Sports

Clémence Schreiber, la comédienne qui est aussi combattante MMA

Des planches jusqu'à l'octogone, l'Alsacienne mène un double vie qu'elle a accepté d'évoquer pour VICE Sports.
15.12.16
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À 35 ans, Clémence Schreiber a déjà un beau CV. Depuis plus de 10 ans, elle trace sa route sur les planches des théâtres de la capitale parisienne et de toute la France. Les amateurs ont notamment pu la voir dans le succès "Arrête de pleurer Pénélope". Mais l'Alsacienne a une seconde vie, une autre passion : les arts martiaux. En 2016, elle a disputé trois combats de MMA : deux défaites – contre Maria Casanova et Kerry Hughes – et une victoire, le 30 septembre contre Anastasiya Rybalochko.

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Sportive dans l'âme, elle a commencé par l'escrime, puis la boxe pieds poings et, depuis 4 ans, le MMA. Passionnée par la discipline, Clémence s'entraîne quasiment tous les jours avec un seul objectif en tête : gagner. En France, le sport est seulement toléré. On y préfère le Pancrace. La cage est remplacée par le ring, les coups au sol sont interdits. Avide de changements, elle rêve de voir le MMA enfin reconnu. Pour le moment, elle jongle entre sa carrière de comédienne et de combattante.

VICE Sports : Clémence, comment en es-tu venue au MMA ?
Clémence Schreiber : C'est un hasard. Je faisais un peu de sport de combat, notamment de la boxe française. J'ai rencontré un ami qui pratiquait le MMA avec son association et quelques passionnés. Nous étions au MacDo et nous mangions une glace. À la fin, je lui ai dit que je devrais me dépenser pour éliminer tout ça (rires). Et donc, il m'a invité. À l'époque, je ne connaissais pas toutes les spécificités de ce sport. C'était comme du chinois. J'ai trouvé ça très ludique.

Et donc, tu as accroché direct ?
Dès la première séance, j'ai apprécié. Et je pensais que cet ami était un peu fou. Neuf mois après mes débuts, je me suis retrouvée à disputer les championnats du monde amateurs à Belgrade, en Serbie. Pour moi, c'était vraiment une première. Ce fut une belle expérience. Grâce à cela, j'ai attrapé le goût de la compétition.

A quelle fréquence t'entraînes-tu ?
Tous les jours, sauf le dimanche, sous la houlette de mon coach Loïc.

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Plus jeune, tu as fait de l'escrime. Tu as la caractéristique d'être rapide dans une cage. Penses-tu que c'est lié ?
Il est vrai qu'il y a le côté félin dans les deux sports, nous lançons l'attaque. Je me souviens lorsque j'ai commencé la boxe anglaise, on me reprochait d'avoir les jambes bien trop écartées, comme en escrime. En MMA, c'est moins dérangeant. Les deux disciplines ressemblent au jeu du "chat" quand tu es enfant. Sauf qu'on met des coups et ça fait mal. Le MMA m'a permis de connaître mon corps.

Le MMA en France n'est pas interdit mais seulement toléré. Quel est ton avis ?
Tout ce petit monde est en perpétuelle évolution. Dans le reportage de 66 minutes sur M6 (dans lequel Clémence est une tête d'affiche, ndlr), ils n'ont pas pris l'angle du sensationnel. Ils sont à l'affût, c'est certain, les combattants doivent montrer l'exemple. Cette idée touche tous les sports de combat. Nous devons être irréprochables. Comme plein de choses en France, nous sommes en retard concernant la discipline. Pour de fausses raisons. Il y a beaucoup d'hypocrisie et les intérêts de chacun sont mis en exergue au détriment de ceux des sportifs. L'argent va dans les poches des bureaucrates. Tout est politique. Le MMA n'est pas plus dangereux qu'un autre sport de combat, voire moins. La boxe anglaise est bien plus dangereuse, car tous les coups sont portés à la tête.

Vu que nous parlons développement, comment se déroule la féminisation de la discipline ?
Le MMA féminin est en bonne voie. La pratique "loisirs" se développe beaucoup. Depuis que je pratique la discipline, j'ai l'impression de voir le nombre de filles se multiplier. Elles sont motivées pour en débattre. Elles veulent faire de la compétition.

