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Avec les oubliés de la guerre d’Afghanistan

« L’optimisme de 2013 a disparu. »

par Maddison Connaughton
01 Septembre 2017, 5:00am

Photos d'Andrew Quilty

Il y a quelques années, Andrew Quilty pensait avoir décroché le job de ses rêves. Le photographe travaillait pour un grand journal australien et ses photos paraissaient en une tous les deux jours. Mais ça, c'était avant l'Afghanistan.

Il y a quatre ans, Quilty s'est rendu, au côté d'un autre journaliste, dans ce pays déchiré par la guerre pour ce qui devait être un court séjour. Il a finalement décidé d'y rester afin de documenter un pays encore ravagé par l'intervention des États-Unis en 2001 et témoigner en direct de la résurgence des talibans.

La semaine dernière, le président américain Donald Trump a annoncé son nouveau plan stratégique concernant l'Afghanistan, promettant d'anéantir les talibans, de vaincre l'État islamique et de dissuader le Pakistan d'accueillir des factions d'insurgés. « Nous ne sommes pas là pour construire une nation, a déclaré Trump lors de son discours, mais pour tuer des terroristes. » De toute évidence, il ne s'agit plus d'une bataille pour conquérir le cœur et l'esprit du peuple afghan.

« Lorsque je suis arrivé, fin 2013, il régnait chez les Afghans un sentiment d'optimisme », explique Quilty. Nous avons discuté via Skype, malgré sa connexion internet fragile depuis l'arrière-cour de sa maison de Kaboul. Des hélicoptères volaient au-dessus de sa tête. Des poulets se baladaient en arrière-plan.

« Mais deux choses se sont produites peu de temps après, et cet optimisme a commencé à s'évaporer. L'élection présidentielle de 2014 s'est enlisée dans une polémique concernant des allégations de fraude généralisée, donnant lieu à la formation d'un "gouvernement d'union" entre les deux vainqueurs, explique-t-il. Puis, à la fin de cette année-là, les opérations militaires internationales ont cessé. Les talibans ont sauté sur l'occasion. »

Quilty a raconté à VICE les histoires derrière les images qui l'ont marqué au cours de ces quatre dernières années. « Les Afghans sont habitués à la guerre, mais ils en sont fatigués, déclare-t-il. L'optimisme de 2013 a disparu. »

Lors d'un échange de tirs, un soldat de l'Armée nationale afghane (ANA) observe un poste taliban à travers un trou creusé dans le mur d'une école de Chah-i-Anjir (ville également connue sous le nom de Changir). L'ANA se sert de l'école comme base sur la ligne de front du district de Nadali, non loin de Lashkar Gah, la capitale de la province d'Helmand. Les drapeaux blancs talibans se trouvent à moins de 100 mètres. Les combats entre l'ANA et les talibans se produisent à une fréquence quotidienne. La plupart des résidents de la région ont évacué leur maison et le bazar local est pratiquement vide.

Gul Ahmad, un nourrisson souffrant de malnutrition aiguë, est recouvert par l'écharpe de sa mère alors qu'il est soigné par Médecins Sans Frontières (MSF) au centre d'alimentation thérapeutique de l'hôpital Boost à Lashkar Gah, la capitale de la province d'Helmand, dans le sud de l'Afghanistan. Selon le personnel de MSF, la malnutrition est un problème chronique en Afghanistan. Bien souvent, la malnutrition est due au fait que la mère nourrit son bébé avec du lait maternisé, voire du thé, plutôt qu'avec du lait maternel. Cela résulte généralement d'un manque d'accès à l'information et à l'éducation pour les jeunes mamans.

Des silhouettes de filles apparaissent derrière le drap qui les sépare des garçons dans une école située dans le camp de Gualn, dédié aux réfugiés du Waziristan du Nord. L'école est dirigée par le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) et compte environ 2 000 élèves. Ils font partie des milliers de réfugiés à avoir fui le Waziristan du Nord, lorsque, en juin 2014, l'armée pakistanaise a lancé une offensive contre les talibans dans les régions tribales du pays après plusieurs attentats à grand retentissement sur le sol pakistanais.

Ici, un médecin commando soigne un soldat dont le cou a été touché par une balle après que leur camp a été attaqué par les forces talibanes qui se trouvaient à proximité. Dans un labyrinthe de complexes résidentiels situé à 16 km à l'ouest de Lashkar Gah, une unité de soldats de l'Armée nationale afghane (ANA) a tenu la ligne de front contre les forces talibanes qui – une ou deux semaines plus tôt – s'étaient rapprochées de plusieurs kilomètres de la capitale depuis leurs postes précédents. En plus des soldats de l'ANA, le commandant des forces spéciales, Rohid, a recruté 14 hommes et 30 commandos afin de renforcer l'armée régulière. Les forces spéciales et les commandos sont restés là-bas une semaine et ont déclaré avoir été attaqués jusqu'à trois fois par jour par une force estimée à environ 100 personnes. Au cours d'une attaque dont a été témoin Foreign Policy, de nombreux soldats de l'ANA ont abandonné leur poste d'observation et, de peur, se sont réfugiés à l'intérieur des bâtiments en attendant que les forces spéciales et les commandos arrivent et contrent l'attaque.

