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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Music by VICE

John Joseph des Cro-Mags a toujours de bonnes histoires à raconter

Visites organisées, meurtres, cuisine, séances de muscu et l'indicible plaisir de se faire traiter de fils de pute.

par Logan Worrell
21 Novembre 2013, 1:00pm

​John Joseph n'est pas un mec particulièrement « balèze », mais tu ne pourrais pas vraiment le lui dire en face. On a l'impression que ses yeux ont gagné plus de combats que ses poings, que sa personnalité va bien au-delà du stéréotype de gros dur new-yorkais issu de la casse ouvrière. Il parle vite, utilise un langage bigarré, et possède une maîtrise incroyable du terme « fils de pute ». C'est pas le genre de type que t'aimerais croiser dans une ruelle sombre, sauf si c'est une ruelle derrière laquelle il y a un bar sans alcool. Le groupe de John Joseph, les Cro-Mags, a eu un impact d'une magnitude non mesurée à ce jour sur la scène hardcore. On sait juste que cet impact est responsable d'hectolitres de sang, de sueur et de larmes. Depuis, John ne fait plus pleurer personne mais organise des visites guidées du New York dangereux d'avant, des séances de gym de rue, mange sainement, et écrit des livre.


Noisey : Je suis un grand fan de ta musique, depuis super longtemps. Tu es pour moi un des mecs les plus charismatiques du hardcore. Parle moi de ces visites guidées que tu organises dans New York.
John Joseph : Mon livre, The Evolution of a Cro-Magnon, parle des changements qu'a connu New York, du fait de grandir dans la ville, de zoner dans des rues aussi malfamées que le Alphabet City des années 70, de la musique et des clubs de cette époque. Je voulais montrer de la manière la plus réelle et vivante possible aux touristes ce que fut le « vrai » New York. Je me souviens de la première fois où un bus de deux étages s'est pointé autour du A7, on était devant et le guide a fait : « Voilà quelques uns de ces individus bigarrés qui peuplent la scène punk rock et participent à la diversité du quartier ». Et ils se sont tous plantés aux fenêtres du bus pour nous prendre en photo comme des putains d'animaux dans un zoo. Il y avait une épicerie jute à côté, Kim Fruit sur l'Avenue A, et d'un coup j'ai gueulé « fils de pute ! » et on a commencé à bombarder le bus de fruits et de tout ce qui nous tombait sous la main. Ils ont fini par se casser.

Quand je lui ai parlé de cette idée de visites, mon pote Jake de Rocks Off m'a immédiatement soutenu. Il s'est montré très enthousiaste. Alors on l'a fait. Et ce fils de pute de Greg Ginn de Black Flag m'a laissé un commentaire sur Facebook : « Oh, super, c'est vraiment punk rock ton truc… » Putain, mais ta gueule connard. T'as toujours un truc à dire hein ? On dirait que tu ne sais pas qui je suis. Tu ne me connais même pas.

Greg Ginn est un putain de jazzman.
J'allais au Max Kansas City en 1977. J'ai été à mon premier concert punk en 1976, j'avais 14 ans. Donc je lui ai dit d'aller se branler. C'est une visite axée sur le crime avant tout. Et évidemment, j'y parle aussi de punk rock et d'autres musiques. On passe a Fillmore East. Tout le monde veut y aller de son petit commentaire, mais tous ceux qui y ont participé ont dit que c'était hyper diversifié et complètement taré comme promenade. Et ça fait trois ans que ça dure.

Tu montres aux gens un New York qu'ils n'auraient jamais pu voir autrement.
Oui, je raconte des histoires. On est passé dans le Sunday Morning, le Today Show sur NBC, le New York Times, Time Out. J'ai fait des visites avec des tas de gens différents. J'ai eu des touristes israéliennes de 65 ans ! Et c'est jamais chiant. J'ai aussi eu droit à ce mec qui voulait me tester, et se battre avec moi parce que je voulais pas lui filer de thune alors qu'il portait des sneakers à 300 balles. Mec, si j'avais pas été occupé avec trente personnes je me serais fait un plaisir de t'exploser. Alors bouge, s'il te plaît.

Tu devrais réfléchir à un « punching tour » pour la suite.
Ouais, là ça aurait été un KO et une évacuation directe. Mais peu importe, ça se passe bien. On rigole beaucoup.

Tu fais ça quand ?
Le dernier a eu lieu il y a deux semaines. Je commence en avril et ça se prolonge jusqu'à fin octobre.

