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Herpès et coke à la bibliothèque municipale d’Anvers

Les scientifiques de l’Université catholique de Louvain ont fait des tests bactériens sur dix des livres les plus empruntés de la bibliothèque municipale d’Anvers. Vous savez ce qu’ils ont trouvé ? De l’herpès et de la cocaïne.
10 décembre 2013, 12:11pm

Les scientifiques de l’Université catholique de Louvain ont fait des tests bactériens sur dix des livres les plus empruntés de la bibliothèque municipale d’Anvers. Vous savez ce qu’ils ont trouvé ? De l’herpès et de la cocaïne.

Tous les livres testés – et notamment Cinquante nuances de Grey, le mommy porn de l’Anglais E.L. James – se sont avérés positifs à la cocaïne. Sur d’autres, des traces d’herpès simple de type 1 – virus notamment responsable des boutons de fièvre – ont été retrouvées. Tandis que le laboratoire du professeur en microbiologie Johan Van Eldere s’occupait de tester les bouquins à l’herpès, celui de Jan Tytgat, professeur en toxicologie, s’occupait pour sa part de les tester à la coke et au THC. Étonnamment, aucune trace de cette dernière molécule n’a été retrouvée.

Parmi les livres testés, on trouvait également Tango,de l’écrivain et détective belge Pieter Aspe, ainsi que La Merditude des choses, bestseller du Flamand Dimitri Verhulst. Plusieurs livres pour enfants comme la BD Gil et Jo se ont également révélé la présence de traces de cocaïne.

Pourquoi y a-t-il tant de coke à Anvers ? Eh bien d’une part, la somme de dope qui passe par le port de la ville est énorme. Ça a d’ailleurs fait la une le mois dernier, lorsque des trafiquants ont eu la bonne idée de s’associer avec des hackers afin de pirater les réseaux informatiques du port. Aussi, Anvers est la deuxième plus grande ville de Belgique derrière Bruxelles ; quelque 512 000 personnes y habitent.

Si les taux bactériens de ces livres sont trop bas pour être dangereux, ils sont néanmoins 25 à 40% supérieurs à ceux de livres moins populaires. Et surtout, si vous êtes athlète, que vous avez lu l’un de ces livres et que l’Agence mondiale antidopage vous demande de pisser dans un flacon, selon le professeur Tytgat, vous pourriez bien vous retrouver condamné sans autre forme de procès.

Afin d’en savoir plus, je lui ai passé un coup de fil au cours duquel il m’a expliqué les subtilités de la drogue et prouvé à quel point les bibliothèques avaient besoin d’un grand coup de balai.

Couverture d’un numéro de Gil et Jo dont l’un des exemplaires a été testé par les scientifiques

VICE : Pourquoi avoir choisi la bibliothèque d’Anvers pour l’expérience ?
Jan Tytgat : Parce qu’Anvers est une grande ville et qu’elle héberge également un important trafic de drogue.

Comment vous êtes-vous débrouillés ? Vous avez emprunté des livres puis testé leurs pages et couverture ?
Nous sommes allés chercher les livres directement sur les étagères de la bibliothèque, puis nous les avons enveloppés dans un sac plastique stérilisé, avant de les transporter à l’université de Leuven. Là, l’équipe de mon collègue Johan Van Eldere s’est occupée des test microbiens, et la mienne de ceux d’ordre toxicologiques. Parmi les exemplaires testés se trouvaient Cinquante nuances de Grey, plusieurs BD pour enfants (dons la série Gil et Jo, très populaire ici en Belgique) et plusieurs thrillers. L’étude a uniquement porté sur les couvertures.

Les traces de cocaïne ont-elles été retrouvées dans les reliures des livres, sur les couvertures ou dans les coins des pages ?
La cocaïne a été trouvée sur les couvertures. Nous n’avons aucunement vérifié les pages des livres.

Avez-vous trouvé des traces de THC ?
Non – et ça m’a surpris, d’ailleurs.

Tous les livres testés – même les BD pour enfants – ont été contrôlés positifs à la cocaïne. Avez-vous été surpris par ces découvertes ?
Oui. À noter cependant qu’une « contamination » n’est pas à exclure. Il est tout à fait possible que, lorsque les livres ont été retournés à la bibliothèque et empilés les uns sur les autres, les traces se soient répandues sur les différentes couvertures.

Vous avez estimé que les méthodes de test d’aujourd’hui étaient si poussées que, après avoir lu un livre contaminé, le lecteur pourrait aussi bien se retrouver avec des traces de drogue dans ses cheveux, son sang et son urine. Est-ce dangereux ?
Non. Les traces de cocaïne et de micro-organismes retrouvées sont si minimes – et il est important de le souligner – que cela ne peut être en aucun cas dangereux pour l’être humain.

Les gens qui ont lu un livre contaminé pourraient-ils se retrouver positifs à la cocaïne ?
Je n’ai pas de preuve pour l’affirmer, mais je ne peux pas non plus exclure cette possibilité. Cela dépend du temps d’exposition du lecteur et de la dose contenue dans ces livres. L’une des choses qui me préoccupe, c’est la politique de tolérance zéro appliquée par l’AMA (Agence mondiale antidopage) au sujet de la cocaïne (lorsqu’elle est mesurée dans l’urine). Les toxicologues d’aujourd’hui utilisent des méthodes si précises qu’il devient aussi facile de trouver des traces de cocaïne dans l’urine que difficile de trouver une aiguille dans une botte de foin.

Imaginez un athlète dont l’urine se retrouverait testée positive à la cocaïne avec un taux tellement faible qu’on ne pourrait même plus déterminer si celle-ci a eu un impact pharmaceutique, toxicologique ou physique sur son organisme. Eh bien, l’athlète se retrouverait quand même condamné par l’AMA. Ainsi, en tant que scientifique et expert en toxicologie, je propose que l’AMA revoie son taux minimum de cocaïne autorisé dans l’urine à la hausse [celui-ci est actuellement à 0%, _ndlr_]. Cela signifie qu’il faudrait fixer une valeur assez élevée, de sorte que l’on soit sûr que l’athlète a effectivement ingéré de la cocaïne. Une concentration inférieure à ce taux serait donc considérée comme légale. Cela reviendrait un peu à la même chose que la limite d’alcool dans le sang autorisée pour les automobilistes.

Avez-vous tiré une leçon des résultats de votre expérience ? De nouvelles procédures sanitaires vont-elles être mises en place ?
Attention, ces découvertes ne sont pas une raison pour ne plus aller à la bibliothèque ! En revanche, on devrait suggérer une bonne hygiène et inviter par exemple les lecteurs à se laver les mains plus régulièrement. Mais, cela dit, il faut aussi réaliser qu’une fois sorti de la bibliothèque et après avoir été en contact avec des poignées de porte, des pièces de monnaie, après avoir serré des mains, etc., le lecteur serait quand même en mesure de contaminer le livre. Et puis, après tout, une trop bonne hygiène n’est pas bonne pour la santé. Vivre les mains gantées n’est pas une bonne idée ; confronter son système immunitaire à certains challenges ne peut être que bénéfique pour votre corps.

Avez-vous testé la Bible disponible à la bibliothèque – ou comptez-vous le faire prochainement ?
Ce serait une très bonne idée ! Nous ne l’avons pas encore fait, mais je suis impatient de voir les résultats…