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Crime

Des drones pour éradiquer le travail forcé au Brésil

Dès le mois prochain dans l’État de Rio de Janeiro, 6 drones équipés de caméras vont survoler des zones reculées du pays et filmer plusieurs fermes suspectées d’imposer à leurs employés un travail forcé.
29.7.15
Photo par Jacinta Iluch Valero via Flickr Creative Commons

Le gouvernement brésilien va déployer une petite flotte de drones pour éradiquer le trafic d'êtres humains dans les parties reculées du pays d'Amérique du Sud.

Dès le mois prochain dans l'État de Rio de Janeiro, 6 drones équipés de caméras vont survoler certaines zones et filmer plusieurs fermes suspectées d'imposer à leurs employés un travail forcé. Ce qui sera fait des images enregistrées par les drones n'est pas encore clair.

« Les drones ne se substitueront pas à la présence physique d'inspecteurs, mais seront utiles pour surveiller des fermes qui sont difficiles d'accès par la route par exemple, » explique à la Thomson Reuters Fondation, Bruno Barcia Lopes, le coordinateur de la Supervision Rurale de l'État de Rio, qui dépend du ministère du Travail.

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Le ministère du Travail brésilien définit le travail forcé comme une activité pratiquée dans des conditions dégradantes et ce pour moins du salaire minimum légal. Depuis des années, des militants et ONG dénoncent le travail forcé dans le secteur de l'agriculture au Brésil — mais aussi dans l'industrie du charbon et de l'élevage bovin.

Il n'existe aucune statistique fiable sur le travail forcé au Brésil, donc il n'est pas aisé d'estimer l'ampleur du problème. Entre 25 000 et 40 000 personnes seraient néanmoins concernés au Brésil et environ 1,8 million d'individus travaillent pour moins que le salaire minimum en Amérique Latine.

Le gouvernement brésilien s'est saisi du problème ces dernières années et le ministère du Travail en a fait sa priorité. Au milieu des années 1990, le ministre du Travail de l'époque avait lancé le Special Mobile Enforcement Group, qui s'associait aux forces de l'ordre et à la justice pour faire des descentes dans les entreprises suspectées d'imposer un travail forcé à ses employés.

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D'après le quotidien britannique, The Guardian, plus de 400 entreprises brésiliennes — qui représentent 30 pour cent du PIB brésilien — ont signé un pacte national pour éradiquer cette forme d'esclavage en 2005.

Le programme de drone ne pouvait pas arriver à un meilleur moment, puisque l'outil principal utilisé jusqu'ici par le Brésil pour traquer le travail forcé a été récemment compromis.

En 2003, le gouvernement a commencé à publier une liste d'entreprises qui recouraient au travail forcé — la « dirty list ». Les 600 entreprises qui y figuraient risquaient des sanctions, et se retrouvaient boycottées dans le reste du monde, ou se voyaient refuser des prêts auprès des banques et de l'État brésilien. Pour qu'une entreprise sorte de la liste après 2 ans si elle avait des preuves de l'éradication du travail forcé.

L'année passée, l'entreprise chargée de la construction des stades pour la Coupe du monde de football au Brésil, a été ajoutée à la « dirty list ». Des officiels accusaient la compagnie d'avoir imposé à une centaine d'ouvriers des conditions de travail misérables et de trop longues heures. Pour l'Organisation internationale du travail (OIT) et nombre d'associations, cette liste était une approche très appréciée.

Mais en décembre dernier, la Cour Suprême brésilienne a décidé de suspendre les restrictions imposées par la dirty list après la plainte d'un groupe d'entreprises d'immobilier — estimant que les sanctions étaient trop lourdes.

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Des groupes qui se battent contre le trafic d'êtres humains ont eu des mots sévères quant à la décision de la plus haute juridiction brésilienne. D'après eux, cela crée « un vide juridique qui permet à 600 entreprises de pratiquer le travail forcé tout en bénéficiant de réductions de taxes et d'aides publiques. »

D'après le ministère du Travail brésilien, entre 1995 et 2011, 41 451 personnes ont été secourues alors qu'elles étaient employées dans des conditions proches de l'esclavage. La plupart d'entre elles étaient coincés dans cette situation parce qu'elles avaient contracté des dettes auprès de leurs employeurs — de la servitude pour dettes, selon l'expression consacrée. L'inspection générale des Special Mobile Groups — chargés de repérer les entreprises fautives — déclare qu'elle est venue en aide auprès de 2 000 travailleurs en 2013. Difficile de savoir en revanche si ces ex-travailleurs forcés sont aujourd'hui dans une meilleure situation.

« Nous ne pouvons pas dire que les choses s'arrangent, ou que le travail forcé a migré vers les centres urbains, et c'est impossible de faire la moindre estimation, » explique à Reuters Leonardo Sakamoto, le directeur du groupe anti-esclavage Repórter Brasil. « Le travail forcé est comme une boule de pâte à modeler. À chaque fois que vous le serrez, cela prend une forme différente. »

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En 2013, Kevin Bales, un abolitionniste américain connu et cofondateur de l'ONG Free the Slave, a déclaré qu'il utiliserait des drones équipés de caméras pour filmer le travail forcé dans les camps de pêche en Inde et dans un sanctuaire pour tigres au Bangladesh.

Son plan était de s'associer avec un réalisateur britannique et faire des images tournées avec les drones un documentaire, et enfin, de les utiliser pour libérer les employés contraints au travail forcé.

Mais les militants locaux n'avaient pas goûté de la méthode de Bales — ils y voyaient un coup publicitaire qui ne traitait pas les problèmes à la base du travail forcé.

D'après l'OIT, 21 millions de personnes dans le monde sont forcées au travail. Les Nations Unies estiment que le trafic d'êtres humains est la troisième industrie criminelle en volume, juste derrière les drogues et les armes.

Suivez Rachel Browne sur Twitter : @rp_browne