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Pourquoi n’y-a-t-il toujours pas de vaccin contre le paludisme ?

Le vaccin contre le virus Zika est en route, mais fabriquer un vaccin contre le paludisme exige de surmonter des défis techniques et financiers de taille.
A malaria patient in Nyangaton, Ethiopia. Image: WikiMedia Commons

Tandis que le virus Zika continue de se propager à travers l'Amérique, les chercheurs travaillent d'arrache-pied à la fabrication d'un vaccin capable de stopper l'épidémie. Si les pronostics s'avéraient exacts, ils devraient y parvenir avant la fin de l'année.

C'est une excellente nouvelle, qui soulève pourtant une question importante : si nous sommes capables de mettre au point un vaccin contre une infection transmise par les moustiques en quelques mois seulement, pourquoi n'avons-nous toujours pas de vaccin contre l'une des maladies les plus redoutables au monde et transmise de manière similaire, le paludisme ?

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Le paludisme tue plus d'un million de personnes et infecte plus de 500 millions de personnes par an, dont une large proportion d'enfants. C'est une maladie très ancienne qui ravage les populations humaines depuis l'Égypte ancienne ; nous avons donc disposé de tout le temps nécessaire pour l'étudier, la comprendre, et, en théorie, l'éradiquer. Mais notre meilleure alliée pour ralentir la propagation de la maladie, la vaccination, nous a fait défaut jusque là. Pourquoi avons-nous réussi à développer des vaccins contre des maladies transmises par les moustiques, comme l'encéphalite japonaise, la fièvre jaune, et bientôt la dengue et le Zika, tandis que le paludisme se joue toujours de nous ?

Contrairement à de nombreuses maladies propagées par les insectes, le paludisme n'est pas causé par un virus mais par un parasite. Même si nous disposons de nombreux vaccins contre les infections bactériennes et virales, nous n'en avons aucun contre les infections parasitaires touchant les humains. En effet, ils sont très difficiles à mettre au point, selon le Dr. Fidel Zavala, professeur de microbiologie et d'immunologie à l'Institut de recherche contre la malaria Johns Hopkins.

« La grippe, par exemple, a quelque chose comme huit gènes. Huit. Et le paludisme, 5000 gènes, » explique Zavala. « Nous parlons d'un niveau de complexité biologique complètement différent. »

Le paludisme est particulièrement difficile à combattre, puisque le parasite se développe et se transforme progressivement au cours de l'infection. À chaque étape de son développement, il produit un antigène (la molécule qui provoque une réaction immunitaire) différent ; le temps que le corps ait appris à reconnaître cet antigène, il doit déjà en affronter un autre.

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Il existe également cinq types de parasites différents à l'origine du paludisme, et chaque population de parasites produit un genre d'antigène unique, ce qui complique encore davantage la mise au point d'un vaccin ciblant un antigène spécifique.

« Les gens peuvent être infectés par le palu, s'en remettre, et être infectés de nouveau l'année suivante à cause d'un parasite différent, » explique Jun Li, chercheuse en infectiologie à l'Université d'Oklahoma. « Une infection causée par le paludisme ne pourra donc pas induire une réponse immunitaire suffisamment forte pour protéger la personne comme une infection future. »

Heureusement, les individus qui vivent dans des zones contaminées par le palu et qui ont déjà survécu à plusieurs infections seront capables de développer une immunité à la maladie avec le temps, explique Zavala. Ils seront probablement de nouveau infectés, mais la réponse immunitaire sera moins forte, au point d'être asymptomatique et de passer totalement inaperçue dans certains cas.

Si l'exposition à un pathogène est suffisamment fréquente et prolongée, nos corps peuvent parfois induire une protection immunitaire d'une manière que l'on est encore incapables de reproduire en laboratoire. Le problème est que la plupart des individus contaminés n'y parviennent jamais, et que ceux qui construisent ladite protection ont dû, au passage, endurer des souffrances insupportables pendant plusieurs années. Zavala pense tout de même que l'existence de ce phénomène est la preuve que la mise au point d'un vaccin efficace est possible.

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Nous avons déjà eu des résultats encourageants par le passé. Dans les années 60 et 70, des chercheurs ont montré qu'on pouvait vacciner des sujets en les faisant piquer par des moustiques transportant une version atténuée du virus (à la manière des vaccins contre la grippe). Mais cette technique n'est pas pratique à mettre en place, surtout à grande échelle, puisqu'il faut disposer d'une réserve de moustiques pour organiser l'inoculation.

Plus récemment, des scientifiques ont développé des vaccins ciblant des antigènes spécifiques produits par le parasite. Ils sont en partie efficaces, mais pas suffisamment pour motiver des financements suffisants. Pour l'un des vaccins candidats, qui est efficace dans 30% des cas sur les enfants, on a montré que l'immunité contre la maladie s'étiolait en quelques années seulement ; l'OMS ne recommande donc pas de l'utiliser. Dans un article publié dans PLOS Medicine ce mardi, des chercheurs font valoir que même si ce vaccin est loin d'être parfait, il pourrait tout de même sauver des vies, notamment chez les nouveau-nés.

Zavala confie qu'il existe un autre problème : très peu de chercheurs travaillent sur le paludisme, et ils disposent généralement de financements très faibles. Des organisations à but non lucratif comme la Fondation Gates ou Malaria No More investissent dans ce genre de recherches, mais les fonds soulevés restent insuffisants.

« Il est évident que les efforts qui ont été déployés depuis 40 ans sont tout à fait insuffisants, » ajoute-t-il.

« En ce qui nous concerne, nous sommes persuadés que le développement d'un vaccin est tout à fait possible. Il faut juste des moyens suffisants. Pour l'instant, le soutien n'est pas suffisant. »