15 leçons de vie apprises par Grace Jones
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15 leçons de vie apprises par Grace Jones

Consommer local, être fan de soi, ne pas avoir peur de l'amour, ouvrir sa porte à ceux dans le besoin, essayer toutes les drogues, avoir un bon coiffeur et deux-trois autres trucs.
28.5.18

Chanteuse, danseuse, mannequin, actrice, muse, icône, légende, alien, énigme, folle à lier… Grace Jones est en ce moment en pleine promotion de son autobiographie, I’ll Never Write My Memoirs—une phrase qu’elle chantait dans un titre de 1981, « Art Groupie ». Dès le début de son livre, elle énonce clairement : « Je ne devrais jamais faire de promesses » et poursuit d’une façon délicieusement enjouée, « Un livre est intime, c’est la raison pour laquelle il possède toujours une couverture. C’est comme le sexe, on le fait sous des couvertures. Une couverture devant et une couverture derrière. Et si tu te faufiles entre les deux, ne sois pas outragé par ce que tu vas trouver. » Une fois le lecteur mis en garde, Grace commence par le commencement : sa naissance, et raconte pourquoi elle n’aurait jamais pu se fondre dans la masse des êtres humains dès le moment où elle est arrivée sur cette planète. « Je suis sortie les pieds en premier. Je suis né en mettant des coups, énervée… »

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Elle l’est toujours. Pour ceux qui ne connaissent pas le degré de magnitude de la diva jamaïcaine, la premier extrait du livre révélé il y a quelques temps par le magazine Time Out résume tout, Jones y affirme que tout ce qui s’est fait dans la pop culture depuis son envol est un plagiat de sa carrière. Ça inclut évidemment Kanye West.

Le parcours de Grace Jones a débuté dans les fêtes arty d’Andy Warhol, a suivi l’explosion disco new-yorkaise des années 70, jusqu’à son contrat avec une légendaire maison de haute couture et des singles sur Island, label alors bourgeonnant, qui tiennent encore carrément la route sur un danceloor (« Slave to the Rhythm », « Pull Up To The Bumper »). Sans oublier son meilleur album, Nightclubbing, qui l’a fait migrer tranquillement dans la galaxie new wave, et qui relevait aussi bien d’une posture que d’un groove irrésistible. Et puis qui a oublié son apparition aux côtés de James Bond (Roger Moore) dans Dangereusuement Vôtre ? Personne.

Dans l’extrait en question, Grace attaque également une certaine « Doris » qui lui avait proposé une collaboration, refusée par Jones, à la surprise générale. Grace ne voulait pas être au service d’une « tendance éphémère ». « Le problème avec les Doris et les Nicki Minajs et les Mileys, c’est qu’elles atteignent leur but trop rapidement. Il n’y a pas de vision à long-terme, et elles oublient qu’une fois dans la matrice, il faut lutter contre le système qui t’entoure de l’intérieur, afin de rester l’ outsider que tu prétends représenter », explique t-elle. Avant de citer à la chaîne toutes les imitatrices, « Gaga, Madonna, Annie Lennox, Katy Perry, Rihanna, Miley, Kanye West, FKA Twigs et… Doris. » En procédant par élimination, on peut avancer que cette « Doris » doit sûrement être Beyoncé.

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Alors, vous êtes ssans doute en train de vous dire « Hey mamie, ça va les chevilles ? », mais vous ne pouvez qu’accepter la vérité. Grace a raison. Elle était la première. Elle a bossé avec Yves Saint Laurent, elle clubbait avec Karl Lagerfeld, elle cassait la barrière des genres sapée en déesse sur une couverture de Vogue. C’est une des rares artistes que j’ai vu terminer un concert en chantant et en faisant du hula-hoop en même temps. En talons aiguilles. Pendant 20 minutes. La seule qui avait le chapelier Philip Tracy posté en coulisse, préparant en temps réel des couvre-chefs différents pour chaque chanson de sa setlist. Tu vas faire quoi, Lady Gaga ?

Le livre revient en détails sur son existence mouvementée, détaillant des séances de twirling au Studio 54 ou sa coloc avec Jerry Hall à Paris. Elle se rappelle de son boulot avec Warhol, de cette baston contre Duran Duran, ou de son refus du premier rôle féminin dans Blade Runner. « J’ai immédiatement répondu non, avant même d’avoir lu le script », écrit t-elle sans une once de regret. Pourquoi ? On se sait pas. Pris un par un, ses souvenirs pourraient remplir chacun un bouquin entier. C’est vraiment impressionnant de voir comment elle les a condensé en un ouvrage relativement court.

Mais ça ne se limite pas à des boules à facettes et de la débauche avec les grands de ce monde, hein – I’ll Never Write My Memoirs aborde aussi l’époque, les galères, son abandon brutal par ses parents en Jamaïque, le traitement de son frère homosexuel, la mort de son meilleur ami lorsqu’elle était mannequin, et ses nombreuses expériences difficiles avec les producteurs d’Hollywood.

