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Music by VICE

Uncle Acid vide son sac

Le roi de la doom-pop nous parle de films d'horreur, de Black Sabbath et de Charles Manson dans une de ses rares interviews.

par J Bennett
22 Juillet 2014, 9:45am


Quand on a appelé Kevin Starrs, a.k.a Uncle Acid, on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Pendant trois ans, le très solitaire leader d' Uncle Acid & The Deadbeats a refusé interviews, séances photos et tout ce qui aurait pu d'une façon ou d'une autre démystifier la légende construite autour de leur incroyable deuxième album Blood Lust, sorti en 2011. Bourré d'histoires de meurtres et d'infamie imaginées par un cerveau maléfique, ce disque bâti sur des râles de riffs psyché et des mélodies contagieuses semblait tout droit sorti d'une production de la Hammer circa 1968. « On est juste un groupe pop avec des guitares fuzz, déclare Starrs. J'aime ce contraste – mélanger des riffs lourds avec des mélodies plus légères, des harmonies en deux ou trois parties avec des paroles hyper violentes. On chante surtout sur la mort et les meurtres, notre musique est trompeuse si tu ne lis pas les paroles ».

Sur Mind Control, le troisième album du groupe, sorti en 2013, Uncle Acid s'est penché sur les catastrophes provoquées par le mélange drogues + sectes dans les années 60 et 70 – le suicide collectif au Kool-Aid et les meurtres de masse perpétrés par Jim Jones et Charles Manson. Depuis, lui et ses Deadbeats ont signé chez les magnats du doom anglais Rise Above et ont donné quelques interviews, mais toujours à reculons. Quelques dates et une tournée avec Black Sabbath plus tard, le leader continue à faire planer le doute sur sa vraie personnalité. Enfin, jusqu'à aujourd'hui.


Noisey : Je dois t'appeler Kevin ou Uncle Acid ?
Kevin Starrs (Uncle Acid):
[Rires] Tu peux m'appeler Kevin.

Tu as monté Uncle Acid alors que tu étais au chômage. Tu faisais quoi comme boulot avant ?
Je bossais en magasin – rien de passionnant. Je n'ai jamais eu d'objectif de carrière. C'était assez triste. Il n'y avait pas beaucoup de boulot, donc je passais d'un emploi à un autre.

C’est parce que tu n’avais rien d’autre à foutre que l'idée de fonder Uncle Acid t'es venue ?
[Rires] Ouais, j'avais vraiment le temps. J'avais écrit toutes ces chansons et je me disais que ça pouvait être cool de les enregistrer. À l'époque, tout se passait sur MySpace, j'avais mis quelques morceaux en ligne et les gens sont devenus fous, ils réclamaient un album. J'ai réuni quelques potes et on s’est mis à composer notre premier album, qu'on a appelé Volume I. On n'avait aucune thune, et on a fait avec ce qu'on avait en poche – 30 exemplaires sur CD je crois. On a mis six mois à tous les vendre. L’argent récolté nous a servi à acheter du meilleur matos pour enregistrer Blood Lust.

Les deux premiers albums ont donc été enregistrés chez toi ?
Ouais, chez moi et dans le garage d'un pote. On avait vraiment très peu de moyens, on empruntait pas mal de matériel.

Tu jouais dans quel genre de groupes avant Uncle Acid ?
Honnêtement, je n'en ai pas eu beaucoup, j’ai joué de la guitare avec d’autres types, mais j'avais un rôle assez secondaire – même si ça me rendait heureux. Je ne pensais pas vraiment être fait pour la composition. On faisait du metal très brut, entre Venom et Slayer. À l'époque, j'aimais bien le shred, c'était marrant, puis j'ai voulu avoir mon propre groupe, dans lequel je pouvais décider de l'écriture et du concept, plutôt que d'être simplement le type du fond qui faisait les solos.

C'est pour Uncle Acid que tu as écrit tes premiers morceaux ?
J'avais un peu écrit avant, mais je n’avais jamais rien montré à personne. Je pensais que le moment était venu de les partager, et de voir ce que les autres pouvaient en penser. L'anonymat d'Uncle Acid m'a permis de sortir mes trucs sans craindre un retour de bâton. C'était un premier test, ça me permettait de jauger les réactions. Si les gens avaient détesté, personne n'aurait su que c'était moi derrière Uncle Acid.

Tu voulais créer un personnage autour d’Uncle Acid ?
C'était l'idée de départ. J'ai pris le nom d'Uncle Acid et chaque membre du groupe avait un pseudonyme. On voulait garder une sorte de mystère autour du groupe, mais plus on avançait, plus j'ai trouvé tout ce côté mystique débile. Donc on a fini par se référer au groupe comme Uncle Acid, et les Deadbeats c'était un peu les fans. Un truc comme ça.



