Comment expliquer l'étonnant boom du marché boursier au Venezuela ?

Plongé dans une crise politique majeure, le pays vit actuellement au rythme des pénuries, des émeutes, mais aussi du boom de son marché boursier.

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15 juin 2017, 11:15am

Plongé dans une crise politique majeure, le Venezuela vit actuellement au rythme des pénuries, des émeutes, mais aussi du boom de son marché boursier. Si cela peut sembler réjouissant au premier abord, c'est malheureusement loin d'être le cas.

La monnaie vénézuélienne, le bolívar, s'effondre à cause de ce que les économistes appellent l'hyperinflation. Dans l'histoire récente, un problème similaire a été observé au Zimbabwe, obligeant le pays africain à abandonner complètement sa monnaie et à relancer son économie en se servant du dollar comme moyen d'échange.

Une monnaie dramatiquement faible perturbe les prix d'à peu près tout, dont ceux des actions. Donc, le boom des actions vénézuéliennes est, de manière perverse, plus une illustration des récentes faiblesses du pays, que le signe d'une solidité sous-jacente.

L'économie vénézuélienne est en chute libre depuis plus de deux ans, en raison de multiples facteurs politiques et économiques, parmi lesquels on peut citer la chute du prix du pétrole (que le Venezuela exporte en masse).

Suite au déclin des revenus pétroliers, le gouvernement vénézuélien a décidé de faire marcher la planche à billets, en imprimant de plus en plus de bolívars pour stimuler les dépenses. Cette abondance de bolívars fait qu'intrinsèquement un bolívar vaut donc moins. De fait, les prix augmentent, puisque les vendeurs demandent plus de bolívars pour les mêmes biens – le pays connaît donc l'inflation.

Cela a permis de faire augmenter les prix des actions affichés en bolívars. L'IBC Index de la bourse de Caracas, qui suit 15 actions majeures du marché local, a augmenté de 600 pour cent au cours des douze derniers mois – un record au niveau mondial. Depuis 2015, le cours de l'index ressemble à une « crosse de hockey ».

Evidemment, si on y appliquait la chute du bolívar, le cours de l'index serait loin d'être aussi impressionnant. Le problème est que cela n'est pas possible, comme pour le Zimbabwe auparavant, puisque le gouvernement vénézuélien a tout simplement arrêté de publier les niveaux d'inflation de cette année.

Cela étant, il est possible de l'estimer. Le principal parti d'opposition dit que l'inflation est de 127,8 pour cent sur les cinq premiers mois de 2017 – mais cela pourrait être bien pire selon des observateurs.

Le Fonds monétaire international (FMI) projetait en début d'année que le taux d'inflation atteigne les 43 000 pour cent. À titre de comparaison, le taux d'inflation américain est de moins de deux pour cent.

Si le taux d'inflation actuel est proche de l'estimation du FMI (ou un peu plus élevé que l'estimation de l'opposition), tout « gain » sur le marché boursier vénézuélien serait donc totalement hypothétique.


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