Quelqu’un a envoyé un drone radioactif sur le toit du Premier ministre japonais

Ce survol mystérieux a lieu en plein débat sur le redémarrage des centrales nucléaires japonaises, éteintes après la catastrophe de Fukushima.

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avr. 23 2015, 11:25am

Photo via Getty Images

Un drone transportant des traces de produits radioactifs s'est posé sur le toit du bureau du Premier ministre japonais Shinzo Abe, ce mercredi. Personne n'a revendiqué cette action, mais elle coïncide avec la reprise du programme nucléaire japonais voulue par Shinzo Abe. Ce programme était interrompu depuis la catastrophe de Fukushima en 2011.

Le drone aurait été équipé d'une caméra, du symbole de la radioactivité, et transportait une bouteille d'eau. Un responsable du bureau du Premier ministre a déclaré aux médias locaux que les niveaux de radiation étaient suffisamment bas pour ne pas mettre en danger les humains. La zone a été couverte d'une bâche bleue et le drone a été emporté par la police.

« Cette situation concerne le coeur du gouvernement japonais, le bureau du Premier ministre, et nous prendrons toutes les mesures nécessaires, dont une enquête de police détaillée, » a dit aux journalistes le Secrétaire général du Cabinet du Japon, Yoshihide Suga.

Cette affaire est la dernière en date impliquant un drone dans le monde. En février, un drone qui a atterri dans le jardin de la Maison Blanche a créé la panique. Il s'est avéré plus tard que l'incident était dû à une faille dans la sécurité de la résidence présidentielle. Depuis l'année dernière, plusieurs drones ont été repérés en train de survoler des installations nucléaires françaises et belges. Ces survols n'ont toujours pas été élucidés.

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Shinzo Abe était à l'étranger, en train d'assister au sommet des leaders asiatiques et africains en Indonésie, lorsque le drone s'est posé sur le toit de son bureau.

Ce mercredi, le tribunal du district de Kagoshima a pris une décision susceptible d'avoir des conséquences au niveau national. Le tribunal a rejeté la demande de riverains opposés au redémarrage de deux premiers réacteurs nucléaires. La reprise des opérations a été autorisée par l'Autorité de régulation nucléaire, mise en place après Fukushima.

« Nous ne laisserons pas nos émotions être influencées par des intérêts à court terme et nous nous battrons jusqu'à ce que nous soyons débarrassés de tous les réacteurs nucléaires au Japon, » a déclaré Hiroyuki Kawai, un avocat représentant les riverains dans l'affaire, et qui a promis d'autres actions en justice.

« Le gouvernement respecte la décision de redémarrer les centrales qu'il estime respectueuses des critères de sécurité, tout en plaçant la sécurité au-dessus de tout autre critère, » a affirmé le secrétaire général du Cabinet Yoshihide Suga, interrogé à propos de la décision du tribunal.

La décision du tribunal ouvre la voie à la reprise d'une industrie nucléaire qui représente plusieurs milliards de dollars, et qui était jusqu'alors dans un état de quasi-hibernation. La totalité des 48 installations nucléaires japonaises avaient été désactivées à la suite de la catastrophe de Fukushima. La dernière centrale a été éteinte en septembre 2013.

Shinzo Abe et son Parti Libéral Démocrate croient depuis longtemps au redémarrage des réacteurs nucléaires. Ils qualifient cette énergie d' « approvisionnement de base » fondamental pour le pays. Après avoir remporté facilement les élections de décembre, le gouvernement a le capital politique pour mettre en place cette stratégie qui n'est pas populaire.

Un sondage effectué la veille de l'élection par la chaîne de TV publique NHK a montré que 40 pour cent des sondés s'opposent au redémarrage des centrales, et que seulement 24 pour cent y sont favorables. Le public doute des critères de sécurité et de la capacité du gendarme du nucléaire japonais, critiqué à cause des erreurs faites pendant la catastrophe de Fukushima. Le redémarrage des réacteurs est devenu un sujet politique sensible.

Sans ces réacteurs, le Japon fait face à un futur énergétique précaire. Les besoins énergétiques du pays dépendent désormais à 96 pour cent de l'importation, un chiffre qui serait réduit de 16 pour cent si les réacteurs existants étaient réactivés.

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