La Serbie d'aujourd'hui, après la guerre

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La Serbie d'aujourd'hui, après la guerre

Tombes dépouillées et hommes troublés : dans les Balkans, le sang n'a pas tout à fait disparu.
20.8.15

Juin 2008. Un parc d'attraction du centre de Pristina, Kosovo.

Cette série de photos est le résultat de six années passées à vivre et travailler dans les Balkans. C'est ma réponse personnelle à l'atmosphère pour le moins déroutante de la région. J'ai déménagé à Belgrade en février 2009 et y suis resté jusqu'à début 2015.

Là-bas, j'ai pris en photo une société qui à la fois reflète et fragilise les mythes du pays. La plupart de ceux-ci prennent racine dans un dicton complexe et contradictoire : « Seule l'unité sauve les Serbes. » Ce dernier était populaire pendant les nombreuses et fréquentes manipulations politiques ayant été utilisées à la suite de la désintégration de la Yougoslavie – et au cours de la guerre effroyable qui en a découlé. La Serbie doit encore gérer le stress post-traumatique né de ces années de violence. Le tout produit une sorte de confusion nationale qui touche à l'identité des Serbes en même temps qu'il leur offre une voie nouvelle et féconde dans laquelle s'engouffrer.

Je me suis concentré sur divers sujets au sein du paysage serbe, souvent étrangers aux réalités abordées par les politiciens locaux. Les jeunes sont élevés dans une atmosphère divisée et incertaine et je souhaitais capturer cet esprit ; je voulais que l'on puisse réfléchir aux questions posées par l'avènement d'une génération de jeunes gens qui dirigera bientôt les Balkans. Il est impossible d'analyser ou de comprendre un seul des événements survenus dans cette région sans considérer son Histoire. Ce qui m'intéresse, c'est d'explorer et de comprendre les sociétés balkaniques actuelles que la génération à venir étudiera en classe. Ce qui se passe maintenant dans les rues et les négociations politiques aura un impact profond sur la stabilité régionale dans le futur.

Il y a de nombreuses choses qui entretiennent un climat hostile – et parfois désespéré – en Serbie. Mais il y a aussi des choses qui montrent une possibilité de guérison et l'aperçu d'un futur lumineux que beaucoup ont entrevu au cours des années 2000. Il faut continuer de documenter et d'explorer prudemment la crise que connaît cette nouvelle démocratie, tandis que les champs de bataille des années 1990 sont encore dans les têtes. D'un point de vue personnel, j'ai ressenti une forme d'apathie alarmante de même qu'un refus de compassion parmi beaucoup de jeunes de la région. Avec ces photos, j'espère les défier directement en montrant une image différente des pays de l'ex-Yougoslavie et de l'Histoire dont tous vont hériter.

Février 2009. Nuit du premier anniversaire de l’indépendance vis-à-vis de la Serbie, les fameux merles noirs du Kosovo volent au-dessus de Mitrovica.

Mai 2011. Un jeune homme est arrêté dans un parc du centre de Belgrade à la suite d’une confrontation avec la police, quelques heures après la capture en Serbie du criminel de guerre Ratko Mladic.

Décembre 2010. De jeunes hommes prennent le tram à Belgrade.

Juillet 2009. Les familles des victimes de Srebenica se rassemblent au mémorial de Potocari afin d’enterrer les restes de leurs proches.

Février 2009. Des Kosovars célèbrent le premier anniversaire de l’indépendance du pays dans la rue Mère Thérésa, dans le centre de la capitale Pristina.

Novembre 2011. Une production artisanale de rajika dans le village de Trudelj, en Serbie.

Mai 2014. Un cimetière serbe orthodoxe inondé à Samac, en Bosnie-Herzégovine.

Janvier 2011. Un soldat serbe ivre pendant le réveillon du Jour de l’an, à Belgrade.

Août 2009. Un garçon du campement Stara Gazela joue tandis que les Roms attendent l’arrivée des représentants officiels qui délogeront leur camp, à Belgrade.

Août 2009. Un portrait de Jésus suspendu dans une maison du camp de Stara Gazela, à Belgrade.

Avril 2012. Une femme pleure tandis que des employés municipaux embarquent ses affaires pendant la destruction du camp de Belville dans le quartier Novi Beograd, à Belgrade.

Janvier 2011. Uros Popovic allume une cigarette à partir des braises d’un feu de joie de Noël, près de Velika Hoca au Kosovo.

Mars 2011. Une tombe détruite dans un cimetière serbe orthodoxe au sud de Mitrovica, zone contrôlée par l’Albanie.

Février 2010. Une cabane de pêche au centre de Belgrade, à la confluence de la Save et du Danube, surplombant la « grande île de la guerre ».