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Sport

La Coupe du monde du racisme

Encore un trophée que les Bleus n'auront pas.
7.7.14

Collage : Marta Parszeniew

83 joueurs sélectionnés lors de la Coupe du monde ne sont pas nés dans les pays qu'ils représentent, ce qui correspond à 11% des footballeurs présents au Brésil. Au-delà de la simple donnée quantitative, cette proportion importante embête terriblement les racistes de tous les pays, qui ne savent plus très bien s'ils doivent supporter leurs joueurs ou les insulter. Alors que la plupart des équipes ont déjà fait leurs valises, nous avons décidé d'organiser la première Coupe du monde du Racisme.

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Les nations en lice pour cette Coupe du monde ont été sélectionnées à cause de leur réputation de pays ayant quelques petits soucis d'intégration et de respect des minorités, petits tracas qui se répercutent dans les remarques racistes que les joueurs de football doivent subir au quotidien.

ÉLIMINÉS LORS DES MATCHES DE POULE

(Photo via)

ANGLETERRE

L'Angleterre ne peut rivaliser lors de cette Coupe du monde. Dieu sait à quel point les fans de football anglais ont tendance à considérer les joueurs comme des êtres divins. Si Balotelli avait joué en Angleterre, il aurait été élevé au rang de messie de tout un peuple.

Le football mexicain est régulièrement confronté à des attitudes racistes, notamment de la part des supporters des Pumas de Mexico. Le Brésil est aussi confronté à son quota de racistes alors que le pays est pourtant l'un des plus multiculturels au monde. Mais généralement, ces fans se font surtout remarquer par leurs discours homophobes avec les « puto » lancés par les supporters mexicains et brésiliens durant les matches de la phase de poules. Nous organiserons la Coupe du monde de l’Homophobie une prochaine fois.

Ces « puto » étaient également destinés à Sepp Blatter, le président de la FIFA, qui a affirmé récemment que les critiques à l'encontre du mondial au Qatar étaient motivées par une dimension raciste. Cette remarque le fait concourir pour un prix spécial récompensant les types qui sont capables d'utiliser l'argument du racisme pour protéger leurs propres intérêts économiques. Impressionnant.

ÉLIMINÉS LORS DES QUARTS DE FINALE

L'équipe de France face à la Norvège, le 27 mai 2014

FRANCE

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La France a atteint le toit du monde footballistique le 12 juillet 1998, forte d'une équipe black-blanc-beur acclamée par toute une nation – exception faite de types comme Bruno Gollnisch. Entre Deschamps le Bayonnais, Vieira né à Dakar et Thuram le Guadeloupéen, la France ressemblait à une bonne vieille pub Benetton. Il y avait même un putain de Breton. Zidane a été le premier Maghrébin acclamé en France et a ouvert la voie au triomphe futur d'Aziz et de Kenza dans Loft Story. La vie était belle.

Si Raymond Domenech a cristallisé le ressentiment de la population sur sa propre personne avant de poursuivre sa carrière dans le coaching personnel de qualité, les Bleus se sont tout même permis une envolée lyrique dont eux seuls étaient capables en refusant de descendre de leur bus à Knysna. Sauf que cet épisode, considéré par de nombreux membres de la classe politique qui n'y connaissent rien comme le symbole d'une équipe de sales gosses, a légitimé un discours totalement débile contre des types comme Nasri ou Benzema. Au passage, on pourra rappeler que ces deux traîtres à notre nation bien-aimée n'étaient pas en Afrique du Sud.

On rappellera également avec malice que Platini ne chantait jamais la Marseillaise, Zidane non plus et que Fabien Barthez se marrait allégrement avec Lizarazu pendant les hymnes avant la finale de 1998. On n'ose imaginer les réactions de la part des débilos de Twitter si Patrice Evra et Karim Benzema s'étaient mis à rire tous les deux pendant la Marseillaise avant la défaite contre l'Allemagne.

Photo : Jake Lewis

ÉTATS-UNIS

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Le sélectionneur de l'équipe des États-Unis – qui est Allemand – a provoqué la controverse en refusant de sélectionner la star Landon Donovan au profit d'autres joueurs, dont cinq Germano-Américains. Mais la polémique s'est rapidement éteinte car elle émanait de la frange politique la plus débile de l'autre côté de l'Atlantique, dont le Tea Party est l’étendard le plus célèbre. Ces types détestent le soccer parce qu'il représente à leurs yeux la perversion des grandes zones urbaines éduquées en comparaison des régions rurales, encore totalement adeptes du « vrai » football : le foot U.S. Je serais tenté de leur rappeler qu'ils adorent un sport complètement pété dont les participants meurent prématurément, mais je pense que c'est peine perdue quand on lit ça.