Tu as sorti Blood Lust seul – tu en avais fait 100 copies sur CD sans trop y croire. Puis le label Rise Above a décidé de le sortir en vinyle. C'est ça qui t’a poussé à continuer ?
Le groupe a explosé au moment de Blood Lust, il ne restait plus que moi et le batteur. On en avait marre parce qu'on n'arrivait pas à trouver d'autres musiciens et que l'album se vendait mal. On voulait abandonner. Mais une fois que Rise Above l'a sorti, on s'est dit que c’était stupide de tout laisser tomber. On est revenu à notre idée initiale, et on a trouvé un nouveau line-up.

Blood Lust est basé sur un scénario que tu avais écrit pour un film d'horreur. Ça te plairait aujourd'hui que ce film soit vraiment tourné ?
Ce serait génial, mais l'industrie du cinéma est encore pire que l'industrie musicale, ils cherchent à s'immiscer dans ton projet. Si quelqu'un voulait vraiment le tourner, il faudrait que ce soit bien fait. Et pas avec une caméra numérique de merde.

Si tu pouvais, tu le réaliserais ?
J'adorerais, ouais ! Ça me rendrait complètement barjot, je convaincrai plein d'investisseurs de mettre leur thune dedans. Ce serait dingue putain.

Les paroles des morceaux de Uncle Acid tournent toujours autour de la violence et de la mort. Qu'est-ce qui t'incite à continuer dans cette direction ?
[Rires] J'en sais rien. Sûrement parce que c'est plus simple pour moi d'écrire sur ces thèmes, pour je ne sais quelle raison. J'aime bien toute cette noirceur. Ouais... Enfin j'en sais rien. C'est étrange.

Il n’y avait quasiment pas d’infos ou de photos de vous qui filtraient à l’époque. C’était un choix ? Pourquoi avez-vous finalement changé d'avis ?
Je pense que c'était dans notre intention d'offrir le moins d’infos possible. Je ne voyais pas vraiment le lien entre notre musique et notre apparence. Je ne comprenais pas pourquoi tous les groupes devaient avoir une image à côté de leur musique. Donc, pendant longtemps, il n'y a pas eu de photos ni rien. Mais une fois qu'on a signé sur un label, on ne pouvait pas continuer avec cette attitude, il fallait faire des concessions. Donc on a fait quelques photos promo pour que ça aide à faire connaître notre musique un peu mieux.


Ils ne voulaient pas poser, vraiment.

C'est Lee Dorrian de Rise Above qui vous a incité à faire des photos promo ?
[Rires] Ouais, c'est lui. Mais je le comprends, Lee veut que l'album se vende, et nous aussi. On ne peut pas continuer en restant complètement hermétiques à toute forme de publicité. Je sais comment le business marche, et parfois il faut jouer le jeu. On veut juste que notre musique touche le plus de gens possible.

Et ça commence à être le cas. Vous avez fait la première partie de Black Sabbath durant leur tournée au Royaume-Uni, vous avez joué au Maryland Deathfest en mai dernier et vous entamez votre première tournée aux États-Unis en octobre. On ne vous arrête plus.
Ouais, c'est sûrement l'image qu’on renvoie. Mais on existe depuis 2009, le line-up a beaucoup changé et on a passé des heures à essayer de tout arranger pour nos lives. On avait déjà fait quelques concerts, au tout début du groupe, et c'était infâme. La plupart des groupes auraient certainement continué et seraient remontés sur scène, mais j'ai préféré prendre du recul, et composer avant tout un line-up vraiment bon, réussir au mieux les arrangements et améliorer mes harmonies vocales. On a dû bosser et répéter beaucoup avant d’entamer la tournée avec Black Sabbath.

D'ailleurs, elle s’est faite comment cette tournée ?
Notre agent avait envoyé notre album à leur bureau. Sept ou huit autres groupes s'étaient aussi proposés, et à ce qu'on a entendu, ils les avaient déjà tous écouté mais quand ils ont écouté le nôtre, ils ont juste viré le reste.

Vous avez mis du temps à vous adapter à ces grandes scènes, et à ce public massif ?
Ouais ça nous a pris du temps. Notre deuxième concert avec eux a eu lieu dans un stade de foot, il devait y avoir 30 000 personnes dedans [Rires]. C'était fou. Mais une fois que tu commences à jouer, tu te concentres uniquement sur ce que tu fais, tu ne remarques plus les gens. C'est assez étrange.


Vous avez traîné avec les mecs de Sabbath ?
Ouais, on se croisait souvent dans les couloirs, ils venaient nous voir de temps en temps dans les loges, pour discuter. Ce sont vraiment des mecs bien, et leur équipe a été très sympa avec nous aussi. On allait les voir faire leurs balances tous les jours, Iommi jouait tous les riffs du premier album, ceux qu'il ne joue jamais en concert. C'était incroyable.

Tu as parlé de changements de line-up. Ça fait combien de temps que tu joues avec les membres actuels du groupe ?
Un an et demi je crois. Ce sont les types qui étaient là pour l'enregistrement de Mind Control – sauf le batteur.

