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16 trucs de 2015 que l’on espère voir mourir en 2016

Segways, politiquement correct, robe multicolore et Ice Bucket Challenge : 2015 doit disparaître à jamais.
23.12.15

Photo via Flickr.

Je n'ai pas envie d'écrire sur 2015. En fait je préférerais jeter mon calendrier à la poubelle et passer directement à la suite. Cette année restera dans les annales comme un épisode crasseux, prodigue en crises et en bêtise humaine. Faire un article sur le sujet équivaut à se retrouver dans une toute petite pièce avec un certain nombre d'éléphants dépressifs, à commencer par la menace du Grexit, complètement disparue des radars au profit de la crise migratoire, elle-même occultée en partie par les attaques terroristes qui demeurent à ce jour un sujet de prédilection – le tout entre deux portraits de la famille Le Pen. 2015 était triste à ce point.

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Après s'être improvisés politologues des réseaux sociaux, après avoir fourré nos têtes dans toutes sortes de sables, de poudres ou de liquides fermentés, et après avoir montré de quoi nous étions capables à coup de slogans gentillets ou de happenings inutiles, il ne reste plus grand-chose de stupide à tenter pour se réconforter. La vie continue et une question se pose : si je ne peux pas aller au Nigeria pour combattre Boko Haram en balançant des bouquins de Rousseau dans la margoulette de ses disciples, que puis-je faire pour 2016 ?

Voici donc une liste de ces tendances qui nous invitent à, de nos petites mains, saisir le cours des choses pour le ployer implacablement.

1. LE RETOUR DU TOUT SOLENNEL
Cette année fut un grand cru pour les littéralistes de tous bords. Second degré, double sens et autodérision se sont fait massivement piétiner dans tout l'Hexagone par des armadas de gens pointilleux, sous prétexte que des innocents se font tuer par pur plaisir sadique et qu'en effet c'est triste. Exemples : la Tour Eiffel en forme de signe Peace & Love pour le 13-novembre, la crise des migrants en Europe via la photo de ce pauvre enfant noyé, Riss obligé de se fendre d'un « dessin de presse pour les nuls », les chaînes humaines à Baltimore, la paix en Ukraine, Ebola, l'importance d'aller voter, etc, toujours, toujours plus, encore. Certes, ce sont des sujets qui valent la peine d'être abordés. Mais pourquoi le faire avec cet air adulte, impliqué et gonflé d'importance genre « laissez-moi vous délivrer ce message ». Ces thuriféraires du sérieux sont devenus le rap conscient d'Internet.

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2. LES TRIANGLES AMOUREUX DANS LE CINÉMA FRANÇAIS
Il y avait eu 3 cœurs l'année dernière et c'était déjà infernal. Puis il y a eu À trois on y va, puis Les Deux amis , puis L'Art de la fugue et enfin Caprice, soit quatre bonnes nouvelles raisons de se foutre de la gueule de notre pays, qui a inventé le cinéma. Le cinéma français revisite le cinéma français qui revisite Jules et Jim, rien de nouveau sous le soleil de Paris, ville lumière. Des bourgeois paumés rencontrent d'autres bourgeois paumés sur quelques notes de piano entrecoupées de longs silences, tout le monde parle très doucement pour dire des choses mystérieuses et Mélanie Laurent s'allonge délicatement sur un lit, l'air triste, pendant que le CNC creuse son propre trou et que les spectateurs se barrent de la salle.

3. LES BALADES EN SEGWAY
Voici la seule manière acceptable de se déplacer debout quand vous êtes un putain d'être humain : marcher à 7 km/h. Et en être insatisfait.

Photo via Flickr.

4. LE BELFIE-STICK
Prendre une photo de ses propres fesses est un art délicat. C'est pourquoi un individu entreprenant a pris la liberté d'anticiper toutes les frustrations qui pourraient s'ensuivre et a mis au point le Belfie-stick avant d'en faire immédiatement un site. Il a eu la délicatesse de consulter 10 000 experts en selfie pour parachever sa théorie et faire en sorte que le monde ne crée plus de sens, à tout prix, jamais.

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5. LES HASHTAGS AMBITIEUX
Les hashtags étaient initialement un marqueur de métadonnées, soit un innocent outil de classification. À quel moment ces intercalaires virtuels sont-ils devenus une dangereuse arme mise au service de diverses formes de terrorismes (vaguement) intellectuels et une pente savonneuse nous menant tout droit vers l'abîme de la novlangue ? Typiquement : #ThisIsNotTheEndOfOneDirection. Ou, plus sérieusement :#Libéracisme. L'article de Luc leVaillant, cristallisation des fantasmes post-13 novembre était certes gratiné, mais il avait le mérite de dire honnêtement une chose : les gens sont paumés. Le malaise existe. Refuser de prendre un minimum de distance par rapport à un texte comme celui-ci, le lyncher comme on l'a fait contribue à verrouiller davantage une situation déjà très tendue.

6. LES YAKA
Le yaka – ou « y'a qu'à » – se pratique essentiellement sur les réseaux sociaux, bien qu'on le retrouve également en soirée ou aux repas de famille. Le yaka est une réponse creuse, instantanée et définitive à un problème profondément complexe, tel que : « yaka envoyer l'armée », « yaka faire la guerre à Daech » ou « yaka ne rien faire du tout et laisser Tariq Ramadan raconter des conneries. » Il a la particularité d'épuiser non pas celui qui le pratique mais plutôt celui qui le subit, surtout quand il est assorti de l'usuel « célafota ».

