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Un week-end à la Dragon Con

Même si j'apprécie le cosplay, je dois reconnaître que se prendre pour un cyborg est l'exact opposé d'une discussion sérieuse sur le futur de l'humanité.
2.12.11

Fatman et deux Robins noirs

Toutes les conventions de fans, qu’elles portent sur les bandes dessinées, l’animation, ou sur quoi que ce soit d’autre, trouvent leurs origines dans les conventions de science-fiction. Certains affirment que la première de ces petites sauteries a eu lieu en Octobre 1936, quand neufs fans de SF ont fait le voyage New York - Philadelphie pour visiter la maison de Milton A. Rothman, le physicien qui a fondé la « Société philadelphienne de Science Fiction ». D’autres (principalement des Britanniques) maintiennent que la première convention de science-fiction a eu lieu à Leeds, le 3 janvier 1937, et qu’elle avait attiré 20 fans, Arthur C. Clarke compris.

Dans les décennies qui ont suivi ces deux rencontres, les conventions de science-fiction se sont focalisées sur la littérature. Il y avait peu de distinction entre les fans et les célébrités. Les adorateurs de la première heure avaient compris que la véritable science-fiction est plus cérébrale et philosophique que ce que de nombreux connards le laissaient croire. Ils avaient aussi saisi que ce genre a normalement pour but de prédire le futur de la race humaine, en se basant sur les technologies, les politiques, les tendances et les attitudes d'un groupe de personnes à un moment t.

L’arrivée de Star Wars et son succès sans précédent ont transformé la vision que la plupart des gens se faisaient de la science-fiction. On est passés d’ « idées littéraires géniales » à des « lasers et plein de vaisseaux spatiaux qui font tiit tiit ». Ça a aussi changé la nature des conventions de science-fiction. Au fil des années 1980, elles ont cessé d’être des rencontres entre des esprits qui voulaient discuter du sens des choses et sont devenues des rassemblements d’illuminés souhaitant vivre dans un monde fantastique. Par exemple, le concours de costumes est aujourd'hui une institution dans les conventions SF mais, à l’époque, les gens ne se pavanaient pas déguisés toute la journée en cherchant d’autres « super-héros » avec lesquels ils pourraient baiser. Et même si j’apprécie le cosplay, je dois reconnaître que s’amuser à prétendre être un cyborg est l’antagonisme d’une discussion sur le futur de l’humanité. Mais OK, les deux sont marrants.

BAM ! BONK ! POW ! Ici Battyman et Bobbin’.

C'est pour ça que le mois dernier, je suis allé pour la première fois à la Dragon Con d’Atlanta, histoire de fêter entre nerds hystériques les 25 ans de la convention. La première édition remonte à 1987, date où elle avait vu le groupe de gamers « Dragon Alliance of Gamers » affronter des mecs fans de jeux de rôles bien pires qu'eux. Depuis les débuts de la Dragon Con, le nombre de participants n’a cessé d’augmenter. Il est passé de 400 à 40 00 ou 70 000 (en fonction de la personne qui te fournit les chiffres). Les festivités ont lieu dans un espace composé de six hôtels, non éloignés les uns des autres. Pendant la journée, les fans se promènent dans les halls remplis par les exposants et, le soir, leurs chambres d’hôtel accueillent des soirées de débauche géniales qui débordent jusque dans les rues.

J’avais prévu de glander un peu et de parler à tous les gens qui avaient l’air intéressants, ce qui me paraissait être un objectif facilement réalisable. La première personne avec laquelle j’ai discuté était une fille qui s’était fabriquée une robe à partir des programmes distribués à la convention. Puis on a été invités à une soirée « tout-sauf-des-fringues », avec un mec qui certifiait qu’on avait essayé de lui détruire le scrotum quelque part en Europe. Plus tard, on a traîné avec la 501ème Légion, une brigade de mecs habillés avec des costumes de Stormtrooper faits-main, on est allés à des soirées incroyables et on a fait plein de bénévolat.

J’ai aussi regardé un « concours de costumes de nanas de BD », qui avait pour juges un petit panel de célébrités, dont Jim Steranko, probablement plus connu pour ses boulots sur les BD de Nick Fury. Il portait un costard blanc qui s’accordait parfaitement à ses cheveux, encore plus blancs. Je crois que c’est l’un des mecs les plus cool que j’ai vus dans ma vie. Elvira était présente, dans un costume intégral, plus sexy que jamais. Voltaire, le mec qui joue de la musique genre « cabaret dramatique » que les steampunks adorent, était en charge de l’événement. Bien que la plupart de ses blagues « cochonnes » ne prennent pas sur moi, il a été capable de rester dynamique pendant une heure et a même osé se lancer dans une série d'improvisations humoristiques qui n'a fait rire personne.

