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Misogynie

Comment je me suis vengée de mon colocataire misogyne

Pisse et poils pubiens sont toujours le meilleur remède face à un gros connard égocentrique.

par Valentine Desclozeaux
13 Août 2015, 5:00am

J'ai 33 ans, je suis au chômage et je voyage beaucoup, aussi ma vie consiste-t-elle à aller d'appartements prêtés en sous-locations.

En rentrant à Lyon après plusieurs mois passés à l'étranger, j'ai atterri sur le canapé d'une copine, puis il a fatalement fallu que je me cherche un logement. C'est comme ça que je me suis inscrite sur un site pour trouver une colocation. J'ai choisi une photo de moi pas trop mal, tout sourire et lunettes noires. Peu de temps après, celui que j'appellerai Jean Connard m'a contactée.

Jean Connard donc, m'a d'abord reçue chez lui pour une visite. Comme de coutume, on a bu un café et papoté ensemble une vingtaine de minutes. J'ai appris qu'il était notaire, qu'il aimait jouer au tennis, qu'il était célibataire. Il préférait ne pas trop s'engager pour la colocation : « deux mois dans un premier temps, on verra ensuite », m'a-t-il dit. Sur le coup, je l'ai trouvé un peu speed, mais rien de franchement inquiétant. « Je ne suis pas trop souvent ici », a-t-il poursuivi, et je me voyais déjà lézarder sur la terrasse de son grand appartement bourgeois. Quelques jours après, j'emménageais chez lui.

Pour fêter mon arrivée, nous sortons boire l'apéro. Manifestement, je plais à Jean Connard. Il me complimente, il me charrie. Je joue le jeu, je ris, je minaude. Il est drôle, mais il va trop loin. Je commence à sentir en lui le collectionneur. C'est un homme d'une quarantaine d'années, petit mais hargneux, il n'est pas en reste sur son taux de testostérone. Nous tombons sur une de ses connaissances ; profitant d'un aparté, elle me met en garde : Jean Connard est un peu « spécial », ses colocataires ne tiennent généralement pas plus de deux mois. Alors que la soirée avance, Jean Connard comprend que je préfère les femmes. Il prétend alors pouvoir me remettre « dans le droit chemin ». Je l'interprète comme une blague.

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Le lendemain de mon emménagement, je remarque dans sa bibliothèque un livre du polémiste Éric Zemmour. Je commence à bad-triper. Il m'envoie déjà trop de textos. À 11 heures tout d'abord, pour me proposer de passer prendre le café près de son travail. Puis sur le coup des 16 heures, il veut me « rejoindre pour boire un verre ». Quand je me connecte sur Facebook, je constate qu'il m'a invitée à pas moins de 13 événements.

Il n'est pas rare que Jean Connard repasse deux ou trois fois dans la journée chez lui : pour grignoter quelque chose à midi, pour se changer avant d'aller jouer au tennis, pour prendre une douche. Il peut surgir à tout moment. Il prend d'emblée ses aises avec moi, me tapote la joue et m'appelle « chouchou ». Il entre dans ma chambre sans attendre que je l'y invite. Je commence à me sentir oppressée.

Deux jours après mon arrivée, Jean Connard reçoit une couchsurfeuse. Je le regarde faire avec elle comme il fait avec moi, la soumettre à un interrogatoire, la titiller, la pousser dans ses retranchements. Elle rit nerveusement. Il endosse le rôle du mâle alpha et elle est sa proie. Lorsque je les quitte pour aller dormir, je me demande s'ils vont coucher ensemble. Apparemment non, elle est selon ses dires « trop vieille pour lui », bien qu'ils aient le même âge. Jean Connard a déjà plus de 40 couchsurfeuses à son actif, mais bizarrement, aucun homme. Il prétend « ne coucher avec elles que si elles insistent ». Il n'est pas homme à froisser ces dames.

Il fait la moue, traîne en slip. Je renverse un peu d'eau dans la cuisine en me faisant du thé. Quand il arrive, il m'attrape par le bras, comme on le ferait avec un chat à qui l'on voudrait mettre le nez dans son caca.

Trois jours après mon emménagement, je le suis à une soirée. La maîtresse de maison me saute dessus quand j'arrive : « c'est toi la nouvelle coloc de Jean Connard ? » Je réponds que oui. « Ah, ça ne fait que trois jours ? Bientôt tu ne vas plus pouvoir le supporter. Surtout, un conseil : ne couche pas avec. Il est très fort. Il y arrive à chaque fois. Si tu couches avec lui, il ne va plus te parler, plus te calculer. Il va devenir odieux jusqu'à ce que tu craques et que tu te casses. » À ce moment-là, je le sais déjà : il faut que je me barre, vite, très vite.

Ce soir-là, Jean Connard fait le tour des femmes célibataires de la soirée. Il a faim, selon ses termes, mais « ce n'est pas non plus l'armée du Salut », il ne va pas essayer de se taper ces « vieilles cochonnes » : une telle est trop grosse, telle autre trop vulgaire, telle autre encore trop conne. Et puis, elles ont son âge alors elles sont déjà « un peu tapées ». Je bouillonne intérieurement. Mais je garde mon sang-froid pour lui envoyer d'un air nonchalant et détaché, autant de vacheries qu'il se permet d'en lâcher.

Le climat dans la colocation se dégrade dès les jours suivants. On ne se parle plus. Il fait la moue, traîne en slip, ne m'adresse la parole que par monosyllabes. Je renverse un peu d'eau dans la cuisine en me faisant du thé. Quand il arrive, il m'attrape par le bras, comme on le ferait avec un chat à qui l'on voudrait mettre le nez dans son caca, et me montre la flaque sur le sol : « c'est quoi, ça ? » Je ne décolère pas pendant des heures. L'idée d'une vengeance commence à germer dans mon esprit. J'imagine des scénarios où je quitte l'appartement sans l'avertir et sans lui régler le loyer.

