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William Accambray, de paria en France au pari hongrois

Placardisé au PSG et pas toujours en odeur de sainteté chez les Bleus, l’ex-montpelliérain, champion du monde 2017 avec les Experts, se relance chez les cracks magyars de Veszprém.

par Joël Le Pavous
07 Septembre 2017, 7:19am

On le sent serein voire franchement soulagé. Après tout, William Accambray se morfondait depuis deux ans sur le banc du PSG auquel Zvonimir Serdarušić l'avait cantonné, lui préférant un certain Mikkel Hansen. Le triplé Championnat/Coupe de la Ligue/Trophée des Champions n'a rien arrangé au spleen de l'Expert multi-titré avec les Bleus qui claironnait son envie d'ailleurs. Point de chute ? Veszprém, meilleur club hongrois et trouble-fête des quatre derniers Final Four de Ligue des champions. Battus par les Parisiens d'un souffle en demies, les Magyars ont décroché le bronze en mouchant le Barça, leur bourreau de la finale 2015.

Pour sa première à la Veszprém Aréna devant le bouillant « O-Szektor », le kop historique tout rouge du club, lors d'un tournoi de pré-saison organisé fin-août, l'arrière gauche international floqué du numéro 20 s'est permis d'en planter quatre en seize minutes et d'offrir deux caviars contre les polonais de Plock croquant les Rouges aux pénos. Un baptême du feu loin d'être dégueu pour l'ancien placardisé. Débarqué avec deux potes et ses meubles en van, le premier français en première division hongroise de l'Histoire, bientôt suivi par Kentin Mahé en 2018, a posé ses valoches dans un coquet 90 mètres carrés à deux pas du Château de la ville.

« Le gars est quand même capable d'envoyer des pralines à 200 vers le haut de la cage, c'est pas rien »

Máté Lékai, international hongrois et coéquipier d'Accambray à Veszprém.

« Je voulais un cador européen histoire d'honorer ma première expérience à l'étranger et Veszprém collait clairement au profil, explique la recrue . Quand je vois les 6 000 supporters qui poussent à fond comme les Blue Fox à Montpellier ou les Fondus à Chambéry, je me dis que j'ai bien fait de quitter Paris. En plus, je retrouve mon pote Gajić que j'ai côtoyé au MHB (Montpellier handball, ndlr) et Vranjes (médaillé d'argent à Sydney avec la Suède, ndlr) est un coach motivant. En dix minutes, j'ai plus parlé avec lui qu'en trois saisons avec Serdarušić le psychorigide qui s'en foutait de moi et ne causait qu'en serbe ou en allemand ».

Accambray est parti chercher du temps de jeu chez un des cadors du hand européen. Photo via Twitter.

Façonné au centre de formation de Nice, millésime 1988 comme son pote Bleu Xavier Barachet qu'il a suivi au PSG, « Willy » s'est taillé une réputation au MHB sous les ordres de Patrice Canayer. Ce même Canayer ayant annoncé à maman Accambray, un jour de 2005, qu'il voulait embarquer son ado bourré de talent. Passé pro à 20 piges, la carrière d'Accambray démarre en trombe, consacrée par une série de cinq sacres nationaux aux côtés de Nikola Karabatic. Mais l'affaire des paris suspects dézingue le collectif et les finances du club. Accambray quitte donc l'Hérault pour Paname, peu après l'Euro 2014 gagné face au Danemark.

Avec ses épaules de Hulk Hogan, son torse herculéen et son bras droit mastoc, il aurait pu manier easy le marteau à l'instar de son père, double-recordman de France jusqu'aux JO de Münich et de Montréal. Au lieu de se dédier corps et âme à l'athlé, l'Azuréen s'est laissé happer par le hand qui l'a pris dès le CP sur un terrain bitumé de Châteauneuf-de-Grasse (Alpes-Maritimes). Son climax balle en main ? Un quart de finale France-Espagne aux Jeux olympiques de Londres en 2012 : sept buts en seconde période sur un coup de poker de coach Onesta qui l'avait écarté du rectangle jusque-là. Pour couronner le tout, notre homme a marqué le pion de la gagne au buzzer face aux Ibères.

Accambray, buteur victorieux face aux Espagnols aux Jeux de Londres. Photo Reuters.

« Claude comptait sur mon explosivité afin de renverser la vapeur parce qu'on était vraiment mal barrés après le début de rencontre cauchemardesque (1-6 au bout de seize minutes, 9-12 à la mi-temps, ndlr) . J'ai passé la totalité des poules en tribunes et il m'avait assuré que j'allais rentrer en jeu lors des quarts. On revenait peu à peu et je me suis d'abord échauffé pour rien. Ensuite, on a prétendu que Guillaume (Joli, ndlr) s'était blessé comme pas mal d'équipes le font pour que je puisse enfin passer à l'action. J'étais à fond ce soir-là et j'ai mis du temps à capter ce qui m'arrivait », confie Willy, héros de ce 8 août 2012.

International depuis 2009, Accambray s'est mis les Narcisse, Gille, Dinart, Omeyer et consorts dans la poche, quitte à encaisser de bonne grâce les sempiternelles remarques des anciens testant les jeunots. Pendant les JO 2012, il pionçait quasiment à-même le sol dans la piaule de « Kara », Karaboué, Dinart et Fernandez. En buvant son expresso pépouze chaque matin, le recordman de buts en équipe de France prenait d'ailleurs un malin plaisir à le réveiller de sa voix de stentor. Privé de Rio à cause des croisés et un déficit abyssal de minutes, le colosse cannois a dignement honoré sa sélection au Mondial de janvier archidominé par les Experts et met désormais la gomme à Veszprém.

Capture d'écran Twitter.

« William a besoin de temps vu qu'il n'a pas eu énormément de possibilités au PSG mais bosse très dur pour reprendre le rythme, m'indique son coéquipier Máté Lékai. Il s'est parfaitement intégré dans l'équipe et sera un renfort indispensable. Le gars est quand même capable d'envoyer des pralines à 200 vers le haut de la cage, c'est pas rien. Jemali, Ilić, Ligetvári et lui pèseront vraiment lourd niveau tir cette saison. Je suis à côté de Willy dans le bus et on a partagé la même chambre lors du stage d'été en Slovénie et des matchs de pré-saison à l'étranger. Le Zord effrayant sur le terrain déconne sans cesse en dehors ».

En attendant de soulever peut-être la Ligue des champions tant convoitée par les Hongrois, « Willy » savoure les soupes roboratives et la proximité du lac Balaton après un trip estival entre USA et Croatie. Twittos compulsif, il a félicité son vieux copain décathlonien Kevin Mayer couronné à Londres, partagé son kiff de Westworld sur Netflix ou tenté un « Croisons Les » mixant son frangin et Conor McGregor. Ses potes sportifs sont des perforateurs nommés Cabella, Giroud et Ouedraogo, tous passés par Montpellier. Aujourd'hui loin de cette ville où il a brillé en club, William Accambray peut compter sur son talent, son physique hors-norme, et sur son expérience des moments plus difficiles passés à Paris pour définitivement s'imposer. En Hongrie, tout le monde lui souhaite cette réussite. Tous, sauf peut-être les gardiens du championnat, pas très pressés de goûter aux fameuses pralines à la sauce Accambray.