Impossible de trouver des dollars: les Vénézuéliens se tournent vers le bitcoin

Les restrictions monétaires au Venezuela ont rendu les devises étrangères difficiles d'accès pour les citoyens. Le Bitcoin s'impose comme une solution pour certains.

|
22 octobre 2014, 8:58am

Twitter/IBTimesUK

La plupart des économies du monde fonctionnent selon le vieux mantra du Wu-Tang Clan dans la chanson C.R.E.A.M. : « Cash Rules Everything Around Me » (l'argent dirige tout autour de moi). L'idée est plutôt simple : si vous avez de l'argent, vous pouvez acheter des choses. Si vous n'en avez pas, vous ne pouvez rien acheter.

Mais au Venezuela, on a beau commencer la journée avec des brouettes de bolivars (la monnaie nationale), ce n'est pas certain que l'on pourra acheter des biens que beaucoup dans les pays développés considèrent comme des évidences.

Les modalités de contrôle de la monnaie fixées par feu Hugo Chàvez en 2003, et maintenues par son successeur Nicolàs Maduro, rendent difficile pour les vénézuéliens l'échange des bolivars contre des dollars ou d'autres devises étrangères. Les achats en ligne sont également limités à 300 dollars par an - un montant ridicule dans un pays qui doit importer presque tout.

Les devises fortes sont si rares ici que le dollars s'échange dans les rues à un tarif plusieurs fois supérieur à son cours officiel. Dans le même temps, l'inflation dans le pays a atteint un taux annuel de 63,4 pour cent le mois dernier.

Cette situation a conduit un nombre croissant de Vénézuéliens à se tourner vers le bitcoin, qui offre plus de liberté. Le bitcoin est une monnaie virtuelle non soumise au contrôle d'un État ou d'un gouvernement. Le bitcoin est basé sur des propriétés mathématiques plutôt que sur des propriétés physiques, comme l'or ou l'argent, ou plutôt que sur la confiance placée dans les autorités centrales. Les bitcoins peuvent être gagnés en échange de biens ou de services. On en fait l'acquisition sur des sites de change bitcoin en ligne. Des utilisateurs appelés « mineurs » procèdent à des transactions et assurent la pérennité de la devise.

Les Vénézuéliens ont eu accès au bitcoin avec le lancement du tout premier marché d'échange de bitcoin vénézuélien. « SurBitcoin » a ouvert mardi 14 octobre à midi, a annoncé son fondateur Kevin Charles à VICE News.

Les utilisateurs peuvent maintenant échanger des bolívars contre des bitcoins sur le site et ainsi contourner les restrictions monétaires du gouvernement.

La valeur du bitcoin a été très mouvante au cours de l'année dernière - celui-ci reste plus stable que le bolívar - et dépend de la loi de l'offre et de la demande. Pour se prémunir contre une inflation, jamais plus de 21 millions de bitcoins ne seront disponibles. Environ 13 millions de bitcoins - 4,9 milliards de dollars - sont en circulation. Le taux de change lundi était d'à peu près 380 dollars pour un bitcoin.

Le bitcoin gagne en importance grâce à la relative facilité des transactions, à son utilité sur le web, et aussiparce qu'il permet à ses utilisateurs de défier l'autorité des gouvernements.

Ces contrôles monétaires au Venezuela ont été appliqués en raison de la fuite massive des capitaux privés en 2003. Les réserves du pays en devises étrangères ont pris un sérieux coup à ce moment, et le gouvernement a commencé à restreindre les échanges. Depuis, pour les Vénézuéliens, la seule méthode légale pour d'obtenir des dollars américains, c'est de passer par une agence gouvernementale.

« Par exemple si vous voulez voyager à l'étranger, il y a un quota annuel maximum de 2 500 dollars par citoyen » a précisé à VICE News un éminent professeur de commerce et partisan du bitcoin vénézuélien, qui a demandé à rester anonyme.

Mais contrôler la monnaie n'est pas tâche facile étant donné que le Venezuela importe entre 85 et 90 pour-cent des biens consommés dans le pays.

« La situation économique actuelle a fait croître le besoin de dollars pour importer les choses pour lesquelles il y a pénurie, mais il n'y a pas assez de biens disponibles au marché noir, donc le prix a augmenté de manière exponentielle ces derniers mois », a expliqué à VICE News Randy Brito, le fondateur de BitcoinVenezuela, un blog qui soutient le bitcoin et d'autres monnaies parallèles.

Pour assurer ces importations, les gens ont souvent besoin de dollars - qui sont conservés par le gouvernement. Si vous arrivez à convaincre le gouvernement que vous importez des biens de nécessité comme de la nourriture ou des médicaments, le taux de change est de 6,3 bolivars pour un dollar, affirme le professeur de commerce vénézuélien. Pour des biens moins vitaux, le gouvernement vous échangera 11 bolívars contre un dollar dans un processus semblable à celui d'une enchère, mais cela ne couvre pas tous les biens.

Le gouvernement a récemment introduit un troisième taux de change, moins favorable, pour lequel le gouvernement échange environ 50 bolívars contre un dollar.

Comme le gouvernement contrôle ces échanges, il se réserve le droit de rejeter n'importe quelle demande de change. Les gens se tournent alors vers le marché noir. Le professeur de commerce affirme que le taux de change du marché noir était de 100 bolívars pour un dollar la semaine dernière.

Les gens désespèrent de trouver d'autres options monétaires. Comme les Vénézuéliens ont beaucoup de mal à convertir leurs bolívars en dollars, ils sont de plus en plus intéressés par la conversion de leurs bolívars en bitcoins. Brito note qu'il est difficile d'utiliser les bitcoins pour faire des achats au Venezuela, mais la monnaie peut être utilisée pour acquérir plus de dollars qu'il n'aurait été possible autrement.

« Quand vous voulez envoyer de l'argent à l'étranger ou que vous voulez payer en ligne, ce qui importe c'est le cours du bitcoin dans une fenêtre de dix minutes » précise le professeur de commerce. « Cela permet d'acheter des choses en ligne sans être limité à 300 dollars par an et par citoyen. »

Ivan Mintilla est un entrepreneur vénézuélien qui fait des conférences à propos des monnaies virtuelles à travers tout le pays. Il a expliqué à VICE News que l'adoption du bitcoin au Venezuela a été lente jusqu'à présent parce qu'échanger des dollars contre des bitcoins n'est pas avantageux pour beaucoup de gens dans le pays.

« Ce qui se passe c'est qu'un bitcoin est si cher pour nous que son adoption a été lente, en dépit de la sensibilisation active à travers les réseaux sociaux » explique Montilla. « Le prix du bitcoin excède le quota annuel de dollars à notre disposition sur Internet, donc les gens préfèrent utiliser leurs dollars sur Amazon plutôt que pour des bitcoins. »

Maintenant que SurBitcoin permet à ses utilisateurs d'échanger leurs bolívars contre des bitcoins plutôt que contre des dollars, il sera intéressant de voir à quelle vitesse cette monnaie parallèle s'enracinera dans un pays dont la politique monétaire a été si mal gérée, et si le gouvernement, qui a pour le moment évité de prendre position vis-à-vis du bitcoin, sera forcé d'agir.

Suivez Payton Guion sur Twitter :@PaytonGuion

Plus de VICE
Chaînes de VICE