On parle de musique ensoleillée et de pays sombres avec Lido
Émilie Larivée-Tourangeau
Culture

On parle de musique ensoleillée et de pays sombres avec Lido

On a rencontré Lido dimanche dernier à Osheaga, celui qui tente de réconcilier pop et musique électronique, mais qui n’aime pas sortir dans les clubs.
10.8.17

Rares sont ceux qu'on a connus à 12 ans dans des compétitions télé à la America's Got Talent qui réussissent à se défaire de cette image plus tard. Mais c'est le cas de Lido, une superstar de musique électronique qui collabore notamment avec The Weeknd, Chance the Rapper et Halsey.

Le norvégien de 24 ans était de passage à Montréal ce week-end pour Osheaga, et on s'est posé un instant pour parler de sa transition du mainstream vers l'underground (et de son retour vers le mainstream).

VICE : T'as les pieds dans pas mal de styles différents. Ça devient parfois compliqué pour toi de composer ou ce mélange de style te vient naturellement?
C'est certain que ça devient parfois mélangeant. Pas vraiment pour moi, mais surtout pour les auditeurs. J'ai commencé à faire de la musique électronique justement parce que ça me semblait avoir un potentiel illimité. Je peux faire ce que je veux, quand je veux, et je peux rapiécer les différents éléments que je veux.

Donc, oui, pour les fans, ça peut porter à confusion. Mais, pour moi, dans ma tête, je ne fais que prendre les mélodies que j'apprécie dans un style et les combiner aux drums d'un autre style.

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DJ Slow est celui qui m'a tout appris sur la musique électronique, je n'y connaissais rien. Avant ça, tout n'était que de la musique pour moi; je ne savais pas qu'il y avait des règles. Je fais constamment de la musique un peu bizarre, donc je ne suis jamais vraiment confus par rapport à ce que je fais. Mais mes fans, oui, et je crois que ça fait partie de la magie.

Nombreux sont ceux qui te voient comme une figure marquante de cette nouvelle vague de producteurs qui tentent de réconcilier pop et musique de club. Tu en penses quoi?
C'est un grand compliment, évidemment, et je crois que le fait que je sois entré dans ce style sans rien y connaître a contribué à repousser les limites de ce que la musique électronique pouvait être, surtout au niveau des mélodies. Jusqu'ici, la plupart des gens s'intéressaient avant tout aux sons. Et les sons, c'est cool. Mais je viens plutôt du monde gospel et RnB; donc, je voulais surtout écrire des accords, des harmonies et des mélodies. Je suis seulement arrivé avec une nouvelle perspective.

C'était avant tout de faire exactement ce que je voulais faire. A posteriori, je constate que j'étais légèrement avant-gardiste avec certains accords et mélodies, et je me dis « putain, j'ai peut-être bien changé quelque chose ». Mais je ne sais pas, c'est peut-être simplement une coïncidence.

Que fais-tu dans tes temps libres? Est-ce que tu sors pour découvrir de nouveaux sons?
Je ne fais pas la fête du tout. Je bois à peine; je n'ai commencé à boire qu'à environ 20 ans, ce qui est très tard pour le standard européen. J'ai eu quelques soirées folles, mais très peu. Je suis vraiment un nerd, donc en général je veux simplement rentrer chez moi et composer de la musique. Même en tournée, je cherche seulement des gens incroyables avec qui collaborer. Je me dis toujours : « J'ai une idée! Qui dans cette ville a les meilleurs synthés, les meilleurs drums? » Donc non, je n'aurai pas beaucoup d'histoires de soirées à raconter à mes petits-enfants.

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Et tu ne trouves pas ça un peu bizarre, de faire de la musique qui sera jouée dans des clubs alors que tu n'y vas jamais?
C'est vrai que c'est un peu étrange, mais je fais de la musique pour la musique elle-même. J'ai toujours pensé que ma musique était trop étrange pour être jouée dans des clubs. Elle est un peu trop désordonnée et imprévisible, mais certains DJ arrivent à le faire. C'est vrai que c'est drôle de se dire qu'il y a quelqu'un qui perdra la tête en entendant ma chanson dans un club, mais que je ne serai probablement jamais là pour en être témoin. Je n'y ai jamais vraiment trop pensé, mais là tu viens de me faire stresser.

Toi, qui es norvégien, pourquoi penses-tu que les producteurs des pays nordiques font de la musique aussi ensoleillée? Il fait souvent noir et froid, chez vous, non?
Putain, je n'avais jamais pensé à ça non plus. T'as des questions de dingue, toi. Je ne sais pas si c'est un truc typiquement scandinave, mais j'ai tendance à toujours faire le contraire de ce que je ressens. Je dis toujours à mes amis que si je fais une chanson qui est hyper joyeuse, ils devraient s'inquiéter pour moi et me demander si ça va. Tandis que si je fais une prod qui est hyper déprimante, ça veut dire que tout va super bien.

C'est une question d'équilibre. On est coincés dans un endroit froid et ennuyeux. Donc on essaye de s'échapper de tout ça à travers la musique. C'est un narrative qui est typique pour beaucoup de genres; la musique a toujours été une échappatoire. Donc si t'es d'un endroit chiant et ennuyeux, t'auras tendance à faire de la musique ultra-énergétique, de quoi vraiment faire la fête.

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Il y a aussi une question de qualité. Beaucoup de pays scandinaves sont monotones et froids durant l'hiver; il n'y a absolument rien à faire. Donc, si tu ne joues pas aux jeux vidéo, tu trouves ton truc à toi et tu t'y mets à fond. On est d'une nature très nerd parce qu'on n'a rien de mieux à faire et qu'il fait trop froid pour sortir de chez nous.

Et donc que fais-tu pour te sortir de l'angoisse de la page blanche?
J'ai rarement ce problème-là, vu que je suis constamment en train de finir un projet ou un autre. Mais je crois que mon truc, c'est que je travaille sur plein de différents styles en même temps. Par exemple, depuis le début de l'année, j'ai été producteur exécutif pour l'album de Towkio. J'ai fait tout un album de rap et, immédiatement après, j'ai travaillé sur l'album d'Alison Wonderland, ce qui est différent. Et depuis peu, je travaille sur un projet plutôt jazz. Et je viens de commencer un autre album de rap.

Donc, je garde mes options variées et je ne me tanne pas. Je pense que le syndrome de la page blanche survient lorsqu'on a tendance à épuiser certains sujets, ou certaines mélodies, et là, on ne sait plus comment s'en sortir. Le meilleur moyen de garder une certaine flexibilité est avant tout d'écouter beaucoup de trucs différents. Beaucoup de gens voient la musique comme un seul genre à étudier et dans lequel se spécialiser.

Si t'écoutes seulement le même genre de musique que celui que tu produis, tu te retrouveras coincé. À ce moment-là, change tes habitudes. Si t'es du genre à commencer avec les drums, commence avec les synthés sur ton prochain projet et tu verras, tout va changer pour le mieux.

Billy Eff est sur internet ici et .