Sécheresse au Kenya

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Sécheresse au Kenya

Stefano de Luigi a photographié l'une des pires crises qu'a connue le pays cette dernière décennie.
10.3.15

Des femmes Turkana puisent de l'eau dans des forages creusés par l'homme dans le village de Kaitede, dans la région de Turkana. Cette photo de De Luigi a été sélectionnée pour la finale du Syngenta Photography Award dans la catégorie Open Competition.

Stefano De Luigi est un photographe originaire de Cologne. Dire de ses photos qu'elles sont bouleversantes seraient les sous-estimer : elles vous prennent à la gorge. En 1998, 2008 et 2010, son travail a été récompensé dans différentes catégories du World Press Photo. Ses images ont été publiées dans de nombreux magazines, notamment le New Yorker et le Time.

En 2009, il s'est rendu au Kenya pour documenter, au travers de plusieurs reportages, la sécheresse qui sévissait dans la région de Turkana, au nord-ouest du pays. « Cette tragédie, où des hommes et des animaux luttaient pour survivre, était cauchemardesque », se souvient Stefano, qui s'est servi de cette crise pour documenter plus généralement le changement climatique. « Il s'agit d'un futur auquel nous pourrions tous être confrontés si nous ne changeons pas profondément nos habitudes et si nous ne repensons pas le partage des richesses avec un plus grand sens des responsabilités. C'est, je crois, le triste message que porte ces images – un appel pour considérer un autre mode de vie respectueux de toutes les formes de vies sur Terre. »

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VICE : Pourquoi avez-vous voulu photographier la sécheresse au Kenya ?
Stefano De Luigi : À cette époque [2009], je travaillais sur le sujet des « pays fantômes », ces pays qui ne sont pas reconnus par la communauté internationale. J'étais en Somaliland. Les infos d'Al-Jazeera sur le Kenya faisaient état d'une situation de plus en plus dramatique et j'ai rapidement pris la décision de partir pour l'Ethiopie. De là, un ami journaliste et moi nous sommes fixés un itinéraire qui pourrait nous mener dans les régions les plus touchées. Nous avons travaillé avec de nombreuses ONG kenyanes. Leur aide a été remarquable et, grâce à elles, on a pu atteindre des régions vraiment isolées.

Vous vous attendiez à ce que cela ait un tel effet sur vous ?
Honnêtement et bien que, comme je l'ai dit, les infos étaient terribles, je ne m'attendais pas à voir ce dont j'ai été témoin. C'était une vision apocalyptique. Des hommes et des animaux luttaient pour leur survie. Un animal puissant comme un éléphant pouvait être réduit à la consistance d'un fruit sec, complètement vidé. C'est une image que je porte en moi à jamais.

Comment les locaux ont réagi à votre présence ?
L'aide humanitaire était concentrée autour de la ville de Lodwar, près du lac de Turkana, dans le nord-ouest du pays. Les autorités locales nous ont immédiatement aidé. Elles nous ont autorisé à nous déplacer en jeep et, après 12 heures de route, nous avons atteint les endroits les plus reculés, où la sécheresse frappait le plus fort. Des mois sans pluie avaient transformé cette région en un désert. Les populations locales étaient épuisées et se déplaçaient avec les antennes régionales des ONG. Leurs témoignages ne faisaient qu'accentuer le sentiment de catastrophe naturelle.

Vous avez discuté de la sécheresse avec les locaux ?
Évidemment. Nous avons parlé à beaucoup de gens pendant les 15 jours où nous étions là-bas. En voyageant dans le pays, nous avons collecté des témoignages de pasteurs, de femmes, de bûcherons, d'agronomes et de fermiers. Tous sans exception étaient bouleversés par la situation. Certains estimaient que le changement climatique était la cause de cette terrible sécheresse. Beaucoup étaient accablés par la perte de troupeaux entiers, comme ceux du parc naturel de Samburu, au centre du pays – où un nombre impressionnant d'éléphants, de girafes, de buffles, de rhinocéros et d'autres animaux qui font la renommée mondiale du Kenya sont morts. C'était une catastrophe à la fois humanitaire et écologique.

Cette expérience a-t-elle changé votre perception du changement climatique ?
Oui, il y a eu un avant et un après. Cette expérience, ces visions apocalyptiques que je porte depuis, ont influencé mes choix futurs. En 2011, j'ai travaillé sur la fonte des neiges en Antarctique en empruntant le passage du Nord-Ouest. En ce moment, je travaille sur un projet qui concerne la production massive de déchets non-dégradables et non-recyclables. D'une manière générale, depuis le Kenya, je suis bien plus sensible aux problématiques de la pollution, des eaux contaminées, de l'énergie propre et de la surexploitation des ressources. Pour un mode de vie plus responsable, nous devons essayer et être conscients de l'héritage que nous laissons aux générations futures. Nous ne pouvons pas continuer à vivre et consommer comme si nous étions les derniers hommes sur terre.

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