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Avec les patrons français de boîtes de nuit contre les « soirées techno » clandestines

Les discothèques hexagonales râlent parce que les mecs des free parties ne paient pas d'impôts.

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Les patrons de boîtes de nuit sont en guerre contre les soirées clandestines. C'est un état de fait revendiqué il y a peu par l'Association française des exploitants de discothèques et dancings, l'Afedd. Face à la concurrence des bars clandestins et des free parties, cette organisation a tiré la sonnette d'alarme. De nombreux exploitants de discothèques se sont récemment réunis dans le Morbihan afin de faire valoir leur cause et d'empêcher ces événements festifs, quasiment exonérés de toutes charges – et qui contribueraient donc à créer une sorte de marché noir de l' entertainment nocturne.

Plusieurs soirées ont déjà été annulées dans le Finistère et dans le Morbihan sous l'effet de la pression des exploitants, comme le Submarine Project à Lorient au début du mois d'avril. Si certains teufeurs ont taxé les représentants de l'Afedd d'être des « pourritures » et ont accusé les discothèques d'être restées bloquées dans les années 1980, l'Afedd a fustigé, elle, une « concurrence déloyale ».

À entendre certains, ces jeunes fêtards ne seraient qu'une bande de joyeux drilles libertaires subissant les foudres des patrons de discothèques traditionnelles. Sauf que, comme souvent, les choses ne sont pas aussi simples qu'il n'y paraît. J'ai donc contacté plusieurs responsables de l'Afedd afin qu'ils m'expliquent pourquoi les discothèques « à l'ancienne » étaient toujours nécessaires, et s'ils n'avaient pas peur de se mettre la jeunesse à dos en voulant interdire les soirées clandestines.

VICE : Dans l'appel que vous avez lancé le mercredi 27 avril, vous estimez que la profession de patron de boîte de nuit est en danger. Pourquoi ?
Afedd : Il convient d'être très prudent sur ce constat, puisque le nombre de clients des discothèques augmente sensiblement depuis dix ans.

Malgré tout, le métier évolue. On a vu apparaître des discothèques multisalles de grande capacité, lesquelles ont fait disparaître plusieurs petits établissements. Ces derniers réagissent en proposant des activités pour un public ciblé, selon le type de musique qu'écoute la clientèle, ou son âge. Ces petits établissements jouent la carte de la qualité, de l'accueil et de la diversité musicale – ils passent de la techno aussi bien que du hip-hop.

Pouvez-vous nous parler des règles que vous devez respecter dans le cadre de votre métier ?
En fait, il faut mesurer l'importance de l'encadrement juridique et fiscal propre aux « établissements nocturnes qui diffusent de la musique amplifiée ». Au-delà des normes de construction et d'aménagement, le responsable d'un d'établissement nocturne qui reçoit du public doit être identifié et inscrit au registre du commerce auprès des administrations sociales et fiscales, et des préfectures. Il doit rendre compte de son fonctionnement, de l'encadrement sécuritaire du public, et lutter contre certaines pratiques illégales – drogue, violence, etc. Il doit contrôler les entrées et les sorties de la clientèle en distribuant des appareils éthylotests électroniques, en employant des vigiles, en utilisant des dispositifs de surveillance vidéo aux abords de l'établissement, etc.

Exercer cette profession à haute responsabilité, très réglementée, impose des investissements humains et matériels très lourds, qui devraient être les mêmes pour tout le monde.

Vous faites référence aux soirées électro et aux bars de nuit ?
En ce qui concerne les soirées électro, il s'agit d'un faux débat. La musique house et électro est présente depuis très longtemps dans les discothèques – et ce bien avant les rave parties. Certains organisateurs et collectifs ont fait preuve d'une méconnaissance crasse des discothèques en prétendant que nous ne savions rien de la musique techno, ce qui est faux.

