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Après des années d'attente, The Decline Of Western Civilization bénéficie enfin d'une réédition digne de ce nom

Penelope Spheeris est plus généralement connue comme la réalisatrice de Wayne's World mais on lui doit surtout 3 des meilleurs documentaires jamais réalisés sur le punk et le heavy metal.

par Jason Diamond
21 Juillet 2015, 12:00pm


The Decline Of Western Civilization III

L’Amérique a toujours été dérangée, effrayée et dégoûtée par les punks et leur musique. Le cinéma et la télévision ont exploité ce filon pendant des décennies, mettant régulièrement en scène de jeunes punks, la plupart du temps dans des productions absurdes - en particulier durant les années 80. À titre d’exemple, on citera l’épisode « Next Stop : Nowhere » de la série policière Quincy qui présente les punks comme une bande de drogués nihilistes, soumis à leurs pulsions meurtrières ou encore le deuxième volet de Police Academy qui met en scène un gang de punks et de metalheads assoiffés de violence, menés par Bobcat Goldthwait dans le rôle de Zed McGlubk. En somme, tous ceux qui portaient des crêtes et des piercings et s'éclataient sur les rythmes rapides et bruyants du punk étaient vus comme des criminels en puissance ou, au mieux, des gosses paumés.

« Il y a eu un changement radical dans le comportement des adolescents », m'explique la réalisatrice Penelope Spheeris lorsqu'on aborde le sujet de son documentaire mythique The Decline Of Western Civilisation qui rend compte de la réalité beaucoup plus nuancée de tous ces jeunes punks. Trente cinq ans après sa sortie, le film bénéficie aujourd'hui d’une réédition digne de ce nom, sous la forme d’un coffret, aux côtés des deux autres volets de la série (The Decline Of Western Civilization 2 : The Metal Years et The Decline Of Western Civilization III). Spheeris a su filmer les groupes, l’énergie et la beauté brute de la scène, sans en tirer profit, ni verser dans le sensationnel. C’est aujourd’hui l’une des retranscriptions les plus fidèles de la scène punk américaine, à l'époque où elle semait le trouble dans une bonne partie des États-Unis.

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La réalisatrice Penelope Spheeris et Eyeball

Penelope Spheeris a exploré la culture punk et metal américaine, comme aucun autre réalisateur n’avait osé le faire avant elle. Aujourd’hui encore, ces trois documentaires restent unique en leur genre. Réalisé en 1988, le deuxième volet de la trilogie Decline, s'éloigne des scènes punk et hardcore du premier film pour s'intéresser au phénomène hair metal, alors en pleine explosion. Le troisième film prendra lui une direction encore totalement différente en mettant de côté la musique et les groupes pour se concentrer sur les gamins sans-abri de la scène punk de la fin 90. L’idée lui est venue alors qu’elle traçait sur Melrose Avenue à Los Angeles, où elle a croisé des ados qui se déplaçaient en bande, comme dans son premier film Suburbia, sorti en 1984. « Je voulais les connaître, m'explique-t-elle. Je voulais comprendre d’où ils venaient ».

Suburbia — qui selon moi l’un des meilleurs films sur le thème de la rébellion adolescente avec The Warriors et Over the Edge, tous deux sortis en 1979 — et le premier volet de Decline sont ses deux films les plus intenses. Peut-être parce qu’ils se ressemblent beaucoup et qu’ils ont été conçus dans la nécessité (Spheeris ayant eu du mal à trouver un distributeur pour Decline), mais sans doute aussi parce qu’elle avait trouvé un sujet par lequel elle se sentait réellement concernée. « J’ai écrit l’histoire de Suburbia parce que le quotidien de ces gamins me captivait. »

Lorsqu’on compare ces deux films au reste de sa filmographie, on retrouve un même motif. Après Suburbia, elle a réalisé The Boys Next Door, avec Charlie Sheen dans le rôle d’un ado pris d’une folie meurtrière, puis Dudes en 1987, le meilleur western punk de l'Histoire du cinéma. Aucun de ses films n’a connu de succès commercial, mais pendant un large partie de sa carrière, Spheeris a fait des marginaux de la société, les héros de ses films. Il n’était pas question de les observer au microscope, elles souhaitait les montrer dans leur habitat naturel, libres de dire et de faire ce qu’ils voulaient, comme de se bourrer la gueule à la vodka dans une piscine sous le regard gêné de leur mère à la manière de Chris Holmes de W.A.S.P dans Decline 2. Ses films ont marqué les milieux underground, avant qu'elle ne connaisse son premier gros succès en 1992, en adaptant Wayne’s World au cinéma. Un premier succès commercial qui a été à la fois une bénédiction et une malédiction.