Le succès qu’a obtenu Blood Lust vous a mis la pression pour Mind Control ?
Ouais, il y avait plus de pression, Blood Lust a eu tellement de bonnes critiques que beaucoup de fans réclamaient un nouveau Blood Lust – un nouvel album avec les mêmes thèmes et le même genre de morceaux, ils voulaient une atmosphère similaire. On a préféré se demander comment on pouvait tous se les mettre à dos. Je pense qu'on a voulu se débarrasser de ceux qui voulaient nous enfermer dans une un truc qui ne nous représentait pas. Donc on est passé d'un album très imprégné des atmosphères de la Hammer, comme le film Witchfinder General par exemple, à Mind Control, qui est plus orienté vers Jim Jones et le Charles Manson des années 60. Ce n'est pas un album auquel les gens s'attendaient, et je ne pense pas que c'est ce qu'ils voulaient, mais c'était l'album idéal pour emmerder le monde.

C'est ce qui est cool avec cet album : il est malsain mais catchy.
Les États-Unis, en particulier, n'ont laissé aucune chance à l’album. Alors qu'en Europe, de plus en plus de gens considèrent que c’est un bon album parce qu'ils nous ont vu jouer. Les gens apprécient plus les morceaux lorsqu'ils sont joués en concert. Et vu qu’on n’a pas encore tourné aux États-Unis, le public américain n'a pas encore pu entendre cet album en live. On espère donc bien les surprendre quand on viendra cet automne.



Votre unique concert aux États-Unis a eu lieu au Maryland Deathfest en mai dernier. C'était bizarre, on vous a fait jouer en extérieur, sur un parking. Vous l'avez vécu comment ?
[Rires] On s'est éclatés ! On était le seul groupe pop du festival, comparé aux autres, on était de très loin le groupe le moins heavy. Mais beaucoup de gens se sont pointés, ils étaient tous hyper enthousiastes. Techniquement, ce n'était pas notre meilleur concert, mais on en a bien profité.

C'était la première fois que tu allais aux États-Unis ?
Non, j'y ai déjà vécu en fait. Mais c'était une première pour les autres, et évidemment pour le groupe.

Tu habitais où aux États-Unis ?
Vers la fin des années 80 et au début des années 90, j'ai habité dans le New Hampshire et au Texas. Mon père était militaire, il avait été muté là-bas. J'ai passé une grande partie de mon enfance aux États-Unis.

Pendant votre concert, vous vendiez un T-shirt avec une illustration de Sharon Tate enlaçant Charles Manson, tous les deux enroulés dans le drapeau américain. Personne ne s'est plaint ?
Je pense que quelques personnes ont trouvé ça de mauvais goût. Mais à la fin de la journée, on avait déjà vendu tous nos T-shirts. Les gens sont comme ça, ils aiment la violence, comme à la télé. C'est ce que les gens veulent. Je suppose que ce T-shirt c'est une réflexion sur notre société.



Et si tu recevais un e-mail de Roman Polanski, te disant qu'il était très choqué par ce T-shirt sur lequel sa femme défunte enlace son propre meurtrier ?
Je lui répondrai sûrement qu'il n'est qu'un pédophile, d'ailleurs je le dénoncerai à la police [Rires]. Non, je comprends que l'affaire Sharon Tate ne soit pas très agréable, mais je ne sais pas, je trouve tout ça très intéressant. C'est une période intéressante de l’histoire, et je trouve ça bizarre que Manson en soit devenu le bouc-émissaire. Tuons tous les hippies et toute forme de pensée libre, et collons tout sur le dos de ce type.

C'est toujours un ennemi public ici – même si ça fait des dizaines d'années qu'il croupit en prison et qu'il n'a tué personne.
Ouais, exactement ! On en parle toujours comme d'un tueur en série, mais je ne savais pas qu'on pouvait être taxé de tueur en série, en n'ayant jamais tué personne. C'est étrange.

Vous avez repris le morceau de Manson « Get On Home » sur la deuxième face du single « Mind Crawler ». Pourquoi avoir choisi cette chanson en particulier ?
C'est l'une de mes chansons préférées, elle est catchy et je la trouvais assez simple à reprendre.

Vous avez pensé à ressortir Volume I ? Je suppose que peu de gens ont déjà écouté cet album.
Ouais, il faut juste trouver du temps, parce qu'il y a beaucoup de travail à faire dessus. Le son n'est pas très bon. Il faudrait le remixer et le remastériser, mais en ce moment on est noyé sous les papiers, on n'a pas vraiment de manager et je dois tout faire tout seul. Il y a beaucoup à faire avant de s’occuper de ressortir nos anciennes productions. On doit aussi écrire le prochain album.

Vous en êtes où d’ailleurs ?
On a écrit une demi-douzaine de morceaux pour l'instant, les thèmes seront très différents de ceux des albums précédents. Je tiens un concept, mais il se peut qu'il change complètement d'ici la fin de l'album, donc je préfère ne pas trop en parler. Ne vous inquiétez pas, il y aura toujours de la violence et des références à la mort.


J.Bennett a lu beaucoup trop de livres sur Charles Manson. Il n'est pas sur Twitter.


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