7. LES ENFOIRÉS QUI ABANDONNENT LEURS COCHONS NAINS
Le nombre de cochons nains abandonnés récupérés par l'association GroinGroin a presque doublé entre 2014 et 2015. Pourquoi ? Parce que les bébés cochons nains – issus de croisements réalisés à partir de plusieurs espèces asiatiques – sont incroyablement mignons. Mais peu de gens savent que l'animal n'atteint sa taille adulte qu'au bout de trois ans, qu'il arrive alors aux genoux de son propriétaire et qu'il pèse entre 50 et 80 kg. Un cochon est un animal extrêmement intelligent et affectueux qui peut se laisser mourir s'il est séparé de la personne qui s'en occupe. Renseignez-vous avant de devenir Staline.

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8. TRANSFORMER LES SDF EN BORNES WIFI
Si vous vous demandiez où se cachaient les pires personnes sur Terre, elles sont sans doute terrées quelque part à Prague parmi l'association Wifi4life.

9. LA POLÉMIQUE DE LA ROBE INFERNALE
Il est rassurant de constater que beaucoup de gens sont encore capables de se mobiliser autour de questions essentielles telles que : la couleur d'une robe. Fin février, le hashtag #LaRobeEst est arrivé à la rescousse des brebis égarées, et nous a rappelé que non, le monde n'était pas peuplé que de gens comme nous à l'intérieur et différents à l'extérieur, mais bien de personnes à part, susceptibles de voir les choses autrement sans que nous soyons en mesure d'y comprendre quoi que ce soit. Le plus irritant dans l'histoire demeure les conclusions que les scientifiques en ont tirées, genre : « ceux qui la voient blanche font davantage travailler leur cerveau » – ici l'auteure de cet article, vexée, est à deux doigts d'atteindre le point Godwin. Slate en a rajouté une couche récemment en expliquant que ceux qui trouvaient ce cercle louche étaient « probablement de droite ». Quand on reparlera de 2015 dans 30 ans, il faudra le définir comme ayant été un croisement inattendu entre Idiocracy et 1984.

Photo via Flickr.

10. L'HORREUR DES #CHALLENGES
Le Ice Bucket Challenge a repris cette année. Des gens se balancent donc des seaux d'eaux glacés dans la figure, tout le monde hurle et on suit Benedict Cumberbatch sous la douche pour une maladie dont personne ne connaît le nom. Ah si, la maladie de Charcot. 2015 fut aussi l'année du Run the Gauntlet Challenge qui consistait à tester ses limites en s'enfilant à la chaîne toutes les vidéos les plus répugnantes d'internet. Le RTG lui, n'a en revanche pas fait semblant de servir à quelque chose, il s'agissait d'une initiative tout à fait gratuite. Le Egg Smash Dare, de son côté, possédait un objectif défini : « résister à la violence extrémiste ». Parce qu'au cas où vous en douteriez, ces gens réfléchissent et sont conscients de leur impact sur leurs semblables et le monde en général, cf. argument numéro 1.

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11. LES DISCOURS À PROPOS DE L'ARRIVÉE DE LA GÉNÉRATION Y SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL
Un vent de panique souffle sur les entreprises : une nouvelle espèce est en train de débarquer au bureau. Ils sont jeunes. Ils sont connectés. On se renseigne. Ils semblent apprécier les open spaces. Ils sont très énervés dès que l'on prononce le mot hiérarchie. Le DRH Europe de L'Oréal François de Wazières, interrogé par L'Express à propos de la génération Y, en est arrivé à cette déroutante conclusion : « ces jeunes salariés sont en QUÊTE DE SENS, ils ont besoin de comprendre pourquoi on leur demande d'effectuer TELLE OU TELLE MISSION. » Au cas où vous vous poseriez la question, oui, ils parlent de vous.

12. L'OPPORTUNISME DÉBRIDÉ
Une pensée émue pour le shooting photo de Norbert Baksa sur le thème des réfugiés. Un peu comme le fondateur de wifi4life, son compatriote – qui expliquait avoir choisi les SDF pour son projet pour la bonne et simple raison qu' « ils vivent dans la rue et n'ont rien à faire » – Norbert Naksa joue la carte du pragmatisme et affirme que loin de vouloir glamouriser la situation sensible desdits réfugiés, il cherchait plutôt à « attirer l'attention sur le problème et […] faire en sorte que les gens y pensent ». Dans le même ordre d'idées, on retrouve l'impressionnant phénomène de marchandisation du deuil, qui a instantanément suivi les attaques terroristes et dont nous avions parlé ici.

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13. LES « STANSMITHOPHOBES »
C'est quoi votre putain de problème ? Vous avez déclaré la guerre à des chaussures.

14. LE « FRECK YOURSELF »
Dans les années 1930, des Blancs se grimaient en Noirs pour « rire ». Avec le développement de la chirurgie esthétique, des femmes Sud-Coréennes ont été en mesure de se débrider les yeux afin de « s'occidentaliser ». En 2015, des génies ont lancé un kit de tâches de rousseurs applicables sous forme de patchs pour « devenir roux » – et n'ont, à ce jour, toujours pas recueilli les fonds nécessaires.

15. LES EXTRÉMISTES DÉCÉRÉBRÉS
Il y en a à droite qui hurlent qu'on ne fait pas assez, il y en a à gauche qui hurlent dès qu'on fait quelque chose, il y en a au-delà de la droite ou de la gauche qui vous butent dans des cafés, il y en a chez nous parce que c'est aussi chez eux, il y en a ailleurs également parce que c'est comme ça. Les cons sont partout et nulle part à la fois, la sociologie ne peut absolument pas nous aider en la matière, on ne peut que les identifier au cas par cas. On ne peut pas bouter tous les cons hors du globe terrestre. On peut décider de ne pas leur donner notre haine, et c'est bien gracieux, mais personnellement je n'hésiterai pas à leur accorder la mienne.

16. LES ARTICLES SOUS FORME DE LISTE
Ouais franchement, ça craint.

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