Avant le lever du soleil au nord de Herat, dans l'ouest de l'Afghanistan – à seulement quelques centaines de mètres du consulat des États-Unis et au bord d'une route principale – les familles de la province de Ghor se réchauffent auprès du feu et dans les abris et tentes de fortune. Les quelque 300 déplacés internes ont quitté leur foyer pour diverses raisons – des combats entre factions à la sécheresse, en passant par la perte des ressources des communautés agricoles. La température était de huit degrés peu après le lever du soleil.

Des élèves sont assis dans une salle de classe sans professeur à l'école de la région de Saidabad, dans le district de Nadali, à Helmand. Des soldats de l'Armée nationale afghane sont positionnés sur le toit de l'école. Le nombre d'élèves et d'enseignants y est réduit et l'écho des combats se fait régulièrement entendre. Les villages contrôlés par les talibans ne sont qu'à quelques centaines de mètres. Après des années de calme relatif dans le district de Nadali, la Police locale afghane (ALP), avec le soutien de l'Armée nationale afghane (ANA), maintient désormais la fine ligne de front contre les talibans, toujours plus nombreux, qui se sont rapprochés de Lashkar Gah au cours des derniers mois. Les membres de l'ALP sont pris entre le marteau et l'enclume – il leur est impossible de déposer les armes en raison de la proximité immédiate avec les combattants talibans, mais ne sont pas assez équipés pour assurer la protection adéquate des villages dans lesquels ils vivent.

Andrew Quilty pour le New York Times

Les membres de la Police nationale afghane se reposent et fument des cigarettes dans un point de contrôle isolé, situé à 60 mètres d'un complexe contrôlé par les talibans à Chah-e Anjir, à moins de 30 minutes en voiture du centre de Lashkar Gah, la capitale de la province d'Helmand, dans le sud de l'Afghanistan. Au cours du dernier mois, trois hommes ont été tués au point de contrôle et plusieurs autres ont été blessés.

Des jeunes hommes s'emparent d'un taxi en haut des collines d'Asmaï, une chaîne de montagnes située en périphérie de Kaboul.

Najibah tente de consoler sa fille Zahra qui pleure sur la tombe de son père, Baynazar, décédé à l'âge de 43 ans. Il s'est fait tirer dessus en rentrant du travail au moment de la prise de contrôle par les talibans de la ville de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, fin 2015. Il a été emmené au centre de traumatologie de MSF afin d'être soigné. Mais au matin du 3 octobre, lors de sa deuxième opération, un avion américain AC-130 a attaqué l'hôpital pendant plus d'une demi-heure, tuant 43 membres du personnel de MSF, des patients et des soignants et faisant des dizaines de blessés. Les États-Unis ont assumé la responsabilité de leur acte et ont blâmé l'erreur humaine et des problèmes techniques pour cette attaque ayant visé ce qu'ils affirment être la mauvaise cible, même si de nombreuses questions restent sans réponse. Douze militaires ont fait l'objet de sanctions administratives, mais aucun n'a fait face à des accusations criminelles. Baynazar laisse derrière lui sa femme Najibah, ses fils, Samiullah, 19 ans, et Khalid, 6 ans ; et ses deux filles, Raiana, 10 ans et Zahra, 8 ans.

Photo d'Andrew Quilty/Oculi pour le TIME

Samedi 3 mai 2014 : Deux glissements de terrain ont fait plus de 2 000 morts à Argo, dans la province montagneuse du Badakhshan. Le premier glissement a enterré quelque 300 maisons, les personnes qui se trouvaient à l'intérieur ou dans la rue à ce moment-là, ainsi que les invités d'une cérémonie de mariage. Le deuxième glissement a frappé tandis que les villageois secouraient les survivants – en creusant avec des pelles ou avec leurs propres mains. Les secouristes ont stoppé les recherches en raison du manque de machinerie lourde pour effectuer cette tâche massive. Mohammad Karim Khalili, l'un des deux vice-présidents de l'Afghanistan, est venu depuis Kaboul avec une poignée de ministres afin de présenter ses respects. Ces hommes regardent le ciel alors qu'un hélicoptère de l'Armée nationale afghane transportant le vice-président survole la catastrophe.

Andrew Quilty pour le New York Times

7 août 2015 : Des commerçants sont assis devant l'entrée de leur boutique après qu'un camion piégé a fait sauter les portes et les fenêtres. Quinze personnes ont été tuées et des centaines ont été blessées au cours de l'explosion survenue au début de la matinée à l'est de Kaboul. Deux autres attaques ont succédé à la première dans les 24 heures suivantes.

Andrew Quilty pour l'Australian Broadcasting Corporation

16 août 2015 : Un membre de la Police nationale afghane procède à la fouille des centaines de demandeurs de passeports afghans qui font la queue avant le lever du soleil. Il s'agit du seul bureau des passeports en Afghanistan, situé dans la capitale du pays, à Kaboul. Chaque jour, des milliers de passeports sont demandés et émis, car un nombre toujours croissant d'habitants tente de quitter le pays en raison de la détérioration de la sécurité et du manque de perspectives d'emploi.