« Je ne voulais pas faire un film superficiel », confie t’elle au sujet de Wayne’s World. Ce film, basé sur des sketchs de Saturday Night Live lui a rapporté plus qu’aucune autre de ses productions, enregistrant 121,6 millions de dollars au box office. Et même s'il est à des lieues de Suburbia ou des trois Decline, Wayne’s World s’intègre parfaitement à son oeuvre. Wayne et Garth ne sont rien d’autre que deux metalheads qui passent leur vie à zoner dans leur garage de la banlieue de Chicago. C’est typiquement le genre de mecs qui auraient pu apparaître dans le deuxième volet de Decline.

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Faster Pussycat dans The Decline of Western Civilization 2 : The Metal Years

Si vous regardez tous ses films à la suite, vous verrez que Spheeris excelle dans l’art de raconter les histories d’une jeunesse déglinguée et incomprise. Quand je lui ai dit que ses films montraient l’autre versant des teenage movies déconneurs et légers des années 80 réalisés par John Hughes et Amy Heckerling, Spheeris m’a répondu que même si elle était fan de ces deux réalisateurs, leurs films étaient assez éloignés de sa réalité. « J’aurais aimé grandir dans un environnement plus stable, mais ça n’a pas été le cas, explique t’elle. J’ai eu une adolescence difficile ». Rien d'étonnant donc à ce que Spheeris ne se soit jamais vraiment préoccupée des adolescents en crise de la classe moyenne. Pourtant, on la cite -encore aujourd'hui- très rarement parmi les cinéastes emblématiques de sa génération.

L'adolescence est une étape difficile pour tout le monde. Confusion, crise d'identité, sexe, drogues : ceux qui en sont ressortis indemnes peuvent s’estimer heureux. Un réalisateur comme John Hughes l’a bien compris et c’est pour ça que ses films sont aujourd’hui considérés comme des classiques du genre. Au milieu des gosses de riches et des geignards de la classe moyenne, il a su créer des personnages plus complexes, comme John Bender dans Breakfast Club. Il n’a plus rien à perdre — il vient d’un foyer brisé, il est battu et négligé, il est le fruit de son environnement. C’est un personnage inoubliable avec lequel Hughes a redéfini le teen movie. Quand on connaît son histoire, on ne peut ressentir que de la compassion pour lui. C’est pour cela que les films de Spheeris sont si précieux : ils mettent en scène les John Benders de ce monde, réels ou fictifs. Dans le premier Decline, on sait d’avance que Derby Crash des Germs est condamné. Quelque mois après la première du film, il s’est volontairement injecté une surdose d’héroïne, à l’âge de 22 ans. On peut dire la même chose des enfants du squat T.R. (The Rejected) dans Suburbia, un groupe de punks qui traînent chacun leurs démons et vivent dans une baraque défoncée de la banlieue de Los Angeles - un endroit où l'on croise plus de chiens errants (comme celui qui attaque un enfant dans la scène d’ouverture) que d’habitants.

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Lizzy Borden dans The Decline of Western Civilization 2 : The Metal Years

Dudes est un film les plus sous-estimés de la décennie - et à ce titre, il mérite lui aussi une réédition digne de ce nom. A mi-chemin entre la comédie punk et un Easy Rider hystérique, Dudes suit les aventures de deux potes poursuivis à travers les États-Unis par un gang de rednecks (mené par Lee Ving of Fear, déjà présent dans le premier Decline), qui a tué un de leurs amis (joué par Flea des Red Hot Chili Peppers, qui apparaît également dans Suburbia). Mais si elle reste comme la réalisatrice ultime des films punk et metal des années 80, Spheeris a dédié, à l’instar de Hughes, la deuxième moitié de sa carrière à des films inoffensifs et tout public tels que Les Allumés de Beverly Hills, Les Chenapans, ou encorela comédie Black Sheep mettant en scène Chris Farley et David Spade.

« Je me suis vendue, en quelque sorte… J’ai vendu mon âme au diable avec mes autres films, déclare Spheeris. Evidemment, il faut gagner sa vie, et ce n’est pas avec des films qui mettent en scène Keith Morris des Circle Jerks hurlant ses tripes dans un micro qu’elle peut espérer rentabiliser ses productions. Mais, la trilogie Decline est, elle le résultat d'une passion absolue - en particulier le troisième volet qu’elle a réalisé à la suite de Black Sheep, qui avait généré plus de 32 millions de dollars au box-office, et qui n'est jamais sorti en salles, malgré l'excellent accueil qui lui a été fait dans plusieurs festivals. Aujourd’hui, avec la sortie sur Shout Factory de ce coffret compilant pourla première fois la trilogie Decline, la voix de la jeunesse perdue s’apprête enfin à toucher un nouveau public. Il était temps.

Le coffret The Decline of Western Civilization Collection est disponible depuis quelques jours sur Shout Factory.

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