On peut dire que j’étais un mec assez populaire à la Dragon Con, notamment parce que j’étais constamment suivi par une équipe de tournage. En plus, j’étais déguisé en cadavre de G.G. Allin, ce qui a probablement attiré l’attention des quelques punks présents. Un jour, on a eu des problèmes avec des membres du staff, qui nous ont demandés de « montrer la totalité des images enregistrées ce jour-là » à Pat Henry, le directeur de la convention. Les sous-fifres de Pat nous ont emmenés dans son repère et on a montré au Grand Patron ce qu’on avait filmé. Pour je ne sais quelle raison, je me suis mis à lui expliquer que la naïveté extrême et la sexualité agressive étaient des éléments fondamentaux de la convention. Pat m’a accusé d’avoir un but secret, mais il ne m’a pas expliqué pourquoi des centaines de participants étaient déguisés en icônes de notre enfance omnibulés par l’idée de secouer des femmes à moitié nues. Cette histoire est devenue encore plus troublante quand je suis rentré chez moi et que j’ai découvert qu’il y a 11 ans, Ed Kramer, le créateur de Dragon Con, avait été inculpé à plusieurs reprises pour attentat à la pudeur dans un parc pour enfants, dans le Comté de Gwinnett, Géorgie. Plus récemment encore, Kramer a été arrêté pour avoir mis une vie en danger, plus précisément celle d’un gamin de 14 ans avec lequel il partageait une chambre d’hôtel dans le Connecticut. Avant cet incident, Pat Henry a posté un message sur Facebook affirmant que Kramer n’avait plus aucun rapport avec la Dragon Con depuis 2000, époque de ses premières interpellations.

Des types en rut et des meufs à poil qu'on a croisés là-bas.

Cette expérience m’a fait réaliser l’ampleur qu’a pris le phénomène steampunk. Et c’est flippant, putain. Je vais dans de nombreuses conventions à travers les Etats-Unis, mais je n’ai jamais vu autant de steampunks réunis en un seul endroit. Bien que le nom soit un dérivé de « cyberpunk », sous-genre  de sous-genre de science-fiction, le steampunk est l’antithèse des punks connectés à l'année 1998 sur Gattaca. Au lieu de s’interroger sur le futur, ces mecs se posent encore des questions du genre « et si la vapeur remplaçait l’électricité ? », et se représentent le passé comme un endroit où tout le monde se déplace avec des dirigeables qui ressemblent à des bateaux-mouches et où les gens sont fringués comme des chasseurs de vampires. J’ai quand même rencontré quelques passionnés de ce mouvement (notamment un génie qui avait fait une version steampunk du fauteuil roulant du professeur X), mais dans l’ensemble, il semblerait que les ces gens là adulent une esthétique à laquelle ils ne connaissent rien. Pour notre dernier jour, on s’est rendus à un débat sur le steampunk 101. On est partis précipitamment quand l’animateur a déclaré vouloir expliquer l’idéologie du courant et qu’une femme s’est levée pour demander « C’est quoi une idéologie ? »

À la fin du voyage, j’ai fini par être un peu effrayé/dégoûté/fatigué par la culture nerd d'aujourd'hui. C'est devenu trop facile de se revendiquer nerf. Quand j’étais au lycée, personne ne voulait être identifié comme le « nerd ». C’était nul d’être l'outsider : ça signifiait avoir une existence misérable, n’avoir que soi-même comme ami, et essayer de comprendre le monde pendant ces longues heures de solitude de merde. Maintenant, les meufs les plus bonnes crient sur tous les toits leur amour pour Star Wars et les jeux vidéos avant de glousser et de reconnaître : « Oups, je suis tellement nerd ! »

Le statut d’outsider que représentait le fait d'être un nerd ou un fan de SF a disparu lorsque ces cultures ont été ingérées par la culture dominante. Le mainstream nie complètement ce que faire partie de l’une de ces deux catégories signifiait il y a encore peu de temps. Aujourd’hui, tout le monde est considéré comme « normal ». Ça signifie que, bientôt, tout va être médiocre et chiant. À part les steampunks. Ils seront toujours horribles.

NICHOLAS GAZIN