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J'ai arrêté de draguer pendant un mois, et ça a été difficile

Ou comment j'ai dit (plus ou moins) adieu à Tinder et aux rencards pendant quatre semaines, pour le plus grand déplaisir de ma libido.

par Alison Stevenson
31 Octobre 2017, 6:00am

Lorsque vous évoquez avec régularité votre vie sentimentale et sexuelle sur Internet – ce qui est mon cas –, vous recevez un nombre incalculable de conseils non désirés, conseils avancés par des amis mais aussi de parfaits inconnus, voire des types qui ont, par le passé, pénétré mon organisme. Parfois, les opinions d'autrui me rendent folle, tant on peut m'inciter à me « poser » avec quelqu'un qui ne me plaît pas particulièrement. Mais parfois, certains me conseillent d'aborder le problème des relations hommes/femmes d'une manière tout à fait originale : en arrêtant de chercher. Selon quelques uns de mes amis – et certaines comédies romantiques américaines ne plaisant qu'aux névrosés de l'amour –, c'est lorsqu'on ne cherche plus que l'on trouve chaussure à son pied.

Ma vie amoureuse est une longue litanie de flirts plus ou moins couronnés de succès. Je traîne sur tout un tas d'applications de rencontres, et bois des verres plusieurs fois par semaine en espérant secrètement tomber sur un mec à mon goût. Pourtant, je ne suis jamais sortie plus de quelques mois avec le même mec. De plus, affirmer aujourd'hui que l'on rêve d'être amoureuse ne suscite que moqueries et ironie. En gros, j'en ai marre de tout ça.

Du coup, j'ai décidé de faire une cure mensuelle de drague, sorte de movember à midinettes. Pendant un mois, j'ai dit adieu aux rencontres, aux sites, aux coups d'un soir, et aux amourettes de bar. Voici ce qui s'est passé.

Semaine 1

Je commence par supprimer toutes mes applications de rencontres : Tinder, Bumble, Happn, Feeld, et OkCupid. Toutes disparaissent. Puis, je supprime les numéros de téléphone de mes plans cul. Je conclus cette étape de purification en supprimant le numéro d'un skateur me tournant autour depuis plusieurs mois. Je ressens la même chose qu'après un test VIH négatif : je me sens vierge ! Je suis une table rase de tous les pénis croisés jusqu'alors.

La première semaine se déroule sans anicroches. Rien de marquant à signaler – je ne croise le regard d'aucun garçon. M'éloigner de mes applications de rencontres me permet de comprendre le temps que je perds à swiper. Je n'avais pas remarqué à quel point je traînais sur ces sites dès que je m'ennuyais, que ce soit dans le métro ou chez moi à attendre que mes spaghettis soient prêts. C'est triste ? Ne répondez pas à cette question.

Semaine 2

Bon, après une semaine de rien du tout, je décide de m'apprêter un peu plus, parce que j'en ai marre de ressembler continuellement à un sac. J'enfile mes « tenus de soirée » – ce qui veut dire maquillage + robe, soit le combo idéal pour baiser – et délaisse mes traditionnels t-shirts amples. Donc, chaque matin, je m'apprête. Je lisse mes cheveux, et tente de me conformer à l'image la plus traditionnelle de ce qu'est « la féminité ». De même, je décide de changer mes lieux de détente habituels, et teste de nouveaux cafés. Sans résultat.

Enfin si. Un soir, je craque et vais boire des verres avec une amie. Là, je tombe sur un mec que je connais de loin – il est tatoué, père divorcé, et à deux doigts du craquage émotionnel. Il est évident que l'on veut baiser, mais je m'arrête à temps. Je me suis promis de faire une pause, et de toute façon, ça ne servirait à rien.

Nous échangeons nos numéros malgré tout. J'espère que j'aurai l'occasion de flirter un jour avec ce type, que j'ai mis au courant de mon défi – attendre quelques semaines serait plutôt bon signe, d'ailleurs.

Semaine 3

Bourrée, je télécharge Tinder, avant d'envoyer un message au skateur qui me plaît. Heureusement, je me contente de dire « hey », ce qui ne semble pas faire naître un quelconque intérêt du côté de ces Messieurs. Le lendemain, je supprime tout.

Il me devient difficile de rester chez moi à ne rien faire. Du coup, je sors plusieurs fois prendre des verres. Un soir, je rencontre un fan de baseball, bandana vissé sur le crâne. Il n'arrête pas de me parler de sa start-up. Il n'est pas du tout mon genre, mais comme je me dis que l'avenir est dans les comédies romantiques et leur amour des contraires – lui, la thune, moi, l'Art –, je tente de garder l'esprit ouvert.

Je lui donne mon numéro de téléphone, et comprends alors quelque chose : dans le domaine de la drague, faire le moins d'efforts possible semble porter ses fruits. Ça fait deux numéros en deux semaines, alors que je n'ai jamais autant mis de côté cet aspect de ma vie.

Sinon, le reste de la semaine file sans que je m'en rende compte. Aucun des deux mecs ne m'envoie de SMS. Avant, j'aurais sans doute fait le premier pas. Là, je me contente d'attendre, et passe mes journées à réfléchir à ma vie amoureuse.

Semaine 4

Je couche avec le père célibataire, dans un moment d'absence. C'est de ma faute, je sais. Pour me faire pardonner, j'aimerais rappeler que ça faisait pas mal de temps que je n'avais pas baisé. Comme je ne peux plus passer mon temps à flirter sur Internet, l'idée de coucher avec quelqu'un m'obsède. Ma libido est au max, je vois des phallus à la place des réverbères, et mon gode commence à en avoir marre de moi – j'avais besoin d'une bite, voilà tout.

Pour conclure : je dirais que ce mois sans drague s'est révélé peu concluant – du genre, j'ai été incapable de me passer des mecs – même si j'en ai tiré quelques leçons concernant mon utilisation de la technologie. J'ai surtout compris une chose : plus vous poussez pour que quelque chose se passe, et plus vous culpabilisez et regrettez que cette chose ne se produise pas. Je suis donc devenue stoïcienne, en quelque sorte.

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