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Tombs ont très peur de la mort, comme nous tous

Le groupe metal de Brooklyn nous parle de son nouvel et dernier album, entre deux crises d'angoisse et une prise de psychotropes.
20.6.14

Photo: Jason Hellmann

Le deuxième album de Tombs,

Path Of Totality

, était placé dans le classement des meilleurs albums 2011 de presque tous les magazines et sites metal dignes de ce nom. La raison ? Le groupe jouait un savant mélange atmosphérique de black metal, de post-punk et de death metal violent – dont peu peuvent se vanter sur la scène actuelle. Le troisième et dernier album de la formation de Brooklyn,

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Savage Gold

, est sorti le 10 juin sur Relapse et est encore plus déterminé que les précédents. Enregistré dans les studios Mana Recording de St Petersburg (Floride), par le meneur de Hate Eternal et Erik Rutan, gourou du death metal, l'album a permis à Mike Hill, guitariste/chanteur/cerveau de Tombs, et à Andrew Hernandez, batteur, de s'entourer d'un nouveau bassiste, Ben Brand et d'un nouveau guitariste, Garett Bussanick. On a rencontré Mike Hill pour en savoir plus sur les inspirations maléfiques qui animent ce nouvel album.

Noisey: Votre avant-dernier album, Path Of Totality, avait obtenu un gros succès critique. Ça t'a mis la pression quand tu as commencé à écrire Savage Gold ?

Mike Hill:

Nan, je n'y ai même pas pensé. C'est un honneur d'être reconnu et je suis content qu'on ait eu ce genre de répercussions, mais rien n'est éternel – je peux me faire renverser par un bus demain, après avoir reçu le titre d'album de l'année par

Decibel

. Mais avoir accompli ça est déjà cool. Bon, heureusement, je suis encore vivant. Quand tu commences à t'inquiéter de ce que les gens pensent de ton album, et en particulier des critiques, tu n'es plus concentré sur ton travail.

Donc tu ne fais pas gaffe aux critiques, mais tu réfléchis au fait que tu puisses te faire tuer ou renverser par un bus ?

J'habite à Greenpoint, Brooklyn, et il y a quelques semaines, quelqu'un a été heurté par une voiture et en est mort. Donc ouais, c'est un risque. Les gens roulent comme des dingues dans cette ville. C'est le deuxième piéton qui se fait écraser depuis que j'habite ici.

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Penser à la mort te motive à bosser ?

Ouais, complètement. En général, j'essaye toujours de finir les trucs que j'entreprends, mais je pense tout le temps à la mort et à la mienne en particulier. Ces dernières années, il y a eu beaucoup de morts dans notre entourage. Maintenant j'en ai vraiment plus conscience. Ça fait relativiser, je me rends compte à quel point la vie est courte et fragile. Quelqu'un peut disparaître du jour au lendemain, et tu ne le verras plus jamais. J'essaye d'avoir un rythme de vie sain et d'être aussi optimiste que possible, mais ça n'empêchera pas les choses d'arriver. Tu peux toujours être victime d'un accident. En fait, j'ai peur de ne pas réussir à accomplir tout ce que je souhaite faire.

Ça

concerne uniquement la musique ou d'autres aspects de ta vie ?

Pas uniquement, par exemple il y a des tas de livres que j'aimerais lire mais je me pose la question :

« est-ce que je pourrais vraiment tous les lire ? Combien de temps ai-je encore devant moi ? »

. Dans une chanson de Neurosis, il y a ce passage parlé sur le nombre d'étés qu'il nous reste à vivre. J'y réfléchis maintenant, alors que je n'y pensais pas quand j'avais 25 ans. A l'époque, j'avais l'impression d'être immortel. Je ne pensais jamais qu'un jour j'aurais des cheveux gris, mais maintenant c'est une réalité. Tu vois tes parents devenir vieux, tout devient palpable. Tu peux apercevoir la ligne d'arrivée au loin.

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Tu as parlé de morts dans votre entourage…

Un membre de la famille d'un des gars de Tombs est récemment décédé. Deux de mes amis proches sont morts il y a peu de temps – une mort récente et l'autre qui remonte à près à deux ans. Ils avaient une trentaine d'années tous les deux. Ils étaient jeunes, ils ont pris trop de mauvaises décisions dans leur vie et je pense que c'est la dépression et la souffrance de vivre qui les a tué. Le suicide médicamenteux en est le meilleur exemple. Ils ne sont plus auprès de nous maintenant, et c'est vraiment dur à avaler pour moi car quand on s'est rencontré on était jeunes et pleins de vie. J'ai toujours l'impression que je vais revoir ces mecs, mais ils sont partis. Même pour celui qui nous a quitté il y a deux ans, je ne réalise toujours pas. Donc voilà, tu relativises après ça. La cloison entre la vie et la mort est très fine, et à un moment, on la traverse et on se retrouve dans l'autre monde. C'est comme ça, tu n'appartiens plus à la réalité.

C'était des mecs connus de nous ?

