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Wesley Eisold déchiffre un par un les 12 morceaux de « Full Cold Moon »

Profitez-en pour écouter la compilation ultime de Cold Cave en intégralité.

Wesley Eisold n'est pas seulement le chanteur des groupes aujourd'hui défunts Some Girls, American Nightmare ou encore Give Up The Ghost, vous le connaissez sûrement aussi à travers son projet solo, Cold Cave. Partant du hardcore et du punk pour mener à bien sa nouvelle mission synth-pop/darkwave, Cold Cave a été incroyablement prolifique en sortant 11 LP's et EP's depuis sa création en 2007. Son dernier disque sort demain (le 16 juin) sur Deathwish, et s'intitule Full Cold Moon, une compilation de EP's sortis en quantité limitée sur sa propre structure, Heartworm Press. On a demandé à Wes de revenir sur chacun des 12 morceaux de ce disque, et voilà ce qu'il nous a dit.

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« A Little Death To Laugh »
2012 était une année de transition. Je sortais de la période Cherish, et je venais d'atterrir à L.A. après quelques années pasées à NYC, à perdre le peu de poids qu'il me restait. Je cherchais quoi faire après avoir échoué à ma mission : devenir « le nouveau Interpol », comme le label sur lequel j'étais l'avait mentionné. Mon idée de ma musique était très différente de celle qu'avaient les gens qui la vendaient. Mais bon, c'est toujours comme ça. C'est pas si grave puisque je n'ai jamais décidé de former ce groupe de mon plein gré… Je voulais juste faire un truc, n'importe lequel, de moi-même, au moins une fois. Tout ce qui pouvait arriver était juste du bonus. Je jouais avec des synthés, des pédales et des ordinateurs parce que c'est tout ce que j'étais capable defaire. Pour l'album Cherish, j'avais sorti le grand jeu, engagé des musiciens, mis du temps et de l'argent dedans. Je traînais au studio Electric Lady. Les Beasties étaient là, c'était cool, et John Mayer aussi, en train de se la donner sur des solos de Hendrix, la porte ouverte. « A Little Death » était une manière de renouer avec le groove et la liberté absurde de mes débuts. C'est probablement mon morceau préféré de Cold Cave. J'écoute beaucoup de styles de musique basées sur les synthés, mais la plupart des trucs qui se font sont vraiment faibles ou sont tout sauf sexy, moi j'ai besoin de sentir l'animalité. « Young Prisoner Dreams of Romance »
Cette chanson me représente bien, assis sur les marches devant chez moi, en train de fumée des clopes à moitié… sans savoir vraiment ce que je voulais. J'ai alors décidé d'écrire un morceau à la guitare et le jouer avec ma seule main. Et de faire ensuite la même chose avec une basse à une corde. Il y a une scène du film Un Chant d’Amour de Jean Genet dans laquelle un prisonnier balance un bouquet de fleurs dans la cellule voisine. Ca m'a marqué. J'ai toujours eu l'impression qu'il y avait une toile ou une boîte qui m'enfermait et m'empêchait d'établir une connexion avec un vrai être humain. Voilà pourquoi j'aime la musique… Si tu n'arrives pas à dire ce que tu veux, chante-le. Tu dois assumer tes défauts parce que rien d'autre en ce monde ne te définit mieux que ça. Je suis fier de ces émotions, d'avoir pu les jouer à la guitare et à la basse - un truc que je n'aurais jamais pensé faire vu qu'il me manque une main. Ca me renvoie à la première fois que j'ai vu Rocky Horror Picture Show, en 4ème, le« Don’t Dream It, Be It » ne m'a jamais quitté depuis. « Tristan Corbière »
Partout où je vais, les gens me fatiguent en me parlant de la circulation à L.A. Qu'est ce qu'on en a à foutre, sérieux ? Être dans les embouteillages c'est pourri, ok, mais c'est pourri partout ailleurs dans le monde. Je préfère encore être coincé dans une bagnole sur la voie express de Los Angeles que de marcher à pied n'importe où ailleurs. Un véhicule est l'endroit idéal pour être seul, réfléchir et écouter de la musique, et la musique électronique va très bien avec les voitures d'ailleurs. Vers 2005, je rendais visite aux poètes Charles Potts et Jeremy Gaulke à Walla Walla (à l'ouest de Portland), et ils m'ont fait découvrir le poète français Corbière. Un type peu connu mais fantastique. Quand il avait 18 ans, à la fin des années 1800, son arthrite lui déformait le corps, à tel point que même les prostituées ne voulaient pas de lui. C'est un sentiment auquel je peux carrément m'identifier. « Oceans With No End »
À la base, ce titre s'appelait « Song for Disenchanted Boston Youth »,c'est une ode à ma ville natale, tout ce que j'ai vécu durant ces années et à quel point elles m'ont façonné… American Nightmare, les potes, tout ça. Boston à la fin des années 90 et au début des années 2000 était un chouette endroit mais tu dois toujours savoir quel est le bon moment pour quitter la fête. Je ressentais cette urgence sous-jacente qui allait me permettre de m'en sortir. Je me suis saigné pour ce groupe et j'ai vécu chaque mot que j'ai écrit. Voir autant de gens s'identifier à ça était irréel et j'adore le fait tout ça se soit reporté sur Cold Cave. En guise d'ode à cette période du hardcore, je voulais sortir un 7" sur Deathwish avec un peu plus de guitares. Mais je ne peux plus en jouer alors j'ai fait en sorte que les synthés les remplacent. « People Are Poison »
