Laissez-vous gagner par le virus Cannibale

Attention : il y a de fortes chances que ce disque-canicule vous emballe. Écoute intégrale.
3.3.17

C'est un fait : les gens voient mieux qu'ils n'écoutent. Ce qui, dans le cas de Cannibale, est un sérieux avantage, tant leur musique évoque jungles moites, cambrousses sauvages et gares routières désertes écrasées par le cagnard. Formation totalement hors-cadre (les types ont la quarantaine, vivent dans un bled de 300 habitants en Normandie et n'ont et pas franchement pour objectif de payer l'université aux gosses grâce à une synchro pub), Cannibale réunit cinq marlous un CV aussi riche que tortueux (une dizaine de formations plus ou moins éphémères, musiciens de studio pour Camille Bazbaz et Johnny Hallyday, une vague reconnaissance sous le nom de Bow Low) qui ont muté au fil des ans pour devenir le monstre excentrique qu'il sont aujourd'hui, à mi-chemin entre garage tropicaliste et pop en Eastmancolor (un groupe qui fait référence ouvertement au Danger: Diabolik de Mario Bava dans un de ses titres ne peut avoir tort). Ample et mélodique, à la fois exigeante et immédiate (« Mama », « Choppy Night » - très clairement deux des tubes les plus infectieux de ce premier trimestre), la musique de Cannibale ouvre une fenêtre vers un monde en suspens, refuge hiératique parcouru à intervalles réguliers par une rumeur menaçante, comme le grondement de milliers de bêtes fauves, montant d'une lointaine mégalopole ensevelie. Leur premier album, No Mercy For Love, sort aujourd'hui sur Born Bad (qui signe là, après l'impossible 45-tours du Villejuif Underground, une de ses toutes meilleures références), on vous en reparlera fatalement dans les semaines à venir mais en attendant, vous pouvez l'écouter en intégralité absolue ci-dessous, pour la première fois dans l'histoire des jungles moites, des CV tortueux et des mégalopoles ensevelies.