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Il sera finalement plus rapide que moi. Un soir, dix jours après avoir emménagé, je reviens d'une soirée avec une amie trop bourrée pour rentrer seule. Il est trois heures du matin. Je lui déplie sans bruit le canapé du salon, on boit un verre d'eau, on se couche. Elle repart le lendemain matin à la première heure. Il est 10 h 30 du matin quand Jean Connard ouvre énergiquement la porte de ma chambre. « C'est quoi ce bordel ? Y'a des confettis partout ! T'as intérêt à nettoyer », dit-il en claquant la porte.

Une heure après, la sentence se fait connaître via un texto long comme le bras : « Valentine, j'ai très peu apprécié tes exploits d'hier soir. Arrivée à 3 heures du matin avec on ne sait pas qui sans m'avoir prévenu, ce qui m'a réveillé et j'ai mis trois heures à me rendormir. Le bordel total dans l'appartement, des confettis dans toutes les pièces. D'ailleurs le ménage n'est pas un truc que tu connais apparemment. Je crois qu'on n'a pas la même vision de la cohabitation. Donc en résumé, ça commence vraiment à me gonfler. Tout ça pour te dire que ce n'est pas possible de continuer comme ça. J'espère que tu me comprends. J'ai quelqu'un qui m'a dit OK, une étudiante qui souhaite étudier, ce qui correspondra mieux à mes attentes. Elle arrive le 1er mai. Je souhaite que tu sois partie avant. Je te fais cadeau de ce que tu me dois mais ma tranquillité n'a pas de prix. Voilà, dans l'attente de te lire. »

Mon sang ne fait qu'un tour. Je voudrais le traiter de sombre ordure, mais je pense que j'aurais davantage intérêt à rester calme et planifier une vengeance savamment orchestrée.

Après avoir uriné dans une tasse, je me suis rendue dans la cuisine. J'ai ouvert tous les tiroirs. Le vinaigre balsamique. Un peu d'urine serait indécelable dedans, non ?

Je lui réponds : « donne-moi juste deux ou trois jours le temps de me retourner et de déplacer mes affaires et je suis hors de ta vue. Bonne journée. »

Ces deux ou trois jours, je les emploie à brainstormer sur la meilleure façon de me rendre justice : allais-je le signaler sur couchsurfing.com, pisser sur sa brosse à dents, intervertir sa crème des pieds et son dentifrice ? J'hésitais. « Mais pourquoi choisir ?, m'ont soufflé mes potes. Fais tout ! »

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Risquais-je quelque chose ? Après tout, je ne savais pas de quoi ce goujat était capable. De me faire un procès, de me casser les dents ? Peut-être.

J'ai déménagé un samedi. Mes valises étaient faites depuis la veille, il ne me restait plus qu'à exécuter mon plan machiavélique. J'ai eu de la chance. Ce matin-là, Jean Connard est parti tôt de chez lui, me laissant le champ libre pour commettre mon forfait. Je me suis levée en l'entendant claquer la porte. J'ai alors laissé cours à mon imagination et suis entrée en transe.

Après avoir uriné dans une tasse, je me suis rendue dans la cuisine. J'ai ouvert tous les tiroirs. Le vinaigre balsamique. Un peu d'urine serait indécelable dedans, non ? Il ne s'agissait pas non plus d'être grillée trop vite. Je voulais instiller le doute. Puis je n'ai plus eu de cesse : le réservoir à eau de sa machine à café me faisait de l'œil, une bouteille de rhum traînait dans la cuisine, l'aubaine était trop belle. Les olives me tendaient les bras. Il me restait un peu d'urine au fond de ma tasse, pourquoi ne pas en mettre sur les coins de sa terrasse, un peu sur ses tapis ?

J'ai pensé qu'il serait bon de varier les plaisirs : quelques poils pubiens passeraient inaperçus dans son pesto, assurément.

Prise d'une peur soudaine, j'ai regardé par la fenêtre qui donnait sur la rue pour vérifier que je ne voyais pas sa voiture. Il pourrait tout à fait être en train de remonter les escaliers et me trouver là, à remplir à nouveau ma tasse d'urine. Pas de trace de lui dans la rue. Le cœur battant à la chamade, je me suis rendue dans son dressing, bien décidée à lui tailler un costume au pipi. Je l'ai rhabillé des pieds à la tête : j'ai déversé ma tasse dans ses belles chaussures en cuir, dans ses chaussures de sport, dans les poches de ses vestes et manteaux et pour finir, dans son casque de moto.

Enfin, j'ai investi la salle de bains. La brosse à dents, symbole ultime de l'intimité, je ne voulais pas la rater. C'est pourquoi je l'ai frottée contre le balai à chiottes. Puis j'ai pensé qu'appliquer un peu de matière fécale sur son rasoir, sa tondeuse et la grille de son sèche-cheveux n'aurait rien d'exagéré. Finalement, j'ai mis un peu de crème dépilatoire dans son shampooing – par chance, la bouteille était opaque. Là, j'ai compris qu'il fallait que je me barre au plus vite. Il pourrait rentrer d'une minute à l'autre, vouloir prendre une douche, se laver les cheveux après une bonne partie de tennis, découvrir le pot aux roses et faire de moi de la chair à saucisse.

J'ai appelé mon amie Sonia pour lui expliquer la situation. Dix minutes plus tard, elle était en bas avec sa bagnole et un troisième larron. Elles m'ont aidée à descendre mes valises à la hâte.

Dans un dernier élan de génie vengeur, j'avais chopé une bouteille de champagne derrière le bar, que l'on boirait le lendemain entre meufs en pleurant de rire.

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