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Vice Blog

L’espace est peuplé

Depuis l'aube de l'humanité, les générations successives de nerds solitaires ont tourné leur regard angoissé vers le ciel étoilé pour y projeter leurs fantasmes coupables et fuir l'espace d'un instant un monde terrestre saturé de guerres, de haines et...
1.6.11

Depuis l’aube de l’humanité, les générations successives de nerds solitaires ont tourné leur regard angoissé vers le ciel étoilé pour y projeter leurs fantasmes coupables et fuir l’espace d’un instant un monde terrestre saturé de guerres, de haines et de blogueurs stars. Certains ont même transformé l’espace en utopie lointaine débarrassée du capitalisme, des énergies carbone, du ressentiment, et peuplée de femmes alien de couleur verte équipées de seins et de vagins humains, et surtout, consentantes.

Depuis, les nerds timides devenus scientifiques respectés ont révisé leurs ambitions de conquête et de domination à la baisse. On se contente désormais de mobiliser la technologie la plus pointue pour envoyer des animaux, des cendres humaines et des dessins de gens à poil dans l’espace, et ce uniquement parce qu’on a des fusées à ne plus savoir qu’en faire et que c’est possible. On a fait l’inventaire de toutes les saloperies envoyées dans cet angoissant abîme de néant infini qu’on appelle pudiquement l’« espace intersidéral ».

    DES ASIATIQUES ET DES ROBOTS ASIATIQUES

Alors que les États-Unis ont renoncé à leur programme spatial, les Chinois prennent la relève et se lancent ouvertement dans la conquête de l’espace. Ils prévoient de construire une station spatiale de 60 tonnes à l’horizon 2020 et ont mis une douzaine de satellites militaires en orbite l’an dernier. La Chine a déjà envoyé des humains dans l’espace et quelques vols inhabités sur la Lune, devenant ainsi le programme spatial le plus avancé du continent asiatique. L’Inde s’est mis en tête de construire une base lunaire dans une grotte géante qu’ils viennent de découvrir, même si à ce jour les fusées indiennes ont la fâcheuse habitude d’exploser en plein vol. Le programme spatial japonais tente de son côté d’envoyer un robot humanoïde dans la Station spatiale internationale, où il assurerait des tâches normalement dévolues aux cosmonautes humains et communiquerait via Twitter. Pour l’instant, ils n’ont réussi qu’à faire douter la communauté scientifique de la sincérité de leurs ambitions intergalactiques et à démontrer que leur désir d’explorer l’univers et de repousser les limites de la domination et de la connaissance humaines masquait en réalité une furieuse envie de se foutre du monde en général et des Occidentaux en particulier.

DES SATELLITES SECRETS QUI POURRAIENT BIEN ÊTRE DES RAYONS LASER TUEURS

L’année dernière, l’armée de l’air US a envoyé un engin qui porte le doux nom de « Véhicule de Test Orbital X-37B » dans un vol inhabité autour de la Terre. Le X-37B ressemble à un croisement entre le vaisseau spatial et le missile, et l’armée a refusé de révéler ses vraies nature et fonction. Des Américains inquiets leur ont donc demandé des trucs genre : « Vous seriez pas en train de tester des armes spatiales contrôlées par des robots ? On aimerait savoir. » Et l’armée répondait : « Des armes spatiales ? Où vous êtes allés chercher ça ? » Quel que soit le test en question, il semblerait qu’il ait été concluant, contrairement au planeur hypersonique Falcon, le précédent jouet de l’armée. Le Falcon devait être un planeur capable de surveiller la haute atmosphère et de frapper n’importe quel point de la Terre avec un missile, mais le proto­type a subi un dysfonctionnement et s’est abîmé dans l’océan. Petite consolation, ce projet n’a coûté que 43 millions de dollars.

    DES ANIMAUX IRANIENS

L’Iran a officiellement rejoint la course à l’espace en février dernier, en envoyant une souris, deux tortues et un gros paquet de vers de terre dans une capsule qui s’est promenée dans l’espace à faible altitude pendant une quinzaine de minutes avant d’atterrir tranquillement en parachute. Dans l’esprit malade de Mahmoud Ahmadinejad, cette anecdote a valeur d’avancée scientifique majeure et de victoire stratégique et morale de son pays. D’après lui, « c’est dans le domaine scientifique que nous pouvons vaincre la domination de l’Occident ». L’Iran a cependant encore pas mal de choses à rattraper. La prochaine étape est d’envoyer un singe dans l’espace – rappelons que les États-Unis envoyaient des chimpanzés en orbite par familles entières dans les années cinquante et soixante. Certains en sont même revenus vivants, il me semble.

