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Après Ebola : les enfants libériens enfin de retour à l’école

Les élèves scolarisés dans ce pays de l’Afrique de l’ouest, sévèrement touché par l’épidémie Ebola, doivent se faire prendre la température avant d’aller en classe. Une première depuis six mois.
18.2.15
Photo par Abbas Dulleh/AP

Ce lundi matin, les enfants attendaient en file indienne devant les écoles du Liberia pour se faire prendre leur température, avant de pouvoir rentrer en classe — une première depuis près de 6 mois lorsque le pic de l'épidémie Ebola avait obligé le gouvernement à fermer les écoles.

Après des semaines de préparations, le gouvernement libérien a donné ce lundi 16 février le feu vert aux écoles pour réouvrir. Il s'agit d'un test majeur pour le pays qui doit réapprendre à fonctionner normalement après que l'épidémie meurtrière a ravagé la Guinée, le Liberia et le Sierra Leone pendant plus d'un an. Parfois, les écoles avaient été transformées en centre de traitement contre Ebola pour une bonne partie de l'année 2014. Les établissements ont depuis été désinfectés et remis en ordre pour accueillir les élèves et professeurs.

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« L'épidémie d'Ebola a eu un impact dévastateur au Liberia sur nos systèmes de santé et d'éducation — ainsi que sur notre mode de vie. Nous avons réussi à combattre la progression du virus grâce à un effort collectif, » a déclaré le ministre de l'Éducation libérien, Etmonia D.Tarpeh, dans un communiqué. « Rouvrir les écoles aux enfants est une étape importante pour s'assurer que l'éducation de nos enfants ne sera plus interrompue à l'avenir. »

Photo par Zoom Dosso/AFP/Getty Images

L'ambiance était bonne dans une école de Monroviace ce lundi, selon Rukshan Ratnam qui s'occupe de la communication pour l'UNICEF au Liberia. Ratnam a expliqué à VICE News que les gens veulent vraiment retrouver leur vie d'avant, et cela se sent.

« C'est bien de voir les écoles rouvrir. L'éducation est essentielle pour les enfants, » dit-il, en insistant sur l'importance de remettre les élèves dans une routine — celle d'aller à l'école tous les jours, comme avant l'épidémie.

Selon Ratnam, les dizaines d'élèves qu'il a vu à Monrovia ce lundi respectaient à la lettre les protocoles anti-Ebola, se laver les mains, se faire prendre la température pour prévenir de possibles infections. « C'est quelque chose que les gens doivent continuer à respecter scrupuleusement, » explique Ratnam.

Les écoles ont ouvert à nouveau alors que la pire épidémie d'Ebola de l'histoire commencerait à s'épuiser, du moins au Liberia. Le nombre de cas récents augmente toujours en Guinée et reste problématique au Sierra Leone, mais les infections au Liberia se maintiennent à un niveau raisonnable depuis janvier (moins de 10 par mois) selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Depuis le premier cas en mars 2014, la fièvre hémorragique a infecté plus de 9 000 personnes au Liberia, faisant 3 900 morts. Plus de 23 000 individus ont été infectés dans les trois pays.

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Les gouvernements du Liberia, de la Guinée et du Sierra Leone ont collaboré pour expliquer à leurs citoyens comment éviter d'être contaminé — notamment grâce au lavage régulier des mains avec du chlore. Cette disposition reste indispensable même si l'épisode épidémique semble faiblir. Le but des trois pays est d'atteindre l'objectif du « zéro cas, » d'ici la fin du mois de mars.

Photo via UNICEF

Le ministre de l'Éducation libérien a visité les écoles qui rouvraient, en collaboration avec les ONG locales et des multinationales pour s'assurer du respect strict des protocoles — lavage de mains et prise de température. Ratnam explique que les écoles sont formellement obligées de mettre en place des « temperature check » à l'entrée des établissements, mais aussi d'avoir à disposition des zones d'isolation. Les bâtiments qui accueillent les élèves sont tenus d'avoir assez d'eau à disposition pour se laver les mains et en cas de maladie, le corps enseignant doit avoir une personne à contacter d'urgence.

Un soutien psychologique a aussi été mis en place pour les enfants qui retournent à l'école après près de 6 mois d'interruption. On estime que 10 000 enfants ont perdu un ou deux de leurs parents pendant l'épidémie, en plus de ceux qui ont perdu des amis ou d'autres membres de leur famille.