Ouais. Celui qui est mort récemment c'est Jason McCash, du groupe The Gates of Slumber. Il jouait aussi dans Burn It Down et The Dream is Dead. Jared Southwick, qui devait rejoindre Tombs, était aussi dans The Dream is Dead. Je les ai rencontrés en 1998, quand je faisais partie d'Anodyne. C'est eux qui avaient booké nos premières dates dans le Midwest, c'était un peu les patrons de la scène là-bas. Burn It Down et Anodyne étaient tous les deux signés chez Escape Artists, donc on s'épaulait, j'ai été proche de ces gars pendant des années. Quand Jared a bougé à New York, je me suis rendu compte qu'il avait perdu un truc. J'y connais rien aux drogues dures, à la cocaine, à l'héroine, je suis un peu naif. Mais Jared s'est crée des problèmes pendant des années, et ça a lui a pompé totue sa moelle. J'ai vu des gens plus âgés que moi mourir, mais Jared, lui, était plus jeune. Savoir que la vie pouvait se terminer aussi brutalement a été très dur. J'ai surtout commencé à écrire pour extirper le mal que je ressentais. J'écris beaucoup, et certaines de ces idées se sont transformées en chansons.

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A quoi fait référence le titre Savage Gold ?

Je m'intéresse à l'alchimie, par curiosité. L'or est un métal noble, et le but de l'alchimie est de prendre des matériaux plus basiques pour en faire de l'or. C'était l'idée au départ. On retrouve l'expression

« savage gold »

dans le premier morceau de l'album,

« Thanatos »

, le dieu grec des enfers, de la mort et de la transformation. Ça collait avec mon idée de conversion vers un état plus noble, d'une réalité physique vers une autre réalité. C'est l'un des grands thèmes de l'album. Tout cela me vient de mes méditations sur la mort.

« Savage »

est l'un de mes termes préférés, j'envisage les choses de manière intense, sauvage. Donc j'ai juste combiné les deux mots. J'ai appris qu'il y avait un film des années 30 intitulé

Savage Gold

, sûrement un truc sur le trafic d'ivoire.

Ça ressemble à un titre de western spaghetti.

C'était le but. Je me suis mis à chercher si ces deux mots signifiaient quelque chose, mais la seule chose que j'ai trouvé c'est ce film. Je m'attendais à un western sanglant, mais en fait, c'était plus un genre de film avec Humphrey Bogart.

On pourrait appliquer cette métaphore de l'alchimie à la musique. Tu prends des matériaux basiques pour en faire un truc encore mieux, toujours à la recherche de l'or (pas forcément des disques d'or, mais d'une musique de grande qualité).

Complétement. Peu importe ce que les gens pensent de cet album, pour moi, c'est une réussite, c'est un rendu solide. J'ai réussi ! (

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rires

) Ça peut paraître égocentrique, mais c'est vrai.

Quand on s'est vu avant la sortie de Path Of Totality, tu disais qu'une expérience sous psychotropes avait beaucoup influencé l'album.

Ça

a été le cas pour Savage Gold aussi ?

Cette expérience que j'ai eu il y a des années continue d'influencer mon travail aujourd'hui. Ce n'est pas comme si je prenais des psychotropes et des champignons hallucinogènes tous les week-ends. Même Terence McKenna, le gourou des drogues psyché, recommande d'en prendre

«

rarement mais en doses radicales

»

. C'est ce que je fais, environ une fois tous les deux ans. Ce n'est pas un mode de vie, mais plus une expansion de ma conscience, un rituel. Je n'ai pas envie de faire ce genre de voyages trop souvent. Mais j'apprends encore aujourd'hui de cette expérience, ça a été un moment crucial de ma vie et ma créativité en récolte encore les fruits.

Pour finir, parlons un peu de ton blog, Everything Went Black. Tu y animes un podcast où tu critiques des albums classiques, et tu as maintenant un autre podcast, Necromaniacs, dédié aux films d'horreur et de science-fiction.

Everything Went Black se porte bien ces temps-ci. Je commence à avoir pas mal de retours. Les personnes auxquelles je demande de participer au podcast en ont déjà entendu parler. Plein de gens intéressants ont collaboré – Eugene Robinson d'Oxbow ; Matt Staggs qui écrit pour

Disinfo.com

; Laina Dawes qui a écrit un livre sur son expérience de femme noire dans le metal. Elle était super. Je n'ai pas vraiment d'autre message que de pousser les gens à vivre la vie qui leur semble la meilleure.

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Tu parles aussi beaucoup de Black Flag sur ton site.

(

Rires)

L'échec total de Greg Ginn et de Black Flag ces dernières années a été un de mes sujets de prédilection. Les gens disent que Keith Morris était cool et que Henry Rollins est le pire truc qui soit arrivé à Black Flag, mais je pense qu'en fait c'était Ginn car il s'est complétement discrédité en sortant ce nouvel album pourri. Ce qui m'attriste, parce que j'estimais vraiment Greg Ginn avant tout ce fiasco.

J.Benett va maintenant se mettre aux western spaghettis

.

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