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Sexe

Comment la cocaïne change les gens en cons : une explication simple

Bien sûr, il est possible de consommer de la cocaïne sans devenir un égocentrique arrogant dépourvu de conscience. Mais beaucoup n'y arrivent pas.
1.9.16
Leonardo DiCaprio dans The Wolf of Wall Street

La cocaïne est une drôle de drogue, non? Je ne vois aucune autre substance — à part peut-être l'alcool — qui a cette capacité de changer instantanément une bonne personne en cauchemar ambulant. « Allez, allez, ha, ha! » hurle votre ami Paul en essayant de vous enfoncer le goulot d'une bouteille de cognac au fond de la gorge. Après quatre lignes, il n'est plus du tout lui-même. « Ça va probablement le tuer! Ha, ha! On s'en fait une autre? Allez! Je vous ai parlé de mon idée de nouveau jeu de société? » Bien sûr, il est possible de consommer de la cocaïne sans devenir un égocentrique arrogant dépourvu de conscience. Mais beaucoup n'y arrivent pas. La fille qui parle fort de son scénario sans jamais s'arrêter. Le gars qui ne noterait pas l'attitude générale « anti-lui » même si c'était écrit sur le mur avec de la peinture en aérosol. Pourquoi exactement? « Le gros problème avec la cocaïne, c'est que l'image de vous-même qu'elle vous donne et celle qu'ont les autres ne concordent pas toujours », répond Katy Mcleod, directrice du Chill Welfare, un organisme qui offre de l'aide lors de festivals. « Vous pouvez vous imaginer que vous êtes brillant et sociable, alors que, pour les autres, vous êtes un con. » Pour comprendre les racines chimiques de la transformation en con, j'ai parlé avec David Belin du département de pharmacologie de l'Université de Cambridge. « Les drogues ciblent trois mécanismes dans le cerveau », m'a-t-il expliqué. Premièrement, avec la cocaïne, on inonde le cerveau de dopamine chaque fois qu'on fait une ligne. « La dopamine n'est pas le plaisir en soi. C'est un mécanisme du cerveau qui permet l'apprentissage. » Imaginez qu'un guitariste débutant éprouve du plaisir après avoir réussi à jouer Smells Like Teen Spirit pour la première fois. Comme il a ensuite une forte envie de retrouver cette sensation, il s'attaquera à Heart-Shaped Box. C'est un buzz. Vous avez un but. La vie est un peu plus excitante. La cocaïne reproduit cette sensation avec beaucoup de puissance. « Elle agit sur votre cerveau pour qu'il relâche de la dopamine tout le temps que vous en prenez, et vous vous sentez bien. Vous commencez aussitôt à développer une forte envie de consommer », poursuit David Belin. Deuxièmement, la cocaïne déclenche une tempête psychologique entre vos deux oreilles. « La cocaïne influe directement sur le cortex préfrontal [la partie du cerveau qui régule le comportement et la capacité à prendre de bonnes décisions]. Elle brouille vos fonctions exécutives, votre capacité d'inhibition et votre jugement. Vous vous retrouvez avec une incapacité à résister à vos pulsions et à prendre de bonnes décisions. » Vous vous souvenez de cette soirée où vous avez offert sans arrêt 10 $ à une fille en échange d'une ligne jusqu'à ce qu'elle accepte, mais seulement à la condition de la laisser tranquille pour toujours? Selon une étude de l'université de Maastricht aux Pays-Bas, une petite dose de cocaïne peut diminuer votre capacité à reconnaître les émotions négatives chez les autres. C'est pourquoi vous avez l'impression que tout le monde s'intéresse éternellement à tout ce que vous avez à dire, alors qu'en fait, non, pas du tout. Troisièmement, les drogues favorisent la prise d'habitudes. « Vous êtes déjà très motivé à reprendre de la cocaïne et, comme elle touche votre système de prise d'habitude, vous finissez par le faire sans y penser, dit David Belin. En plus, avec la cocaïne, il n'y a pas d'effet de manque physique, mais un fort effet de manque psychologique. On se sent mal et angoissé, ce qui augmente la motivation d'en reprendre. » L'expert ajoute que l'alcool peut accroître cette envie de consommation irrépressible. « La cocaïne affaiblit votre capacité d'inhibition, alors vous ne résistez plus à vos pulsions. » Sans compter que la combinaison des deux dans le foie crée une nouvelle substance, la cocaéthylene, qui décuple le risque de crise cardiaque, pendant jusqu'à douze heures après la consommation. Par ailleurs, quand on raconte qu'après quelques verres, ça vous remet sur pied, c'est faux. La cocaïne ne fait que produire plus de dopamine, qui lutte contre d'autres neurotransmetteurs pour gagner du terrain dans votre cerveau. Vous aurez peut-être l'impression de pouvoir mieux vous concentrer momentanément, mais, en réalité, vous n'êtes que plus stimulé. Pour finir, je voulais savoir pourquoi tant de personnes deviennent si excitées sexuellement quand elles sont défoncées à la coke, même si, pour certains gars, des « problèmes structurels » peuvent survenir. « Contrairement à l'héroïne, qui procure du plaisir en elle-même, la cocaïne ajoute du lustre au monde, explique David Belin. Ce qui plaît — comme un partenaire ou un partenaire potentiel — plaira encore plus et vous en aurez plus envie. Peut-être que vous n'avez plus le choix d'en prendre. » La question du choix, ou d'absence de celui-ci, a été évoquée à de nombreuses reprises dans l'entrevue. Si vous n'avez jamais pris de cocaïne, vous vous dites peut-être : « Si c'est si néfaste, il suffit de ne pas en prendre. » C'est vrai. Mais si vous êtes un consommateur occasionnel, que vous n'en faites qu'un usage récréatif, comme on dit, à quel point faut-il commencer à s'interroger? « Disons que vous prenez de la cocaïne une fois dans une soirée avec des amis et que vous avez aimé l'expérience. Deux mois plus tard, même chose. Ensuite, au lieu d'une fois tous les deux mois, c'est chaque samedi. Vous vous dites peut-être que ça va, parce que c'est que le samedi. Mais en avez-vous vraiment envie ou êtes-vous dans un état d'esprit particulier qui vous pousse en reprendre sans vraiment y penser? Dans le second cas, vous perdez le contrôle. Et quand les déclencheurs — des amis, l'alcool — se présentent, vous trouverez toujours des justifications. Je vous suggère de rencontrer ces amis un samedi, mais de convenir d'abord que personne ne prendra de cocaïne. Si vous ne vous rendez pas à la fin de la soirée sans y toucher, vous pourriez déjà être du mauvais côté. »

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