Tu étais dans le coin quand il y a eu toute cette histoire autour de Reagan Youth ? Au moment où la meuf de Dave Ignorant (le chanteur de Reagan Youth) a été tuée par Joel the Ripper.
Ouais.

C'est une histoire horrible.
Je connaissais les gens de Reagan Youth et ce putain de mec, Joel Rifkin. Je me rappelle quand la copine de Dave a été assassinée. Ils ont retrouvé son corps enroulé dans une bâche chez Rifkin. Il s'apprêtait à aller le balancer à Long Island. Je connaissais bien Dave. Lui, HR de Bad Brains et moi, on avait monté ce truc en 81, les UFF – United Freedom Fighters. Je fréquentais Dave avant qu'il commence à se défoncer. Un super mec, mais bon, les emmerdes n'étaient jamais loin avec lui. Que son âme repose en paix.

C'est sûrement une des histoire les plus sinistres du hardcore punk, le type d'histoire qui se raconte autour d'un feu de camp punk rock.
Ouais… Rifkin a tué une autre meuf de la scène, qui se prostituait à Forsyth Park. Ce parc était un énorme spot à héroïne et à putes dans les années 70 et 80.

Tu avais 25 ans quand les Cro-Mags ont débuté ?
J'ai 51 ans putain, et les Cro-Mags ont commencé en 1981. Je vivais dans le studio des Bad Brains à cette période. Harley était là aussi, et à la guitare il y avait Dave Stein, et Dave Hahn, le manager des Bad Brains, qui jouait de la batterie. C'est la formation originelle des Cro-Mags. Après, il s'est passé d'autres trucs. Chacun a suivi sa voie, j'ai pas mal voyagé et le groupe s'est reformé avec Eric Casanova au chant.

Ca fait quoi, à 51 ans, de chanter des chansons écrites à l'âge de 20 ans ?
Bon, le truc c'est que, quand tu écris sur la vérité au lieu de te référer à des évènements historiques, le résultat est intemporel. Chaque texte que j'ai écrit - « Seekers of the Truth », « Street Justice », « We Gotta Know », « World Peace » - reste pertinent aujourd'hui.

Tu ressens toujours la même chose ?
Si ce n'était pas le cas, je ne monterais pas sur scène pour chanter ces chansons. Tu vois trop de reformations pourries. J'essaie de rester en forme, et je ne veux jamais en arriver au point où je sois obligé de m'excuser pour avoir été nase sur scène. Si tu n'es pas prêt à donner tout ce que t'as, ne le fais pas. Reste chez toi, bonhomme.

Je vois que tu portes de méchantes baskets.
Mes nouvelles Asics, mec.

C'est avec ça que tu t'entraînes ?
Ouais. Et pour les courses, je mets des Zoots. J'ai eu des articles dans Triathlete Magazine, ESPN et d'autres trucs, alors un pote s'est démerdé pour m'avoir un peu de matos.

Il y a un passage de ton livre où tu parles de ta mère adoptive qui émiettait des biscuits Oreo et les étalait entre deux morceaux de pain pour te faire des sandwiches. Honnêtement, ça m'a fait relativiser sur ma propre enfance. Tu crois que c'est parce qu'on te faisait bouffer n'importe quoi quand t'étais gamin que tu fais vachement attention à ce que tu manges, aujourd'hui ?
Ouais, j'ai cité cette anecdote dans la nouvelle version de Meat is for Pussies. Quand j'ai du me procurer ma propre nourriture, j'ai vraiment bouffé tout ce qui me tombait sous la main. Par chance, et grâce aux Bad Brains, j'ai été orienté dès 81 vers de meilleures habitudes alimentaires.

C'était quoi déjà le terme de HR pour désigner les végétariens ?
Ital ? Si t'es pas ital tu dois être vital, mec.

Tu le vois toujours ? Il fait quoi en ce moment ?
Il va bien. J'ai participé à un documentaire sur lui cette année. Faut que je passe le voir, mais je suis plus proche de Doc et Darrell. On parle d'ailleurs de monter un truc ensemble, moitié Bad Brains, moitié Cro Mags. Moi, Mackie, Doc et Darell.

Une sorte de FVK ?
Non, pas vraiment. Un truc nouveau.

Cool, j'aime ça. Tu écoutes du hardcore actuel ?
Ça arrive, quand je tombe sur de bons trucs. J'aime bien Iron Age, ils tuent. Mais mes goûts en musique sont très éclectiques. J'adore Marvin Gaye, Bob Marley... J'écoute de tout.