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Les anecdotes sont infinies et intemporelles, ce qui explique sans doute pourquoi Grace Jones a vécu tout ce temps en défiant l’idée de temps, sans jamais se soucier du jour de la semaine, de l’heure, voire même de l’année en cours. Elle s’en tire toujours par cette pirouette : « Peu importe quand ça s’est passé, c’était il y a quelques années ». Dans la vie réelle ça se matéralise ainsi : « Je monte sur scène et je dis à tout le monde que j’ai dix ans de plus que ce qu’ils pensent, et ensuite je fais du hula-hoop pendant 20 minutes ». Le temps glisse sur Grace Jones. « Ça pourrait être n’importe quel chiffre », ponctue t-elle. Selon Grace, toutes les femmes de sa famille vivent très vieilles. « La génétique », insiste t-elle. Donc peu importe son âge réel, c’est une bonne nouvelle.

Il est difficile de résumer ce livre avec nos propres mots donc mieux vaut vous laisser avec ceux de Grace, un peu plus bas, à travers 15 leçons de vie que chacun pourra tirer du livre. Et bon courage à ceux qui voudront toutes les appliquer.

TOUJOURS CONSOMMER DES PRODUITS LOCAUX
« Les Jamaïcains ne devraient pas prendre de cocaïne. Ils devraient en rester à la marijuana. Si certaines chosent poussent à des endroits précis, ce n’est pas pour rien. »

TOUJOURS LIRE CE QU’IL Y A D’ÉCRIT EN PETIT
« J’ai été la première de ma famille à boire du poison. Ça ressemblait tellement à un soda. En fait, c’était du kérosène. »

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ÊTRE SON PLUS GROS FAN
« L’amour de l’autre a des limites, l’amour de soi n’en a aucune. »

Y ALLER MOLLO QUAND ON TESTE UN ALCOOL POUR LA PREMIÈRE FOIS
« J’ai commencé avec du Southern Comfort. J’étais encore pimpante, mon haleine aussi, jusqu’au moment où je me suis levée pour marcher. »

VOTRE PREMIER BAISER EST UN SOUVENIR À CHÉRIR
« On a quasiment escaladé la bouche l’un de l’autre… Evidemment, mon tempérament me poussait à être attirée par les mecs les plus badass. »

NE PAS METTRE N’IMPORTE QUELLES CHAUSSURES POUR SON PREMIER JOB
« Je portais des patins à roulettes lors de mon boulant d’assistante-réalisateur. Les gens ne disaient rien, tant que je faisais mon boulot. J’adorais le roller-skate. J’adorais cette sensation de vitesse. »

NE PAS ÊTRE EFFRAYÉ PAR L’AMOUR
« J’étais totalement dingue de lui [ Tom, son premier mentor], et inévitablement, j’ai découvert qu’il était gay. »

ESSAYER TOUTES LES DROGUES
« Essayez tout au moins une fois. Et si vous aimez, continuez à en prendre. »

MÊME L’HEROÏNE
« J’ai essayé une fois mais ça m’a fait vomir. Ce n’était pas pour moi, heureusement d’ailleurs. »

MAIS NE PAS TOUT MELANGER
« Les acides ne sont pas solubles dans le sexe. »

NE PAS FERMER SA PORTE AUX AUTRES
« J’avais tissé des liens avec les clochards de mon quartier… Je les invitais chez moi pour prendre une douche et je leur donnais à manger, à boire et quelques vêtements. J’étais comme une église un peu… »

ÊTRE BIEN DANS SA PEAU
« J’ai vécu nue pendant un mois entier à Philadelphie — en 1967, 68 ou 69, je ne sais plus exactement— et c’était un été parfait pour rester posée à poil. »

CONNAÎTRE SON ESPRIT
« Quand je suis branchée à mon esprit, je peux être médium à en faire flipper. Du genre à savoir ce qu’il va se passer dans la minute, quand ne pas prendre l’ascenceur, etc… »

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AVOIR UN BON COIFFEUR
« Me raser le crâne m’a fait avoir mon premier orgasme… Je n’avais jamais eu de rapport sexuel comme ça auparavant. C’était du sexe d’une autre époque, d’une autre galaxie, ça s’est fini bien au-delà du corps. »

TOUJOURS ÊTRE EN RETARD, MÊME AU MARIAGE DE SCHWARTZNEGGER
« Pile au moment où Arnold et Maria étaient à genoux à la fin de la cérémonie, on a déboulé [ avec Andy Warhol]. Ils n’ont rien dit, mais on pouvait voir à leurs regards qu’ils n’étaient pas plus étonnés que ça. »

Eve Barlow a l’intention d’appliquer 9 de ces 15 leçons dès 2016. Elle est sur Twitter.

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