    DES DESSINS DE GENS NUS SUR DES PLAQUES EN OR

Dans les années soixante-dix, la NASA a lancé des sondes spatiales nommées Pioneer 10 et Pioneer 11, qui ont gentiment vogué dans le système solaire pour nous transmettre des données avant de disparaître dans le vide sidéral. Carl « chéper » Sagan et ses potes scientifiques, probablement sous l’effet de la weed, se sont demandé ce qui arriverait si les sondes croisaient des extraterrestres. Ils ont décidé de mettre une plaque en or illustrée dans les sondes pour pouvoir communiquer avec eux, le cas échéant. Cette plaque, qui comporte une carte de notre système solaire, un schéma de l’atome d’hydrogène et le dessin d’un couple nu, est une façon de dire aux aliens : « Voilà, on est les êtres humains, regardez notre hydrogène et nos organes sexuels, vous savez tout de nous, on n’a rien à cacher, on peut déconner ensemble maintenant ! » (Ces puritains de la NASA ont décidé au dernier moment de ne pas représenter la vulve de la femme, qui ressemble donc à une poupée de Ken avec des seins.)

LE PIRE ALBUM DU MONDE

Quelques années plus tard, au moment du lancement des sondes Voyager, la NASA et Carl Sagan ont renouvelé l’expérience. Ils ont cette fois-ci fourré un disque en or contenant des images, de la musique et des sons de la planète Terre, dont « Johnny B. Goode », dans l’hypothèse saugrenue que les extraterrestres seraient fans de riffs de guitare plagiés et des Trente Glorieuses. Le disque commence par un message d’accueil et de bienvenue en 55 langues, et émet ensuite des sons non verbaux comme une charrette tirée par des chevaux et des aboiements de chien, ce qui soulève immédiatement la question suivante : PUTAINS DE SCIENTIFIQUES DE MERDE, COMMENT LES ALIENS SONT CENSÉS FAIRE LA DIFFÉRENCE ENTRE LE LANGAGE HUMAIN ET LES BRUITS D’ANIMAUX ? Enfoirés de cartésiens condescendants.

DES ARTISTES PERFORMEURS

    Comment ça s’appelle quand on envoie un artiste performeur dans l’espace ? Du bon débarras ? Ah, ah ! Plus sérieusement, un groupe intitulé Inbred Hybrid Collective a lancé une collecte de fonds pour envoyer un de ses membres dans l’espace à bord du Virgin Galactic, un vaisseau spatial privé qui cible les scientifiques, les « touristes de l’espace » milliardaires et les banquiers d’affaires en mal de sensations fortes. J’ai rencontré un membre d’Inbred et je lui ai demandé ce que le performeur comptait faire, une fois dans l’espace. Ils m’ont répondu que l’œuvre était encore en gestation, et ont ajouté : « Ça sera un petit pas pour l’art, mais un pas de géant en forme de fantasme humide pour tous les nerds de l’humanité. » Donc, ça devrait impliquer du sexe en apesanteur avec une petite femme verte ou quelque chose s’en approchant. Au moment où j’écris ces lignes, Inbred a collecté 100 dollars sur les 300 000 nécessaires au projet. Bonne chance, les nerds !

DES ÊTRES HUMAINS RÉDUITS EN CENDRE

Enterrer nos morts et décorer leur tombe avec des fleurs et des plaques en marbre barrées de phrases hypocrites, c’est chiant comme la pluie. Vous savez ce qui n’est pas chiant comme la pluie ? Envoyer leurs cendres dans l’espace !

Pfuuuuit

, et on n’en parle plus ! Une société nommée Celestis envoie des morts dans l’espace depuis quatorze ans maintenant, et ils proposent plusieurs types de « services ». Vous pouvez mettre en orbite un mélange de 14 grammes de vous et de votre moitié pour 7 485 dollars, ou envoyer un gramme de vous sur la Lune pour 9 995 dollars, ou encore 7 grammes de vous dans l’espace interstellaire pour 25 000 dollars. Si vous être une pince, vous pouvez vous contenter d’envoyer un petit gramme de vos cendres dans l’espace pendant huit minutes, et ce pour 695 $. Je ne sais pas ce qui me tenterait le plus, mais a priori tout sauf l’espace interstellaire. J’aurais trop peur de croiser des extraterrestres qui pourraient me ressusciter et tenter de m’accueillir dans leur communauté en me disant : « Ah, mais vous êtes un humain ! On a eu votre message, on est exactement comme vous. On adore l’hydrogène, on traîne à poil du matin au soir en écoutant du rock pompier du temps jadis et nos femmes n’ont pas d’organes génitaux. »