Je me suis un jour rendu compte qu'on acceptait tous la médiocrité dans nos vies, sans broncher, et je ne voulais pas de ça. Des tas de gens que je connais cassaient du sucre sur le dos de personnes une seconde après leur avoir souri et demandé comment ils allaient. J'aime les gens francs. Les vrais enfoirés. Voilà pourquoi j'ai très peu d'amis. « God Made the World »
La musique qui a bercé les étés de ma jeunesse. Tout ce dont je me souviens c'est d'un casque, à l'arrière de la voiture ou du bus, j'étais toujours en mouvement, tout le temps. Vu que mon père était militaire, on déménageait tous les deux ans, et moi je voulais juste rester tranquille. J'étais tellement timide, pendant si longtemps, que mon seul refuge était la musique. J'adorais les groupes comme The Cure, The Smiths, New Order, Dinosaur Jr, Sonic Youth, etc. J'étais trop jeune pour faire partie de ces mondes là mais je savais qu'ils existaient. J'ai habité dans des villes où personne ne connaissait les groupes que j'aimais, et c'était très rare que je trouve quelqu'un branché par des trucs cool. En 6ème, lors d'une convention automobile lambda avec mes parents, une fille avec des cheveux teints en rouge et un T-shirt de Samhain s'est pointée en rigolant avec un mec qui portait un T-shirt « In Between Days », je n'ai plus jamais été le même après ça. Ce morceau évoque tout ce qu'il y a en moi. Depuis qu'il est sorti, des gens m'écrivent pour me demander de parler ou de jouer dans leur église ou à leur camp biblique. C'est cool si tu choisis ce chemin, mais je ne suis pas sûr de vouloir le suivre. « Dandelion »
Le ARP Solina est mon synthé préféré. Le son qui en sort est d'une beauté angélique, tellement pur, avec un effet de chorus qui ne ressemble à aucun autre. Joy Division, New Order, Cure et David Bowie l'utilisent sur certains de mes morceaux préférés. Ce qui m'intéresse le plus dans les chansons, c'est le texte, mais la musique seule peut faire office d'une lettre d'amour envoyée au monde, ou d'un message type « emportez-moi au paradis ». « Black Boots »
C'est la bande-son d'un fugitif dans un délire futuriste période Guerre Froide. Quand ce 7" est sorti, toute l'esthétique Cold Cave était déjà là. Noir sur noir. À cette période, je jouais déjà en live avec Amy Lee et j'aimais vraiment tourner en tant que duo aux côtés d'une personne que j'aimais. On voulait une musique plus minimale pour coller avec les concerts. J'ai toujours aimé tourner mais jamais devoir me coltiner la folie des autres. Et aujourd'hui, on a tourné partout, Japon, Chine, Thaïlande, Népal, Russie, Amérique du Nord et Europe, plusieurs fois. C'est vraiment cool d'avoir vu évoluer Cold Cave naturellement. Quand on sortait des disques sur des plus gros labels, on sentait quelque part que les gens venaient aux concerts parce qu'on leur avait dit de le faire. Maintenant, les gens viennent parce qu'ils le veulent vraiment. « Meaningful Life »
A cette époque, je me disais que si un gros changement n'avait pas lieu dans ma vie, j'aurais eu l'impression d'avoir tout gâché. Il y a une beauté en nous qui peut être difficilement accessible au quotidien. C'est dur pour moi d'être aussi direct que mes lyrics le sont. De s'entourer de gens qui t'inspirent. Et si vous ne pouvez pas vous entourer de ce type de gens, ne vous entourez de personne. « Nausea, the Earth and Me »
J'en avais marre de tout. De moi. Des gens qui mangaient des animaux. Marre des drogues, de la culture, du dialogue. Marre de ces étudiants en art qui photographiaient leur sperme et utilisaient des mots comme ‘challenging’ ou ‘transgressif’. Je me suis replié sur moi-même parce que plus j'essayais de m'éloigner des choses que je détestais, plus j'en trouvais d'autres à haïr. Quand mon pote et ancien membre de mon groupe s'est suicidé, ça ne m'a même pas fait me sentir plus proche des gens qui le connaissaient… Il fallait que je m'éloigne des gens, et vite. J'avais une perspective différente là-dessus parce que j'ai dû nettoyer après lui et j'ai passé de sales moments. On dit que parler de ses sentiments peut aider à se sentir mieux donc j'ai chanté, et voilà ce qui en est sorti. « Don’t Blow Up The Moon »
Je venais de lire que les Etats-Unis avaient un jour imaginé un complot destiné à envoyer une bombe atomique sur la Lune, à l'époque de la Guerre Froide. L'amour et la guerre font un mal terrible aux hommes. Les deux évoluent à différents niveaux de désespoir et pourtant, sans ça, aucun de nous ne serait là. On dirait que tout en revient à chaque fois aux deux mêmes choses : le sexe et la mort. « Beaten 1979 »
Maniaque. Je ne sais même pas quoi dire d'autre sur celle-là. Parfois, les morceaux se font comme ça et c'est mieux de ne pas en parler. Ouvre la bouche et vois ce qui en sort. Je n'aurais peut-être pas enregistré cette chanson si j'avais une idée prédéfinie de la façon dont Cold Cave devait sonner, mais j'ai commencé ce groupe pour combler un vide et le reste n'a jamais eu que peu d'importance. J'aime la musique et j'ai l'impression que je lui dois tout. Cette compilation en est la preuve.