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Crime

Vladimir Poutine est amoureux des tigres et c’est tant mieux pour eux

Un recensement récent de la WWF a dénombré 540 tigres de Sibérie, dits « de l’Amour » vivant dans les forêts de l’Est de la Russie. Ils n’étaient qu’une petite quarantaine au milieu du XXème siècle.

par Laura Dattaro
04 Juin 2015, 2:20pm

Photo via RIA Novosti/Reuters

Voilà une rare bonne nouvelle pour les défenseurs de l'environnement : les tigres russes, quasiment éteints à cause du braconnage, sont en train de se refaire une santé.

En 2008, Vladimir Poutine s'était rendu dans une réserve dans la région de l'Oussouri, pour mettre en avant et soutenir un programme de protection des tigres de l'Amour alors au bord de l'extinction.

Un recensement récent a dénombré 540 tigres de l'Amour (du nom du bassin Amour-Oussouri), aussi appelés tigres de Sibérie, qui vivent dans les forêts de l'Est du pays. Réalisé par l'ONG de défense de l'environnement World Wildlife Fund (WWF), ce recensement montre une augmentation de la population de cette espèce de tigre, estimée entre 423 et 502 spécimens en 2005. Dans les années 1940, il n'y avait pas plus de quarante tigres de Russie.

« Ça semble avoir augmenté significativement, et c'est très encourageant, » nous indique Barney Long, responsable de la conservation des espèces chez WWF.

Les tigres de l'Amour représentent la plus grande sous-espèce de tigres dans le monde. Ils vivent plus au Nord que tous leurs autres congénères, historiquement en Russie, dans le Nord-Est de la Chine et de la Mongolie, ainsi que dans le Nord-Est la péninsule coréenne.

À cause du braconnage et de la destruction de leur habitat, ces tigres sont maintenant confinés presque exclusivement dans l'Est de la Russie. Les quelques spécimens restants vivent dans une zone de plus d'un million de kilomètres carrés, soit deux à trois fois la taille de la France. Leur chasse était autorisée au XIXème siècle, réduisant leur nombre à un tel point que dans les années 1930, le premier recensement effectué sur l'espèce par un biologiste russe concluait à la présence de moins de 30 tigres de l'Amour sur toute la planète, selon la Wildlife Conservation Society (WCS), une ONG américaine de protection de l'environnement.

La Russie avait mis en place des mesures strictes contre le braconnage pendant au moins les deux dernières décennies, explique Barney Long. Et le pays a récemment pris des mesures pour créer de nouveaux parcs et protéger les proies des tigres. En 2010, la Russie a interdit l'abattage du pin coréen, qui fournit de la nourriture pour les cerfs et les sangliers, eux-mêmes chassés par les tigres pendant les longs mois d'hiver.

« L'explication première de ce succès c'est une volonté politique, » dit Long à VICE News. « On parle d'une part tellement grande du territoire forestier russe…. Pour qu'il y ait un impact notable sur un territoire aussi grand, il vous faut un soutien politique de très haut niveau. »

Mais malgré une amélioration de la situation, les tigres sont loin d'être tirés d'affaire, estime Noah Greenwald, chef du bureau des espèces menacées au Center for Biological Diversity. La plupart des recherches montrent que le nombre minimum d'animaux requis pour assurer la persistance d'une espèce, c'est dans une fourchette comprise entre 4 000 et 7 000 individus.

« Ce n'est pas comme si les chiffres de la population montaient en flèche, » nous raconte Greenwald. « C'est bien de voir une augmentation, mais il y a encore du chemin à faire. »

Les 540 tigres recensés incluent une centaine de petits, des tigreaux. C'est un point inquiétant pour Greenwald. De nombreux tigreaux n'atteindront pas l'âge adulte, âge auquel ils peuvent se reproduire. Une étude du WCS en 2003 sur les tigres de l'Amour montrait qu'entre 41 et 47 % des tigreaux mouraient avant d'avoir fêté leur premier anniversaire.

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Pour sauver les tigres sur le long terme, il est crucial que les Russes maintiennent ces mesures legislatives contre le braconnage, pense Michael Russello, un biologiste de la University of British Columbia qui étudie les tigres.

« Les efforts de préservation dans cette région sont fondamentaux pour la viabilité à long terme de la sous-espèce, » nous dit-il. « Il est très important que les efforts actuels pour mettre fin au braconnage se poursuivent et soient étendus. »

Les tigres de l'Amour sont chassés pour leur fourrure, leurs os et d'autres parties de leurs corps qui sont souvent utilisées dans la médecine traditionnelle chinoise. Les chasseurs quant à eux, tuent souvent en toute illégalité des cerfs et des sangliers, ce qui constitue une menace pour la population des proies du tigre. Il faut aussi mentionner les routes qui s'enfoncent de plus en plus dans les régions reculées pour offrir des solutions logistiques entre autres à l'industrie du bois. Les véhicules et les routes menacent le territoire des tigres.

À cause de tout cela, le WCS estime que les humains sont responsables de la mort des tigres de l'Amour dans 85 % des cas.

Suivez Laura Dattaro sur Twitter: @ldattaro