J'aimerais bien savoir ce que tu écoutes quand tu fais de la muscu, vu que la plupart des gens qui font de la muscu écoutent les Cro-Mags.
Bad Brains, Alice in Chains, Soundgarden.

Je ne m'attendais pas à Alice in Chains ou Soundgarden.
J'aime ce genre de trucs. Motorhead, Metallica… J'ai mon iPod, là, je peux te montrer mes playlists.

Je suis curieux de voir ça.

Slayer. Tu ne peux pas faire ce que je fais en écoutant de la putain de musique classique. Certains le font, mais moi je peux pas.

​​

Je t'imagine bien cuisiner un repas vegan hyper sain en écoutant Tchaikovsky, cela dit.
En cuisinant, ouais. Je ne vais pas mettre un putain d'album de Slayer quand je fais de la bouffe veggie.

Ca diffuserait des vibrations négatives si tu cuisinais sur du Slayer ? Des vibrations négatives qui pourraient êtres transmises dans la nourriture ?
Probablement. Je sais pas. J'écoute principalement du reggae quand je cuisine. Ca m'inspire. J'aime le reggae old school : Augustus Pablo, Bob Marley, Scientists, Sly & Robbie, Black Uhuru...

T'aimes le cinéma ?
Les bons films. Je viens juste de voir Dallas Buyers Club. Hyper bien.

Je l'ai pas encore vu, c'est le film avec Matthew McConaughey c'est ça ?
Ouais, vraiment brillant.

Il y aura un film basé sur Evolution of a Cro-Mag?
Ouais.

Qui va jouer ton rôle ?
Le film sera uniquement basé sur mon enfance, donc je n'aurai pas vraiment mon mot à dire sur le choix de l'acteur.

Ça parlera uniquement de ta jeunesse, pas de ce qu'il y a après ? Les aventures dans la marine ? Les Cro-Mags ? Les années 80 ?
Non, non, non. Ça, ce sera pour un autre film. Il y a au moins cinq films dans ce livre, dont une comédie. Ouais, je suis en train d'écrire une comédie punk rock, une comédie culte.


Tu connais James Lipton, le mec de Inside the Actors Studio ? J'aimerais te poser ses dix questions.
Vas-y mec.

Quel est ton mot préféré ?
Oui.

Quel est le mot que tu aimes le moins ?
Non.

Qu'est ce qui t'excite au niveau créatif, spirituel, émotionnel ?
Quand je vois des artistes faire des choses avec leur cœur et m'inspirer quotidiennement, comme Robert McKee par exemple. Il y a d'ailleurs une corrélation directe entre le déclin de l'art et le déclin des valeurs d'une société. Et si tu te penches sur la société aujourd'hui et sur ce que les gens considèrent comme de l'art, ça reflète bien ce vers quoi nous nous dirigeons. Donc, je pense que ça compte beaucoup. Tout le monde s'intéresse aux artistes, mais pour moi, ce sont les artistes passionnés par ce qu'ils font qui comptent vraiment. Ecrire un film prend vachement de temps. J'écris des scénarios depuis 89. Je le fais parce que j'aime ça. C'est ça qui me motive, mec.

Qu'est ce qui te dégoûte au niveau créatif, spirituel, émotionnel ?
Les imposteurs. Les écrivaillons. Les mauvais musiciens. Les gens faux, quoi. Tous ceux qui essaient de devenir célèbres à tout prix, plus soucieux de leur look et de tous ces putains de trucs inutiles que de l'art lui-même.

Quel est le bruit que tu adores ?
Bad Brains.

Quel est le bruit que tu détestes ?
Un bébé qui pleure dans un avion [Rires]

Quelle est ton insulte préférée ?
Fils de pute.

Je le savais que c'était fils de pute.
Exact, fils de pute.

Quelle profession autre que la tienne aimerais-tu exercer ?
Eh bien, j'ai déjà plusieurs jobs, alors bon… Écrivain, musicien.

Qu'est-ce que tu voulais être quand tu étais enfant ?
Pompier d'élite [Rires]

Si le paradis existe, qu'est que tu aimerais que Dieu te dise le jour où il t'accueillera ?
Je m'en tape du paradis. C'est une invention du monde matériel. Je veux aller vers une plateforme spirituelle, sur d'autres planètes.

Tu voudrais que Krishna te dise quoi quand tu seras là-bas ?
« Pourquoi t'a pris autant de temps ? »


Logan Worrel vient de la même ville qu'Iron Age. Il est sur Twitter. @itsloganworrell