toujours gravés dans le bureau, les feutres et les stylos qui ne marchaient pas, sont toujours dans leur pot à crayon et ne fonctionnent pas plus. Et aux murs, comme pour mieux vous rappeler l'évidence de votre médiocrité culturelle passée s'affiche en énorme des dizaines de posters. Il y en a pour tous les goûts. Ça va du groupe de votre premier concert (Pleymo, La Rue Ketanou ou Zebda, veuillez rayer les mentions inutiles), à un Bob Marley, un John Lennon, une Amy Winehouse, une 306 16S ou des chevaux, une Estelle Desanges ou un Ricky Martin, un sportif dont on ne parle plus et, invariablement, une reproduction d'œuvre d'art ramenée d'une visite familiale au musée.

C'est parce que ce fut probablement votre première relation intime à l'art qu'on a décidé de revenir sur ces pièces iconiques qu'on a tous eues pour de bonnes et de mauvaises raisons, entre nos 13 et 17 ans sur un papier glacé incroyablement froid.

ANDY WARHOL

Évidemment ! Parce qu'il est tout à fait concevable que le Pop Art ait été imaginé uniquement pour les adolescents du monde entier : des icônes avec un message aussi génial que débile, soit absolument tout ce qui est pensé « pour les jeunes ». C'est le pont parfait entre vos posters de Spice Girls et ces illustrations parfaitement sérigraphiées, numérotées et encadrées qui peuplent votre appart aujourd'hui. Pour peu que vous ayez eu la banane du Velvet ou Marylin en quadricolor vous pouvez être certains que la secte qui a dormi sous un Warhol pendant sa puberté rassemble au moins autant de monde que tous les Beliebers.

DALI

Peut-être, vos parents avaient La Persistance de la Mémoire quelque part dans la maison. Seulement vous non. Vous, vous aviez un portrait de Dali où il joue avec sa moustache. Tirez-en des conclusions. Oui, ça affecte votre vie encore aujourd'hui.

MAGRITTE

L'adolescence est l'age où l'on découvre sa sexualité. Par la même occasion, on devient extrêmement lourd dès qu'on nous en offre l'opportunité. Vous l'avez là ? « L.H.O.O.Q » ! N'allez surtout pas me raconter que vous en aviez quelque chose à foutre du surréalisme belge quand vos journées entières consistaient à finir Tony Hawk Pro Skater 2, vous étiez juste puceau. Casse-toi Magritte, la seule pipe, c'est toi.

DEGAS

Vous avez probablement passé toute votre enfance à rêver d'être danseuse. Vous êtes inscrite à la MJC de Jouy-en-Josas depuis vos 5 ans et n'avez jamais raté un cours. Seulement voilà, vous avez 15 ans, votre corps prend toutes sortes de formes qui ne s'adaptent pas à la pratique et vous avez depuis quelque temps déjà, dit adieu à votre destin de Pietragala. Mais cette reproduction de Degas est toujours là, elle est au-dessus de votre bureau et vous contemple. Ces petites filles en tulle parfaitement ordonnées vous donnent la force et la rigueur de réviser vos équations pour, peut-être, rejoindre Mathieu Bouchard en première S.

KLIMT

Remettez-vous en, c'est un baiser quoi ! Il est tellement mièvre qu'on a dû le pimper en grillz de rappeur West-coast pour le rendre un tant soit peu intéressant.

IKEA

Faites pas les malins… vous l'avez eu, je l'ai eu, votre meuf l'avait, vos parents l'ont encore. Il y a même un mec qui recense tous les AirBnB où on trouve ce putain de pochoir d'Audrey Hepburn sur fond gris.

RENOIR

Soyons bien clairs, on ne parle pas vraiment de Renoir mais simplement du Déjeuner des Canotiers. Vous n'avez jamais foutu les pieds à Orsay en dehors d'une sortie scolaire et comme un nombre effroyable de personnes à travers le monde, vous vous êtes juste fait avoir par Jean-Pierre Jeunet et un gros filtre jaune dégoulinant d'une heure et demie. Oui, évidemment, c'est vous la fille au verre d'eau.

GEORGIA O'KEEFFE

Et sinon, parlez-moi des rapports avec votre mère ?

JÉRÔME BOSCH

Ça allait pas fort à la maison ? Papa et maman ne se parlaient plus ? Coincé entre un poster de Marylin Manson et votre masque de Slipknot « fait maison », vous avez accroché Le Jardin des Délices. Symbole international et rassembleur de tous les emos, les gothiques et des misanthropes en devenir.

NORMAN ROCKWELL

À ma grande surprise, un nombre important d'individus m'a confessé avoir eu des affiches de Norman Rockwell dans leurs chambres d'ado. En essayant de comprendre, je me suis rendu compte que toutes ses personnes avaient grandi dans de grands appartements parisiens, leurs parents étaient tous des « citoyens du monde », enfin du monde, surtout anglo-saxons et surtout riches. Pas de Perrault pour s'endormir, mais du Roald Dahl et du Dr Seuss. Pas non plus d'art dégénéré, mais de l'illustration efficace. Une vie entièrement figurative et matérielle s'offrait à eux sous la forme de poster d'enfants fraternisant avec la police.

CHE GUEVARA

Parce que bien avant les t-shirts et les vestes Desigual, il y avait une très bonne photo d'Alberto Korda et que ce cliché était l'essence même de votre crise adolescente. Vous aussi vous serez un insoumis, vous aussi vous allez voter Macron dans six mois.

BANKSY

Pareil que le précédent. Un long râle creux de votre voix naissante. Prends ça dans la gueule société capitaliste ! (Marche aussi avec JR).

ROBERT DOISNEAU

C'est tout à fait triste, lorsqu'on est au collège et à l'orée de sa vie, d'être déjà nostalgique. Et pourtant, tu t'es construit en regardant ce cancre et en te rappelant Prévert. Aujourd'hui, tu vis dans un monde en noir et blanc et pleures beaucoup. De toute façon à quoi bon, Bowie est mort. T'as vu l'état du monde aujourd'hui ? Members ?

CORTO MALTESE

Hugo Pratt a beaucoup fait pour les Bretons chétifs du monde entier. Il leur a fait croire qu'ils pourraient vivre des aventures à travers le monde et séduire chaque jour des femmes un peu plus belles. Bien que je sache tout à fait que c'est faux, c'est exactement ce qu'on a besoin d'entendre quand on est orné de boutons et que la simple perspective de parler au sexe opposé résulte en une perte de coordination générale. Rien que pour ça, le beau marin est la seule chose qui devrait habiller les murs de notre enfance. Rien que pour ça, je l'ai encore chez moi.

Pierre Berthelot Kleck sera à Champigny-sur-Marne ce week-end pour voir son père et fouiller sa chambre. Le reste du temps, il est sur Twitter.