Image via

ITALIE

Si vous étiez à Pyramide et que Marie-Ange Nardi vous disait « Italie », « racisme » et « football », vous répondriez instantanément « Balotelli ». Né en Sicile de parents ghanéens avant d'être adopté par un couple issu de la classe moyenne et vivant dans le nord de l'Italie, Mario n'est pas le premier Noir à devoir subir des insultes racistes dans le pays – mais il est le premier à avoir intégré la Squadra Azzura. Véritable phénomène pop capable de faire absolument n’importe quoi sur un terrain, Balotelli est la cible privilégiée des nostalgiques des chemises noires.

En 2009, lors d'un match pour le compte de l'Inter Milan se déroulant au Stadio Olimpico de Turin, Balotelli a eu le plaisir d'entendre pendant 90 minutes des idiots lui crier « Un négro ne peut pas être Italien ! » Après son transfert au Milan AC, Paolo Berlusconi – vice-président du club et frère de l'ancien Premier ministre – s'est senti obligé de déclarer : « OK, maintenant on va tous au stade pour supporter le petit Noir de l'équipe. » Ce n'était pas spécialement méchant, juste complètement stupide. Mario a également pu rassembler une collection de bananes envoyées par des supporters tout au long de sa carrière. Ses anciens fans de l'Inter l'ont en effet accueilli en 2013 en faisant tournoyer des bananes en plastique durant tout le match. Même Daniel Alves n'aurait pas pu les avaler.

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J'aurais pu aussi évoquer les insultes des tifosi italiens avant la Coupe du monde – qui ont tout de même traité un de leurs meilleurs joueurs de « Noir de merde ». La liste est interminable, mais je souhaitais finir sur une note d'optimisme en citant Balotelli lui-même, après qu'il a été critiqué pour ne pas célébrer ses buts pendant l'Euro 2012 : « Lorsque je marque, je ne célèbre pas mes buts parce que je ne fais que mon boulot. Vous avez déjà vu un facteur lever les bras en l'air après avoir livré le courrier ? »

ESPAGNE

Lorsqu'un Noir joue sur un terrain espagnol, la probabilité qu'il reçoive une banane dans la gueule tend vers l'infini. Malgré tout, les Espagnols mettent un point d'honneur à ne pas être racistes à l'encontre des Noirs ou des Asiatiques qui composent leur équipe nationale. Sans doute parce que le seul joueur de la sélection 2014 à être né à l'étranger est Diego Costa – un mec qui nous vient du Brésil.

ÉLIMINÉS LORS DES DEMI-FINALES

Deux supporters allemands désireux de montrer à quel point ils sont stupides lors du match opposant l'Allemagne au Ghana. Photo via

ALLEMAGNE

Les joueurs allemands d'origine étrangère semblent poser problème à une partie de l'opinion allemande constituée par des huluberlus d'extrême droite, surtout depuis que la Nationalmannschaft n'est plus composée uniquement de blondinets aryens bâtis sur le modèle de de Carsten Ramelow. Le Parti national-démocrate d'Allemagne – NPD, un peu néo-nazi aux entournures – critique avec régularité les joueurs qui ne chantent pas l'hymne national. Avant la Coupe du monde 2006, le parti a imprimé un pamphlet raciste qui ne faisait pas dans la demi-mesure au niveau de la rhétorique : « Le Blanc n'est pas que la couleur de notre maillot ! Défendons une équipe nationale 100% Allemande ! » À l'époque, cela était destiné à humilier le joueur noir Patrick Owomoyela, mais aujourd'hui l'Allemagne devrait se passer de Özil, Boateng et Khedira si elle appliquait ce principe de sélection 100% allemande « de souche ». On attend de voir le niveau d'une telle équipe face aux cadors du ballon rond. Et je ne dis pas même ça par animosité vis à vis de la défaite de la France face aux Allemands.

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Afin d'en savoir plus sur les propositions du NPD, on a appelé Sebastian Schmittke, le chef du parti à Berlin. À la question de savoir s'il était heureux que des joueurs d'origine étrangère soient en équipe nationale, il a répondu : « Pas vraiment. Mais on ne peut rien y faire pour le moment. » J'imagine que cette impuissance des racistes est plutôt une bonne chose.

Des fans d'une équipe russe lancent des bananes à Roberto Carlos

RUSSIE

La Russie était la seule équipe du Mondial à être entièrement composée de joueurs nés dans la Mère Patrie et jouant tous dans une équipe du championnat national. C'est sans doute une bonne chose, tant les fans russes sont réputés pour leur racisme affirmé.

