IRIS VAN DONGEN

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oct. 6 2010, 12:41pm

Iris Van Dongen est une artiste néerlandaise qui vit à Berlin. Ses dessins au pastel qui représentent des jolies jeunes filles ont été exposés un peu partout en Europe et en Amérique du Nord. Son travail s'inspire librement de photos de mode, et ses œuvres sont si belles, ténébreuses et romantiques que ça nous déprime de regarder des vraies photos de mode maintenant, vu qu'elles sont souvent laides, surexposées et libidineuses.

Vice : Salut Iris, je vais commencer par la question qui me taraude le plus : Est-ce que tes tableaux sont toujours des reprises illustrées de photos de mode ?

Iris Van Dongen : Mes dessins sont souvent tirés de photos ou de collages mais parfois, ils sortent tout droit de mon imagination, j'alterne vraiment les deux. Je suis inspirée par mes souvenirs, ou des choses contemporaines que je vois quotidiennement. J'adore quand une image sublime me vient en tête, le plus embêtant, c'est de la mettre sur papier.

Tu mets en scène les photos ou tu pars de photos déjà existantes ?

En général, je prends les photos moi-même, parce que c'est important de voir comment le modèle a bougé sur les photos. Même si je travaille en général à partir de photos qui font environ 15 cm de hauteur et où on ne voit pas grand-chose, il m'arrive de réaliser des grandes fresques qui peuvent faire plus de deux mètres. En suivant ce processus, je finis avec une œuvre qui est bien plus vivante que si je m'étais contentée de copier l'image. J'attache moins d'importance aux objets, aux vêtements, et au décor, afin de mettre en valeur la chair, pour qu'elle soit plus détaillée et précise que le reste du dessin. On peut rendre une œuvre d'art très vivante pour peu qu'on s'attarde plus sur certains éléments.

Quand tu prends tes photos, tu as recours à une styliste ?

J'aime bien travailler avec des mannequins qui ne s'habillent pas de façon trop extravagante ou voyante. Mon travail traite surtout de la relation entre une personne et ce qui l'entoure, et non pas son expression. J'ai envie que le spectateur passe au-dessus de la personne, comme s'il s'agissait d'une chose abstraite.

Pourquoi est-ce que tu utilises autant de pastel et de fusain ?

Le pastel est vraiment un matériel atroce. C'est super épais et ça ne colle jamais, donc en général j'en étale une couche en tapotant avec mes doigts jusqu'à ce que se soit ni trop fin ni trop épais. J'aime beaucoup le noir du fusain car il permet d'obtenir des finitions veloutées que la peinture ne peut pas offrir, donc je me force à affronter la misère du pastel !

Dans les années 1990, tu faisais des figures abstraites en noir et blanc qui diffèrent beaucoup de ce que tu fais aujourd'hui. Qu'est-ce qui t'a soudainement donné ton style actuel, très photographique ?

Je cherchais un moyen direct d'émouvoir les gens. Je voulais travailler avec quelque chose qui parle à tout le monde et qui flirte avec les clichés et l'esthétique. Plus ma technique s'améliorait, plus mon travail devenait photographique et s'éloignait des excès artistiques dont je pouvais faire preuve auparavant. C'est parfait. Je pense que c'est une bonne chose de changer radicalement de temps à autre. Par exemple, dans le cadre de mon exposition à la galerie Diana Stigter à Amsterdam, j'ai disposé du marbre sur du polyester transparent.

Tes dessins de hooligans représentent de jolies adolescentes qui portent des écharpes de football. C'est quoi l'idée ?

Les écharpes de hooligan avec le crâne et le petit diable qui représentent Manchester United sont très cliché, et pourtant elles ont de l'importance aux yeux des gens. Pour moi, cette écharpe reflète l'impotence de l'humanité. Je recherche toujours des objets ou des symboles de notre société qui appartiendraient à la mémoire collective, et j'essaye de déterminer ce qu'ils signifient pour les gens aujourd'hui. J'aime souligner la contradiction entre le merveilleux et le rationnel.

C'est profond ça, tu sors ça d'où ?

J'aime réfléchir sur la vie, la mort et la passion.

PHOTOS PUBLIÉES AVEC L'AIMABLE AUTORISATION D'IRIS VAN DONGEN

ARTICLE DE NINA BYTTEBIER

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