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Burkina Faso

« La paix sociale est menacée au Burkina Faso »

VICE News s’est entretenu avec Zéphirin Diabré, le chef de file des partis politiques de l’opposition qui se soulève dans les rues pour protester contre un projet de réforme constitutionnelle.
24.10.14
Photo via UPC.bf

Depuis mardi, le Burkina Faso traverse une période de turbulences liée à la décision du gouvernement ce pays d'Afrique de l'ouest de présenter un projet de loi visant à modifier la constitution du pays à l'Assemblée Nationale. Le but est d'organiser un référendum qui pourrait permettre à Blaise Compaoré, président depuis 27 ans, de briguer un nouveau mandat lors des élections présidentielles qui auront lieu en 2015.

Lire l'article: Burkina Faso: l'opposition appelle à la désobéissance civile

Zéphirin Diabré est aujourd'hui le chef de file des partis politiques de l'opposition au Burkina Faso. À 55 ans, il a déjà occupé le poste de Directeur général adjoint du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il a été président du conseil d'administration du groupe Areva en Afrique et au Moyen-Orient. Après avoir été ministre dans le gouvernement de Blaise Compaoré, Zéphirin Diabré a rejoint l'opposition politique.

Selon lui, la volonté de révision de la Constitution par le pouvoir en place est un vrai péril pour la démocratie. Dans cet entretien accordé à VICE News, il fait part de ses craintes quant à l'avenir de son pays.

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VICE News : Que se passe-t-il au Burkina Faso en ce moment ?

Zéphirin Diabré : Comme tout le monde l'a dit sur les ondes internationales, il y a un projet de loi introduit par le gouvernement à l'Assemblée nationale pour modifier la clause limitative du mandat présidentiel et donc permettre au chef d'État sortant de se présenter en 2015. C'est ce qui fait actuellement l'objet de controverse.

Le débat porte notamment sur l'organisation d'un référendum national. Pourquoi refuser la consultation démocratique ?

Ce n'est pas la volonté du peuple qui va s'exprimer. Vous connaissez bien les conditions dans lesquelles ce genre de consultation est organisé dans nos pays. Dans tout système démocratique, il y a toujours des insuffisances que l'on constate çà et là. On a surtout peur d'affrontements entre anti-référendum et pro-référendum dans les communes et les villages. Le sujet divise tellement la population qu'il y a vraiment de gros risques d'affrontements. La paix sociale est menacée.

Depuis l'annonce de la décision du Gouvernement, on a assisté à des événements isolés ici et là qui sont de l'initiative des citoyens. En tous les cas, ce n'est pas dans notre intention à nous, l'opposition, d'être violents. Mais, en politique on ne peut pas prévoir les événements. Rien ne dit que certains ne seront pas tentés par des actions plus radicales. On sait très bien que lorsqu'on est face à ce genre de situations, il y a tout un tas de comportements anarchiques qui se mettent en place. Comme on l'a dit, il y a déjà des manifestations spontanées depuis trois jours et personne ne sait jusqu'où ça peut aller.

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L'opposition que vous représentez organise une journée de protestation nationale le 28 octobre. En quoi va-t-elle consister ?

C'est une journée qui va consister en des rassemblements, des marches, des meetings afin d'affirmer notre opposition à la démarche du gouvernement. Nous organisons des rassemblements depuis presque deux ans et nous le faisons dans le respect des lois de la République puisque nous sommes une opposition républicaine. Les gens nous reprochent parfois d'être trop « mous » mais, étant donné que nous sommes une opposition démocratique, il y a des limites à ce que nous pouvons faire. On ne peut pas changer de manteau pour devenir une opposition clandestine.

Vous appelez vos concitoyens à la « désobéissance civile ». Qu'est ce que cela signifie exactement ?

On incite les citoyens à imaginer les formes d'action qu'ils peuvent utiliser dans le cadre des lois de la République pour s'opposer à la décision du gouvernement. Avant-hier, certains élèves ont décrété qu'il n'y aurait pas cours et que l'école serait fermée : c'est une forme de désobéissance civile. Les citoyens savent ce qu'ils font.

Le vote des députés se déroulera le 30 octobre. Certains observateurs burkinabè évoquent la possibilité de débordements - les députés pourraient notamment être retenus à l'extérieur de l'Assemblée.

Je n'ai pas connaissance de telles initiatives. En tout cas, l'opposition ne l'encourage pas. Le problème c'est que si ce projet obtient les trois quarts des voix à l'Assemblée nationale, il n'y aura même plus besoin de faire un référendum et la Constitution sera modifiée. Il n'est donc pas très étonnant que les gens essaient par tous les moyens de s'y opposer.

Le Burkina Faso est-il à un moment charnière de son histoire ?

Les moments charnières, chaque pays en traverse plusieurs fois dans son histoire. Ce qui est sûr, c'est que c'est un moment décisif pour l'avenir de la démocratie et sans doute pour l'avenir du pays tout entier dont j'espère qu'il sortira sans dommage.

Suivez Pierre Mareczko sur twitter @MareczkoP