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Yemen

Soupçons de torture dans des prisons yéménites gérées par les Émirats arabes unis

Parmi les méthodes de tortures les plus macabres utilisées dans ces camps, on retrouve la technique dite du « grill », qui consiste à attacher la victime sur une broche.

par David Gilbert
23 Juin 2017, 3:56pm

Jusqu'à 2 000 hommes, dont des enfants, ont été détenus, torturés ou ont disparu au Yémen, dans des prisons secrètes gérées par les Émirats arabes unis (EAU), dans le cadre de leur grande chasse aux militants d'Al-Qaïda et de l'État islamique. Et les militaires américains ont interrogé des détenus non loin de là.

Ces informations viennent de deux rapports explosifs publiés ce jeudi par l'Associated Press (AP) et Human Rights Watch (HRW). L'enquête d'AP raconte en détail les abus qu'ont subis les captifs des 18 camps situés dans le sud du pays. HRW confirme ces faits et compte quatre enfants parmi les 49 cas de détention arbitraire, disparition forcée, torture et autres abus documentés par le groupe durant un an d'enquête.

Parmi les méthodes de tortures les plus macabres utilisées dans ces camps, on retrouve la technique dite du « grill », qui consiste à attacher la victime sur une broche, comme pour la rôtir, et la faire tourner au-dessus d'un feu. Les centres secrets découverts par AP se situent dans différents types de lieux tels que des bases militaires ou des villas privées. L'un se trouve même dans une boîte de nuit.

Les ÉAU ont contesté toutes ces accusations. « Il n'y a aucun centre de détention secret et pas de torture de prisonniers durant les interrogatoires, » dit un porte-parole du gouvernement à AP.

Mais les avocats et familles interviewés dans les deux rapports rejettent la version du pays du Golfe, citant des centaines d'exemples d'hommes qui ont disparu, ont été torturés, ou été maltraités.

« On ne combat pas efficacement des groupes extrémistes comme Al-Qaïda ou l'EI en enlevant des douzaines de jeunes hommes et en faisant grossir le nombre de familles yéménites qui comptent parmi elles un "disparu", » dit Sarah Leah Whitson, la directrice Moyen-Orient à HRW. « Les ÉAU et leurs partenaires devraient privilégier la protection des droits des détenus s'ils se soucient de la stabilité du Yémen à long terme. »

Certains officiels Américains ont confirmé à AP que les forces américaines participent bien aux interrogatoires des détenus, mais ont nié avoir eu connaissance des faits, ou avoir participé à ces violations des droits de l'homme (des actions qui mettraient les États-Unis dans l'illégalité au regard du droit international).

« Nous ne fermerions pas les yeux, car nous sommes obligés de signaler toute violation des droits de l'homme, » dit à AP Dana White, la principale porte-parole du Département de la Défense.

Les Etats-Unis font face à une pression grandissante de la communauté internationale au sujet de leur rôle de plus en plus flou au Yémen, où les Américains combattent Al-Qaïda et soutiennent la guerre de l'Arabie saoudite contre les rebelles houthis.

Les militaires américains ont sensiblement intensifié leurs frappes aériennes « anti-terroristes » en 2017, suscitant des inquiétudes sur un possible manque de précaution nécessaire à la protection des civils. Mais le sujet le plus controversé reste celui du soutien apporté par les Américains quant aux actions de la coalition saoudienne au Yémen. Selon l'ONU, la coalition est responsable de la majorité des pertes civiles dans le pays durant les deux ans de guerre.

Ce qu'il faut retenir du rapport
  • Selon les témoignages d'anciens détenus interviewés dans le cadre de l'enquête, la situation dans les camps est atroce, avec notamment des agressions sexuelles. D'anciens détenus d'un centre situé dans un aéroport à Mukalla, une ville au sud du pays, ont expliqué avoir été laissés les yeux bandés, entassés dans des conteneurs maculés d'excréments pendant des semaines.
  • « Nous pouvions entendre les cris, » dit à AP un ancien prisonnier retenu pendant six mois à l'aéroport. « La peur est partout dans cet endroit. Presque tout le monde est malade, et les autres sont presque morts. Quiconque se plaint est envoyé à la chambre de torture. »
  • Bien qu'aucune des personnes interviewées n'ait dit que les forces américaines ont activement participé à la torture, un membre des forces de sécurité yéménites mises en place par les ÉAU affirme que les soldats américains se tenaient à quelques mètres des lieux de torture. Il suffit aux forces américaines de recevoir des renseignements obtenus par la torture aux mains de l'ÉAU pour enfreindre la Convention internationale contre la torture.


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