« Nous avons vraiment poussé pour mettre en place plus qu'un protocole strictement sanitaire, » explique Ratnam. Il s'agit d'une crise sans précédent ce qui requiert « une vision différente des choses. »

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Comme Ratnam l'explique, le but de cette journée de lundi n'était pas d'être un premier jour d'école obligatoire, mais bien le début d'une série de réouvertures à travers le pays. Les écoles qui ne pouvaient pas satisfaire pour le moment aux protocoles sanitaires n'ont pas été autorisées à ouvrir. Davantage de réouvertures sont prévues dans les semaines qui arrivent.

Jacob DeBee, le cofondateur de la Monrovia's Candace Girls Education Foundation, a passé sa journée à tourner dans la capitale libérienne pour voir quelles écoles avaient finalement rouvert. Il a confié à VICE News que la quasi-totalité des écoles privées catholiques sont ouvertes, alors que les écoles publiques peinent à rouvrir massivement. DeBee dit avoir vu des dispositifs pour se laver les mains dans les écoles ouvertes, et comme Ratnam, il a tenu à rendre compte de la bonne ambiance qui règne parmi les élèves.

Photo via UNICEF

« [Les enfants] étaient à fond, » raconte DeBee, notant que généralement à ce moment de l'année scolaire les enfants ne sont pas particulièrement ravis d'être en cours. « Ils sont excités à l'idée de retourner à l'école. Ils veulent vraiment y retourner. »

Néanmoins, les parents ne sont pas ravis de la manière dont le gouvernement a communiqué avec eux sur le retour en classe, selon DeBee. Apparemment la confusion régnait quant à la date choisie pour le premier jour d'école. En dehors de la capitale libérienne, les informations semblaient être moins positives. Des membres de l'organisation locale de la jeunesse, Yotan, ont confié à VICE News que de nombreuses écoles dans la localité rurale du comté de Lofa n'étaient pas près de rouvrir. Lofa partage une frontière avec la Guinée et c'est d'ici qu'est partie l'épidémie en mars 2014.

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Le fondateur de Yotan, Donish PeWee, signale que très peu d'écoles de Lofa ont reçu les kits de prévention d'Ebola qu'elles étaient censées recevoir. Il explique que dans la ville de Voinjama, seulement deux écoles avaient reçu le matériel nécessaire. Dans un communiqué, l'UNICEF déclarait ce lundi que 4 000 écoles avaient reçu les kits de prévention dans les 98 districts que compte le Liberia.

« De nombreux directeurs d'école que nous avons contactés dans la matinée de lundi se sont dits insatisfaits de la manière dont le gouvernement a géré la réouverture des écoles, » dit PeWee. « Beaucoup se sont plaints du manque de matériel qui leur aurait permis d'organiser des activités pédagogiques. »

Photo via UNICEF

Sans s'attarder sur le nombre d'écoles réellement rouvertes ce lundi — les chiffres exacts ne seront rendus publics que dans quelques jours — plusieurs sources ont confié à VICE News que beaucoup de parents avaient peur. Dans certains cas, cette crainte les a conduits à garder leurs enfants à la maison en attendant de voir comment la situation va évoluer. DeBee a observé une fréquentation moins importante des écoles élémentaires.

DeBee s'emploie aussi à scolariser les orphelins. Si un enfant a perdu ses deux parents ou a été placé dans un orphelinat à cause d'Ebola, son association doit retrouver un membre de la famille de l'enfant pour lui permettre d'aller en classe.

Bien que le challenge de remettre les écoles libériennes sur les bons rails soit sans précédent, le problème de faible fréquentation de ses établissements scolaires court depuis des années, bien avant l'épisode épidémique de 2014. Selon un rapport de la Banque mondiale de 2011, seulement 41 pour cent des enfants étaient inscrits à l'école primaire. Ratnam estime que l'accessibilité tant financière que géographique des écoles joue un rôle certain dans la faible fréquentation de celles-ci.

Pour offrir malgré tout une formation aux enfants du pays, l'UNICEF va continuer de diffuser ses programmes pédagogiques sur les ondes de la radio libérienne — comme cela est le cas depuis le début de la crise ayant conduit à la fermeture des écoles.

Ratnam est conscient que ce n'est pas une solution parfaite, mais cela permet au moins de simuler la routine quotidienne de la classe.

« On essaye de gérer ce défi pédagogique petit à petit, » dit Ratnam. « Mais malheureusement cela ne va pas se régler du jour au lendemain. »

Suivez Kayla Ruble sur Twitter @RubleKB