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Dans les années 90, chanter faux était un art à part entière

On a trouvé le point commun entre Pavement, Will Smith et Jane's Addiction.
3.9.14

Perrry Farrell, de Jane's Addiction et Porno For Pyros, en 1997.

Votre chaîne de télévision franco-allemande, votre pote de Liège qui tient un label hardcore, votre site d'actu de prédiléction, le Grazia de votre meuf, votre mère et même les mecs qui vous ont contrôlé dans le métro, tous vous l'ont dit : les années 90 sont de retour, partout. Doit-on s'en réjouir ? Je serais vivement tenté de dire qu'au moment où des journalistes se font décapiter, il y a sûrement des questions plus essentielles à se poser, mais n'ayant pas envie pour le moment de regarder la vérité en face et d'admettre qu'on est tous les figurants d'une désespérante sitcom qui ressemble en gros à Friends mais avec le placement de produit de Sex In The City et le dénouement de Dawson, j'ai préféré faire un petit retour sur un des trucs que j'ai préféré dans les années 90 : élever au rang d'art le fait de chanter comme une brêle. LE CHANT LO-FI IRONIQUE

Dans les années 1990, la presse papier (en grande partie éteinte aujourd'hui) n'avait qu'un terme à la bouche : « slacker ». Soit le faux branlos de banlieue blanche avec des chemises trop petites et des pantalons trop grands (ou l'inverse) achetés au rayon jardinage de Leroy Merlin (enfin, c'est là que je choppais les miens en tout cas). Ce qui était bien avec cette tendance, c'est qu'il n'y avait pas besoin d'avoir un quelconque sens du rythme pour faire de la musique, il suffisait de parler en chantonnant à côté de la plaque des textes ironiques, qui aujourd'hui vous vaudrait probablement un poing dans la gueule, le second degré n'étant plus de mise ces jours. Le premier qui y entendra les prémices du slam est prié d'aller s'enfermer dans un abri de jardin avec la discographie des Silver Jews.

L'EMO-KID BOURRÉ

Cousin direct du branleur suscité, le chanteur emo 90's est souvent plus en colère, plus déprimé et moins fun en soirée. Il crie davantage et on comprend rarement ce qu'il dit mais on a quand même envie de mettre le feu à son vélo de course et crier à ses amis qu'on les respecte pour faire preuve d'autant de patience. Il s'habille à peu près pareil (de toute façon dans les 90's mise à part les fans de Prodigy tout le monde s'habillait pareil) mais se lave moins souvent les cheveux. Il est cool et dans pas mal de villes allemandes, il est toujours numéro un. Souvent pas loin de certains rescapés du Wu-Tang d'ailleurs. LE FOLKEUX ENROUÉ

Enregistrer 10 albums avec seulement 3 notes différentes fait partie d'une certaine tradition de la musique américaine. Seulement, dans les années 90, tout un tas de troubadours mal lavés (dans les 90's personne, même pas les fans de Prodigy, ne se lavait) ont décidé de toujours faire coïncider la fausse note de voix avec la mauvaise note de guitare. Trompette sifflée en option. Le premier qui dit que ça ressemble à Herman Düne est prié d'aller regarder le film où Will Oldham apparaît nu. (Mais oui c'est

Old Joy

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, c'est cool tu connais).

LE RAPPEUR ACTEUR

Souvent la crise des trente ans du fan d'indie rock qui a grandit dans les 90's passe par une grosse phase rap. Réécouter la BO de La Haine et puis finalement se dire que Drake c'est pas si mal (et que c'est pas vraiment du rap) et puis un jour retomber sur cette vieille jaquette de VHS des épisodes du Prince de Bel Air. Et repenser à « Summer Time » ou cette chose tendax mais un peu attendrissante que fut « Boom Shake Shake the Room ». Voilà c'était un peu pour placer Will Smith chez Noisey et aussi dire qu'on peut avoir un flow de prof de math, la dégaine de Fido Dido, dire non à la drogue et oui à la scientologie et quand même recevoir un grammy. C'était ça aussi les 90's, man. LE CHANTEUR ALTERNATIF À COLLIER DE PERLES

Personne en France n'en jamais rien eu à carrer de Perry Farrell. Pourtant dans la catégorie mec en robe avec une voix de fille au lendemain d'une soirée Buffy Contre les Vampires arrosée à la Manzana, le californien se posait plutôt là. Le voir déambuler à moitié nu et haranguer la foule à base de « welcome to the millenium » et « cropped circles are telling us a secret » donne furieusement envie de revenir au Lollapalooza, manger des space cakes et mettre des Airwalk sans lacets. Le premier qui dit qu'il ne connait pas devait sûrement aimer Jeff Buckley et « Creep » de Radiohead. Et comme disait Pialat, « Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Adrien Durand est sur Twitter - @adrieninbloom

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