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Le président du Turkménistan s’est construit une statue géante de lui en or

Vingt mètres de haut de marbre et de dorures dans la capitale cette ancienne république soviétique d’Asie centrale, riche de son gaz naturel et tenue par une main de fer.
27.5.15
Photo par Alexander Vershinin/AP

Ce lundi, une statue à l'effigie du président du Turkménistan, Gourbangouli Berdimoukhamedov, a été inaugurée à Achkhabad, capitale de cette ancienne république soviétique qui borde la mer Caspienne. Le monument, culminant à 21 mètres de haut, est une sculpture de bronze recouverte de feuilles d'or qui représente le président Berdimoukhamedov sur son cheval, une colombe à la main, et le tout au sommet d'un rocher en marbre blanc.

Le président n'était pas présent lors de cette inauguration, au cours de laquelle des soldats lui ont fait v?"u d'allégeance. « Depuis la mort de l'ancien dictateur Saparmourad Niazov, très peu de choses ont changé, le régime reste l'un des plus durs du monde, » explique Samuel Carcanague, chercheur spécialiste de l'Asie centrale à l'Institut de relations internationales et stratégiques, joint par VICE News ce mardi.

Cette statue est la première à l'effigie du président Berdimoukhamedov, depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2006, à la mort de son prédécesseur Saparmourad Niazov. Ce dernier était au pouvoir avant même l'indépendance du pays de l'URSS en 1991, quand le Turkménistan était encore une république soviétique d'Asie centrale. « Niazov a développé ce culte à partir du communisme, » dit Samuel Carcanague. « Une évolution du régime était attendue à sa mort, mais celle-ci s'est avérée extrêmement faible. » En 2013, la capitale Achkhabad est entrée dans le livre Guinness des Records pour être la ville avec le plus de bâtiments en marbre blanc.

Le culte de la personnalité n'est pas le seul pilier du régime turkmène. « La redistribution de la rente gazière est aussi importante, » souligne Samuel Carcanague. « La gratuité du gaz et le prix très faible du pain peuvent aider à garantir la paix sociale. Là-bas, selon la légende, cela coûte plus cher d'acheter des allumettes que de laisser le gaz allumé toute la journée. »

Selon le ministère français des Affaires étrangères, les réserves de gaz prouvées du Turkménistan seraient de 10 000 milliards de mètres cubes, fin 2013. Mais ses réserves potentielles seraient d'au moins 20 000 milliards de mètres cubes, ce qui placerait le pays au quatrième rang mondial, dit le ministère, qui ajoute que 50 pour cent du PIB du pays et 90 pour cent de ses exportations -- qui s'effectuent notamment vers la Chine -- proviennent de la "manne énergétique". La croissance du pays est d'environ 10 points par an depuis 10 ans, et le revenu par habitants a rattrapé la moyenne régionale, selon la Banque mondiale.

« À la mort de Niazov, son successeur Berdimoukhamedov n'a peut-être pas pu développer immédiatement un culte de la personnalité aussi poussé, mais cette récente inauguration montre que les fondements du régime n'ont pas changé, » poursuit Samuel Carcanague. Le pouvoir turkmène est basé sur un régime de parti unique, où l'opposition et la liberté d'expression sont inexistantes. En décembre 2013, Amnesty international dénonçait un « harcèlement systématique ciblant toute forme d'opposition ou de dissidence », la « privation généralisée des droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion », et évoquait les « informations récurrentes faisant état de torture dans les lieux de détention ». Le Turkménistan est dans le trio de queue du classement 2014 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, devant la Corée du Nord et l'Érythrée, mais derrière la Syrie.

À lire : Des sites censurés sur Internet débloqués par Reporters Sans Frontières

Le culte de la personnalité est un pilier du régime turkmène, depuis l'indépendance du pays. Niazov avait lui aussi fait construire une statue à son effigie, haute de 75 mètres et qui tournait en suivant le soleil, mais elle a été déplacée en banlieue de la capitale en 2010. L'ancien chef d'État avait renommé les mois et les jours en l'honneur de membres de sa famille, mais son successeur est revenu sur cette décision après sa mort. D'autres aspects de ce culte de la personnalité n'ont pas changé : Niazov se faisait appeler le « Turkmenbachi » (le « chef de tous les Turkmènes »), et Berdimoukhamedov se fait appeler « l'Arkadag » (le « protecteur ») ou, plus récemment l'« Éleveur national ».

Ce titre d'« Éleveur national » et le fait que Berdimoukhamedov soit représenté en cavalier, sont liés à la place du cheval dans la culture turkmène. À tel point que l'actuel président se montre régulièrement sur un cheval, comme lors de la « journée du cheval » de 2013. Ce jour-là, il avait lui-même remporté une course hippique mais avait chuté juste après. Le journal Le Monde rappelle que les autorités avaient tout fait pour ne pas laisser sortir d'images de cette chute, mais une vidéo existe. « La communication d'État est, aujourd'hui, parfois mise à mal par Internet, » explique Samuel Carcanague.

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