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LE NUMÉRO DU SPECTRE ET DE LA COURONNE

Trouver refuge dans le sacré

Un ancien officier du KGB s'est caché dans un église canadienne, perpétuant ainsi la longue tradition des criminels réfugiés dans des lieux saints.
5.2.16

Illustration : Ole Tillmann

Cet article est extrait du numéro du Sceptre et de la Couronne

En août dernier, Mikhail Lennikov s'est rendu aux autorités canadiennes après avoir échappé à l'expulsion pendant six ans. Ancien agent du KGB, Lennikov a déménagé au Canada après avoir déserté, l'asile politique lui a été refusé, et il devait être déporté en 2009. La veille de son extradition, l'Église luthérienne de Vancouver lui a offert l'asile dans son sanctuaire.

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Pendant des siècles, divers gouvernements ont accepté que les criminels trouvent le pardon en se rattachant à la sainteté. Cependant, les États modernes ont rejeté ce genre de pratiques, faisant de Lennikov un cas anachronique. Pourtant, sa stratégie n'était pas sortie de nulle part.

Au cours des dernières décennies, de nombreux réfugiés ont demandé et obtenu l'asile dans des églises, échappant ainsi à l'expulsion aux États-Unis et au Canada. La pratique était même devenue courante au Canada dans les années 1970, au moment où les Américains cherchaient à éviter l'armée, puis aux États-Unis durant la décennie suivante, quand le pays accueillait les victimes des dictatures d'Amérique centrale. Toujours aujourd'hui, une vingtaine d'églises de ces deux nations accueillent toujours des migrants, leur offrant l'asile en opposition aux politiques d'immigration réactionnaires.

D'après Sean Rehaag, professeur de droit spécialisé dans l'asile politique à l'université de York, au Canada, ces églises passent entre les mailles du filet car elles contournent les lois, sans pour autant les enfreindre.

« Le refuge n'empêche pas l'État de faire appliquer la loi, explique Rehaag. Tant que les églises offrent l'asile ouvertement, ne résistent pas à l'application de la loi et n'encouragent pas l'illégalité, elles ne font rien d'illégal. »

C'est un type de refuge passif. Les autorités américaines et canadiennes restent dépassées. Elles ne veulent pas se retrouver à lancer un assaut sur des églises. À la place, elles essayent de rendre les conditions des migrants plus compliquées afin qu'ils s'en aillent par eux-mêmes.

Pourtant, Rehaag pense que si des criminels – et non des migrants innocents – tentaient de trouver refuge de cette manière, l'opinion publique se retournerait contre les églises. Si trop de gens cherchent l'asile, cela pourrait aussi rapidement devenir incontrôlable. Ces églises en sont bien conscientes et rejettent la plupart des demandes, acceptant uniquement des cas politiques comme celui de Lennikov. Compte tenu des changements politiques constants, ce système pourrait néanmoins s'effondrer à n'importe quel moment.