Vous savez que quelque chose ne tourne pas rond lorsque vous lisez un communiqué d'un groupe de supporters du Zénith Saint-Pétersbourg – un des plus grands clubs du pays – rédigé en 2012 après la signature de deux joueurs noirs. Ce petit bijou de racisme latent débute par ces termes : « Nous ne sommes pas racistes mais… » qui fait passer le « J'ai une amie noire » de Nadine Morano pour un exemple de tolérance. En effet, le Zénith venait de débourser plus de 100 millions d'euros pour attirer le Brésilien Hulk et le Belge Axel Witsel que de nombreux clubs européens s'arrachaient. Alors qu'ils auraient pu fêter ces arrivées avec enthousiasme, les membres du groupe Landskrona ont publié un manifeste sans équivoque : « Nous ne sommes pas racistes mais nous considérons l'absence de joueur noir au Zénith comme une tradition importante. Selon nous, il est crucial que le Zénith garde son identité et ne se transforme pas en une équipe européenne classique qui comporte son lot de joueurs étrangers. »

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J'aurais pu évoquer de nombreux autres exemples de racisme dans les stades russes : Roberto Carlos s'est vu offrir une banane par un fan du Zénith en 2011 alors qu'il évoluait pour l'Anzhi Makhachkala. Après avoir envisagé de prendre sa retraite, Roberto Carlos a de nouveau enduré la débilité des supporters russes lorsque des fans du Krylia Sovetov lui ont lancé des bananes, trois mois après ce premier incident. L'année dernière, des supporters du Lokomotiv Moscou ont eu la charmante idée de rédiger une banderole afin de remercier l'équipe britannique de West Bromwich Albion d'avoir engagé Peter Odemwingie, un joueur nigérian avec des origines russes. Sur cette banderole, les fans n'avaient pas hésité à rajouter une banane afin d'insister sur la teneur de leur propos.

Lors d'une rencontre en octobre 2013 entre le CSKA Moscou et Manchester City, Yaya Touré avait été confronté à des chants racistes durant tout le match. Afin de ne pas voir l'Allemagne les dominer dans ce tournoi international du racisme footballistique, les supporters russes ont amené à Rio leurs plus beaux drapeaux néo-nazis lors de leur premier match au Brésil.

Vivement la Coupe du monde 2018 en Russie !

FINALISTE

Supporters, comment se passe votre lundi matin? La fête continue ou retour à la sobriété? #tousensemble #WorldCup2014 pic.twitter.com/lrxveEKiSx

— BelgianRedDevils (@BelRedDevils) June 23, 2014

Kompany, Origi et Fellaini lors d'un match de la Coupe du monde 2014

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BELGIQUE

Il est courant d'entendre parler d'une génération dorée à propos de l'équipe de Belgique. Avec Romelu Lukaku – buteur dans le temps additionnel face aux États-Unis – Marouane Fellaini ou Vincent Kompany, l'équipe nationale belge comporte de nombreux joueurs dont les parents sont étrangers. Cela vous donne une idée de l'importance de l'immigration pour nos amis d'outre-Quiévrain et je ne vous parle même pas de l'époque moins glorieuse où l'un des seuls bons joueurs était Émile Mpenza, d'origine congolaise.

Lorsque la Belgique a échoué durant les qualifications pour l'Euro 2008, un des leaders d'un parti d'extrême droite flamand, Filip Dewinter, a milité pour la mise en place de deux équipes, l'une flamande et l'autre wallonne même si cela devait diviser les chances de victoire par deux. Dans ce grand tournoi, nous n'oublions pas le racisme entre communautés !

CHAMPIONS

Switzerland's national football team without immigrants. Maybe they should rethink yesterday's vote? pic.twitter.com/d8hnLSJn8x

— Mathias Bolton (@Mathias_UNI) February 10, 2014

SUISSE

La Nati ne serait évidemment pas au Brésil sans l'apport de nombreux joueurs descendants d'immigrés ou immigrés aux-mêmes. L'ironie n'est pas loin lorsque l'on sait que les Suisses s’emploient régulièrement à dégager tous les moutons noirs de leur pays. Les référendums populaires ont abouti à l'adoption de législations anti-minarets ou de quotas sur l'immigration, ce qui est amusant quand on observe la sélection suisse lors de cette Coupe du monde : j'ai l'impression d'avoir déboulé dans une fête de village serbe mise en scène par Kusturica.

Lorsque le jeune milieu de terrain Granit Xhaka a eu le malheur de réaliser un non-match contre l'Albanie en qualifications, de nombreux commentateurs avaient insisté sur ses origines albanaises. J'ai appelé Dominic Lüthard, le président du Parti nationaliste suisse, afin de connaître son opinion sur l'équipe nationale : « Lorsque j'observe toutes ces bouches fermées lors de l'hymne national, je me demande si nous n'aurions pas dû sélectionner des joueurs au talent comparable, par exemple Fabien Frei. »

J'ai également appelé Walter Wobmann de l'Union démocratique du centre (UDC) – détrompez-vous, rien à voir avec le Modem – qui m'a dit sans détour : « L'équipe n'est plus vraiment suisse. C'est une équipe internationale, une troupe de mercenaires. » J'ai omis volontairement le fait que la Suisse était célèbre mondialement pour fournir les mercenaires les plus légendaires : les Gardes suisses.