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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Crime

Le succès de la campagne du "oui" à Glasgow

La veille du référendum, l’atmosphère était tendue à Glasgow. 97% des Écossais, un nombre sans précédent, s’étaient inscrits sur les listes électorales.

par Jake Hanrahan
12 Octobre 2014, 4:42pm

Photo par AP/Matt Dunham

Dans la banlieue défavorisée de Glasgow d'Easterhouse, on comprend vite que beaucoup d'habitants soient désespérés. En marchant le long d'une rangée d'immeubles abandonnés, dont les fenêtres et les portes ont été remplacés par des grilles métalliques, des jeunes activistes pour l'indépendance de l'Europe m'ont expliqué pourquoi ils en avaient assez de l'alliance de l'Ecosse avec l'Angleterre. 

« L'indépendance, pour nous, c'est une porte de sortie », explique un socialiste écossais de 18 ans. « Regarde autour. Qu'est-ce qu'on a à perdre » ?

Dans une région où l'espérance de vie pour un jeune homme comme lui n'est que de 53 ans, on peut comprendre son point de vue.

Jeudi, je suis arrivé à Glasgow, la plus grande ville d'Ecosse, pour couvrir le référendum. Je l'envisageais comme un véritable tournant, le pays allait enfin décider s'il voulait continuer à être dans une union vieille de 307 ans avec l'Angleterre, ou s'ils allaient construire l'histoire de leur côté. Le référendum contenait simplement la question, « Est-ce que l'Ecosse devrait être un pays indépendant » avec deux réponses possibles, oui, ou non.

 Fin d'un jour de vote historique en Ecosse, lire notre article ici. 

Je marchais vers George Square, au centre de la ville, ou des centaines de partisans du oui s'étaient rassemblés pour écouter le discours de l'homme politique Tommy Sheridan, qui hurlait dans son micro des choses à propos du socialisme, de Nelson Mandela, que tout le monde était « ses frères et ses soeurs ». Tommy Sheridan, fervent socialiste et véhément activiste du oui, s'adressait à une foule subjuguée.

« Le référendum de demain ne concerne pas les millionnaires, mais les millions de personnes » ! cria-t-il. Tommy Sheridan est un homme bien bâti, au charisme de la classe ouvrière. À chaque fois qu'il criait dans le micro, la foule criait en retour. C'était une marée humaine de poster avec oui écrit dessus, et de gros poings bleus.

« Pour citer Nelson Mandela l'immortel », continua Tommy Sheridan, « que vos choix de vie soient dirigés par l'espoir, et non la peur » !

« On ne veut plus de la peur » ! chantait la foule en retour.

Il y avait tant de conviction et d'émotion parmi la foule que l'on comprenait cette attirance pour le oui, basée sur la solidarité, et seulement la solidarité. Bien que ce ne soit pas la meilleure fondation pour construire un prospère pays indépendant, les partisans présent semblaient convaincus qu'ils y parviendraient.

À la nuit tombée, je me trouvais avec des supporters du non. Ils étaient une vingtaine confinés sur un coin de trottoir tandis que des centaines de partisans du oui s'adressaient à eux depuis l'autre trottoir.

« C'est une honte », cria un partisan de l'union. « Ceux qui sont pour le oui ont eu la place juste pour eux trois soirs d'affilée » !

Les partisans du non faisaient eux aussi de la provocation. Un jeune gars qui me dit venir du quartier déshérité de l'est de Glasgow attacha un drapeau autour de son visage comme un masque de ninja, sauta sur un muret, et déploya le drapeau de l'Irlande du Nord de façon à ce que tous les supporters pro-indépendance le voient. La police arriva et le tira tandis qu'on entendait des huées de l'autre côté de la rue. En dehors d'une petite aggression, la police trouva le moyen de laisser les deux côtés séparés.

Le jour suivant, la veille du référendum, l'atmosphère était tendue à Glasgow. 97% des écossais, un nombre sans précédent, s'étaient inscrits sur les listes électorales. Ça se voyait. Partout, les gens parlaient du vote, de l'indépendance et du Royaume-Uni.

Demain, on saura si les efforts de la base pour la campagne du oui - qui me paraissent immenses - rendra l'Ecosse indépendante d'un Westminster que beaucoup voient comme un monstre impérialiste, ou si la campagne du non, plus silencieuse, prolongera une union vieille de 307 ans.