Les boxeurs français, avant/après

Le photographe Dominique Delpoux a pris en photo des mecs qui se lattent, avant de monter sur le ring et à la fin du combat.

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déc. 20 2014, 9:00am

Texte et photos : Dominique Delpoux/Agence VU

J'ai travaillé sur cette série, « Les Boxeurs », en même temps que celle réalisée avec les joueuses de rugby féminin de Saint-Orens. Après la série « Les Hommes du chantier », je souhaitais changer d'univers et les sports de combat tel que la boxe ou le rugby m'intéressaient. J'aime le sport mais avant de commencer à travailler sur cette série, je dois reconnaître que je ne connaissais pas bien la boxe.

Pour démarrer ce projet, j'ai d'abord rencontré plusieurs managers et boxeurs lors de meetings de boxe, où je leur exposais ma démarche et mes idées de photos. J'ai mené ces travaux comme des « expériences » photographiques, sans m'attacher aux qualités sportives des boxeurs photographiés. Seul leur engagement m'importait. À ce moment-là, tous les types de boxeurs et tous les genres de boxes m'intéressaient.

La transformation des corps et des visages est primordiale dans « Les Boxeurs ». Évidemment, les effets du combat sur les protagonistes sont saisissants. En seulement 20 minutes sur le ring, beaucoup de choses se passent : le maintien du corps est de moins en moins souple, les muscles des combattants se gorgent de sang, gonflent, le regard est différent. Et bien sûr dans certains cas, les coups portés ont marqué les visages. Pour autant, je ne cherche pas forcément les grands traumatisés. Si je voulais mettre en valeur les traces laissées, je photographierais les boxeurs le lendemain, lorsque leur peau bleuit à l'endroit où les coups ont été portés. À l'issue du combat, toutes les contusions ne sont pas encore visibles.

Pour chaque boxeur, je réalisais la première image juste après la pesée, à l'issue de la visite médicale, soit environ une heure avant le combat. Ensuite, le boxeur se fait masser, on lui pose les bandes, il se concentre. À la fin du combat, je me débrouillais pour alpaguer le boxeur avant qu'il ne rejoigne son soigneur. Pour être franc, à ce moment-là, celui-ci ne se souvenait pas toujours qu'ils devaient faire une seconde photo avec moi. Je revois un champion d'Espagne de full-contact en train de se relever d'un KO : il était complètement ailleurs ! Et d'autres, qui avaient perdu leur combat, n'ont pas souhaité poursuivre l'expérience.

D'une manière générale, mes influences ne sont pas à chercher dans la photographie sportive, mais plutôt dans la photographie documentaire américaine ou allemande : August Sanders, Walker Evans, Diane Arbus, etc. Je ne me considère pas comme un photographe de sport, mais je travaille avec les sportifs de la même manière qu'il m'arrive de travailler avec d'autres composantes de la société. Pour autant, la photographie de sport en général m'intéresse parce que le sport m'intéresse. Elle ne m'attire pas en tant que photographie mais en tant qu'illustration d'un événement.

Mes sujets dépendent de mes rencontres et sont les conséquences les uns des autres : toute série en appelle une autre. Je porte un regard documentaire sur mes contemporains, j'essaie de produire avec patience un catalogue humain de notre société. La photographie est pour moi un outil qui me permet d'approcher le réel, de le questionner. Elle m'ouvre aux hommes, aux choses. En revanche, je n'ai jamais réussi à donner une définition de ce qu'est une « bonne photo ». Une bonne photo est, pour moi, une fenêtre convoquant l'imaginaire.

Allez voir le site de Dominique ici.

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