De leur côté, les bars de nuit participent à la vie nocturne. Le partage du marché avec les discothèques s'organise dans le cadre de réunions officielles tenues avec les mairies dans toutes les grandes villes. Les bars se sont modernisés et occupent les plages horaires de divertissement de 18 heures jusqu'à deux heures du matin dans la plupart des cas. Certains bars peuvent avoir investi suffisamment pour ouvrir au-delà de deux heures du matin, avec une diffusion musicale amplifiée. Il s'agit dès lors d'établissements proches de nos entreprises. Cette concurrence est bénéfique pour l'animation des villes. D'ailleurs, ces établissements dénoncent également les bars avec des arrière-salles non déclarées, équipées de sonorisation amplifiée.

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On vous accuse de vouloir priver les jeunes de bon temps en interdisant des soirées électro comme le Submarine Project à Lorient. N'avez-vous pas peur de passer à côté de quelque chose et de vous mettre les jeunes à dos ?
Selon nous, la concurrence stimule la culture musicale. Nous dénonçons simplement les entreprises clandestines installées dans des bâtiments, hangars, ou autres. Le contournement des taxes sur les achats d'alcool, la billetterie, les charges sociales, les droits d'auteur, la taxe professionnelle, la TVA, etc., permet à ces soirées d'attirer un public jeune grâce à des tarifs alléchants et des transgressions interdites dans les discothèques et lieux publics référencés.

J'imagine que vous devez affronter pas mal de détracteurs. Que vous a-t-on reproché et comment avez-vous réagi ?
Notre réponse a été révélatrice du malaise qui existe aujourd'hui. Nous essayons constamment de comprendre ce qui motive les participants aux free parties et aux raves. Nous tentons de cerner les services offerts par ces dizaines de collectifs et associations éphémères. Nous ne méprisons pas leurs idées – contrairement à certaines personnes de leur côté, persuadées de représenter le « cool » absolu – ni les besoins d'une petite partie de la jeunesse qui ne fréquente pas les discothèques.

Malgré cela, il faut bien insister sur le fait que la dissimulation et le marché noir tuent la liberté d'entreprendre et les libertés individuelles que nous défendons en conformité avec l'État.

Peut-on parler d'ubérisation de votre profession ?
Évoquer « l'ubérisation » des discothèques n'est pas exact. Dans notre cas de figure, la clandestinité n'a que peu à voir avec Airbnb. On parle de véritables entreprises pirates installées dans des sous-sols d'immeubles, des catacombes, des hangars. On est loin de la simple concurrence déloyale, ou parasitaire.

Les discothèques clandestines n'apportent guère d'idées nouvelles, en fait.

Pourquoi les boîtes de nuit, qu'elles soient à Paris, Rouen ou au fin fond du Morbihan, doivent-elles continuer d'exister ?
Tout simplement parce que si les discothèques devaient disparaître, les sorties distractives et nocturnes de la jeunesse disparaîtraient à terme. Les soirées anarchiques que nous dénonçons ne prendront jamais entièrement le relais.

Qui sont les gens qui viennent dans vos discothèques ?
La clientèle est la même partout : elle est constituée à 80 % de jeunes âgés de 18 à 25 ans. La mixité sociale et culturelle est réelle. Nous sommes sensibles aux changements de modes et de goûts au sein de la population, et nos clients le ressentent et sont fidèles.

Selon vous, les boîtes de nuit devraient-elles s'adapter aux évolutions apportées par les free parties ?
Les discothèques clandestines n'apportent guère d'idées nouvelles, en fait – sauf peut-être celle qui consiste à louer les salles à ces nouveaux mercenaires de l'économie dans le but de ne prendre aucun risque.

Il est difficile de demander aux discothèques de s'adapter à un piratage commercial qui, par définition, est une copie de l'authentique. Ces types impriment de faux billets d'entrée, emploient des DJs formés en discothèque, etc. Je vous invite à visionner les sites de nos discothèques afin de découvrir le travail des professionnels qui bossent dans nos boîtes de nuit. N'hésitez pas à comparer les images de nos soirées à celles des soirées sauvages. Vous comprendrez pas mal de choses.

Je vois. Merci beaucoup.

Retrouvez l'Afedd sur leur site internet.

Robin est sur Twitter et sur son site.