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Sports

Le tir à la cuillère : l’atrocité la plus efficace au sein de la NBA

Rick Barry était un grand joueur mais on se souviendra d'une seule chose : sa façon un peu particulière de tirer les lancers francs.
6.1.17
Imagen vía Youtube

On joue les dernières minutes d'un match décisif dans l'enceinte de l'Oakland Alameda Coliseum. Les locaux sont à l'attaque : jusqu'à ce match, leur saison est magnifique et les Golden State Warriors sont des candidats au titre suprême.

Alors qu'il ne reste que quelques secondes à jouer, une faute est sifflée sur une des stars des Warriors. Ça sera deux lancers francs. Le joueur prend place sur la ligne, attrape le ballon avec ses deux mains, le place entre ses deux jambes et lance le ballon du bas vers le haut en direction du panier

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Il marque.

Le basket est un sport en constante évolution. Stephen Curry, LeBron James et même le jeune LaMelo Ball nous l'ont récemment prouvé. Bon cette évolution et ce progrès ne concernent pas trop les lancers francs car les joueurs, pour la plupart, ont la même façon de shooter lorsqu'ils sont sur la ligne.

Cependant, bien avant Curry, il y a eu un précurseur dans les rangs des Warriors. Il s'appelait Rick Barry et il est encore, à ce jour, un des meilleurs tireurs de lancers francs de tous les temps. Malgré une carrière brillante, et un titre de champion avec les Warriors, ce mec du New Jersey n'a jamais eu la reconnaissance que certains de ses collègues ont eue.

Sa carrière a été marquée par un petit détail iconique : sa manière singulière de tirer les lancers francs. Quand il a pris sa retraite en 1980, il avait 90 % de réussite derrière la ligne, grâce à ce lancer particulier… à la cuillère.

« Est-il préférable de tirer en dessous ou au-dessus des épaules, s'interrogeait Red Auerbach dans un reportage diffusé sur NBA TV. La réponse est simple : faites ce qui vous convient le mieux. L'important est de mettre la balle dans le panier ». Les conseils du mythique coach des Boston Celtics ne semblent pas avoir été pris en compte, aussi bien par les anciens joueurs que par les stars naissantes de la NBA.

Des mecs comme Wilt Chamberlain, Chuck Hayes, Shaquille O'Neal et aujourd'hui DeAndre Jordan ou Andre Drummond n'ont jamais résolu leurs soucis aux lancers francs en optant pour la formule ''à la cuillère''. Seul l'homme aux 100 points a essayé cette technique à quelques reprises. Cependant, lorsque James Nainsmith a inventé le basket, tirer les lancers francs à la cuillère était la norme, sinon une méthode privilégiée par les joueurs.

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« C'est la seule partie du jeu qui est totalement cohérente, estimait Barry sur SB Nation. C'est toujours la même distance (4,60 mètres, ndlr) et les mêmes repères. C'est le seul moment où tu peux faire preuve d'égoïsme tout en aidant ton équipe ».

Jusqu'aux années 50, le tir à la cuillère était la méthode la plus efficace pour atteindre un objectif : marquer facilement des points. « Ce sont des points gratuits », a un jour plaisanté Mark Price, deuxième meilleur marqueur de l'histoire, derrière Steve Nash, avec 90,4 % de réussite derrière la ligne.

La bienséance veut que le fouetté du poignet soit le geste le plus efficace pour shooter. Cependant, lorsque vous regardez Dwight Howard ou DeAndré Jordan tirer un lancer franc vous vous dites que ce n'est pas une méthode qui convient à tout le monde, surtout pas aux big men.

Rick Barry a proposé ses services à plusieurs joueurs actuels. « Si LeBron me le demande, je lui apprendrais comment faire, explique le deuxième choix de la draft 1965. Je me demande comment on peut vivre si on n'est pas capable de rentrer quatre lancers francs sur cinq. Comment ces mecs-là peuvent-ils dormir sans faire de cauchemars en sachant qu'ils sont incapables de tirer à 80% ? ». LeBron James tourne cette saison à 67,8 % et il n'a en effet jamais dépassé les 80 % depuis le début de sa carrière.

En 2012, Barry a même conseillé à Dwight Howard, alors à Orlando, de suivre sa méthode. « Il est candidat pour les tirer à la cuillère, a-t-il expliqué à la chaîne FoxSports. C'est fou que quelqu'un qui tire aussi mal ses lancers ne saisisse pas l'opportunité de s'améliorer. Quand vous êtes aux lancers, c'est toujours la même chose. La même distance et personne pour défendre sur vous. Howard doit vraiment le faire [shooter à la cuillère]. Je l'ai regardé s'entraîner un jour et il a juste une mauvaise technique. Et on lui redonne la balle. Ça ne fait que renforcer ses mauvaises habitudes ».

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LeBron James et Dwight Howard ont dû apprécier ces remarques venant d'un Barry qui n'était pas apprécié lorsqu'il était joueur. « Vous ne trouverez pas un groupe de joueurs qui parlent de bons moments passées avec Rick », a confessé Ken Macker, le vice-président des Warriors de l'époque, dans un livre de Bill Simmons intitulé The Book of Basketball. Et cette (mauvaise) réputation a un peu terni les performances de Barry au cours de ses quatorze années de carrière. Car en plus d'être le spécialiste du lancer franc à la cuillère, il a été MVP du All Star Game en 1967 et champion NBA en 1975 avec les Warriors.

En plus d'être l'auteur d'un shoot en voie de disparition, Rick Barry légua au basket cinq enfants qui ont maintenu en vie ce prestigieux nom de famille. Trois d'entre eux ont foulé les parquets NBA (Brent, Jon et Drew) mais c'est Canyon, le dernier de la fratrie, qui semble décidé à faire perdurer la tradition familiale.

« Je pense que c'est une manière de montrer du respect envers mon père et, pour être honnête, d'être également meilleur sur la ligne des lancers francs », a commenté Canyon, aujourd'hui joueur des Florida Gators en NCAA. Le joueurs des Rockets de Houston Chinanu Onuaku utilise cette technique et il le faisait déjà lorsqu'il jouait à l'université aux Cardinals de Louisville.

Chinanu Onuaku sous le maillot de la sélection américaine. Image vía FIBA

Mais en NBA, peu de joueurs shootent leurs lancers francs à la cuillère. _« Moi non plus je ne comprends pas pourquoi ils n'essaient pas de faire comme moi_, a un jour commenté Rick Barry. _C'est gênant. Quand j'étais jeune mon père m'a dit d'essayer et j'ai répondu :_ "Papa, ce sont les filles qui shootent comme ça !". Les filles ne shootent plus comme ça aujourd'hui. Pourquoi ne pas vouloir essayer tout ce qui pourrait vous aider à vous améliorer dans ce que vous faites ? _»_. Preuve de sa mauvaise réputation, le dernier surnom de ce shoot et ''le tir de grand-mère''.

Et pourtant le lancer franc à la cuillère de Rick Barry pourrait sauver les pourcentages de nombreux joueurs de la ligue nord-américaine. On pense à Andre Drummond qui tourne cette saison à 44, 4% de moyenne derrière la ligne ou encore a DeAndre Jordan qui culmine à 53 %. Les gars si vous nous lisez…