Nous parlions de MMA et de sa vision en France. Au contraire, le pancrace est autorisé. Quelle est la différence ?
C'est autorisé en France durant les galas professionnels au contraire du MMA. C'est le même sport sans la possibilité de mettre des coups au sol. De plus, les combats se déroulent dans un ring et non une cage.

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C'est déstabilisant ?
Lorsque nous combattons à l'étranger, c'est déstabilisant. En France, nous pratiquons le pancrace. D'un coup, tu fais du MMA et dans le cerveau, il faut switcher. En pancrace, nous n'allons pas avoir la même agressivité. En MMA, c'est rapide, tu n'as pas le temps de réfléchir.

Tu combats souvent à l'étranger ?
Au mois de mars 2016, j'ai combattu en Suisse. En juillet, en Angleterre. Dorénavant, j'ai envie de multiplier les voyages pour favoriser le MMA. En pancrace, nous ne sommes pas payées (sourire jaune). Ça n'a pas d'intérêt surtout que l'investissement est le même. Je ne demande pas de gagner ma vie, mais au moins d'avoir un petit billet. Les gens payent leur place… On se demande où passe l'argent.

Tu me parlais de connaissance de ton corps vis-à-vis du MMA. Tu es comédienne professionnelle et spécifiquement au théâtre. Est-ce que ça t'a apporté un plus dans ton jeu ?
Cela apporte une certaine confiance et ça aide à te centrer. Le sport est un moyen parfait pour se connaître soi-même et c'est une règle de base lorsque tu es comédien. Ce métier a un rapport avec l'intime et l'intuition. Ça aide pour le jeu de comédien.

Tes camarades de jeu sont-ils au courant de cette "double vie" ?
La plupart du temps, ils sont au courant car cela prend beaucoup de temps. Je ne disparais pas sans rien dire (rires). Il m'est arrivé d'avoir quelques bleus sur les jambes. Les autres le découvrent plus tard.

Dans une autre ITW, tu disais que ça peut être un plus pour avoir des rôles dans des films d'action.
Il n'y a pas longtemps, j'ai tourné dans un clip de heavy metal réalisé par les étudiants de l'ESEC (une école de cinéma à Paris, ndlr) en tant que combattante MMA (Breaking Fate Down-The Beast). Nous étions deux avec la cascadeuse et ce fut une super expérience. A l'avenir, j'aimerais avoir des rôles d'action dans le milieu du cinéma mais ça me semble difficile. Je n'ai pas le réseau. En France, c'est compliqué.

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En parlant de cinéma, Ronda Rousey a joué dernièrement son rôle dans le film Entourage, tiré de la série. Que penses-tu des stars féminines de la discipline ?
Ronda Rousey et Miesha Tate sont sur une autre planète. Aux Etats-Unis, les moyens ne sont pas les mêmes, la première joue avec son image. En tout cas, elles sont respectables. Elles cartonnent dans leur domaine et je regarde leurs combats sur Internet, néanmoins, je ne veille pas la nuit pour suivre l'UFC. Mais c'est évident que je m'inspire des meilleurs comme Rousey et Tate. C'est primordial.

Quelles sont tes qualités ?
La vitesse, je pense aussi que je frappe assez fort. J'ai une bonne droite. Je peux clairement faire peur. J'ai de la force pour mon poids. Je combats en moins de 57 kg ou en moins de 61.

Comment se déroule ton entrainement ? Tu as des sparring-partners féminins ?
Je m'entraîne avec ce que j'ai (rires). J'essaye toujours de combattre avec des gens qui font mon poids ou qui ne sont pas trop lourds. Quand je m'entraîne avec des combattants plus lourds, il faut qu'ils aient un très bon niveau. C'est dangereux de combattre avec des gens plus lourds qui n'ont pas un bon niveau. C'est clairement un risque de blessure. Avant, je ne faisais pas attention. J'avais – peut-être – quelque chose à me prouver.

De quelle manière s'articule ton entrainement ?
Chaque semaine, nous essayons de faire un fractionné afin d'augmenter le cardio. Il y a une séance préparation physique pendant laquelle nous travaillons la force ou la vitesse, par exemple. Enfin, il y a des séances plus spécifiques : boxe, grappling, jiu-jitsu brésilien. Chaque semaine, nous essayons d'avoir un programme complet.

Nous parlons de physique. Il ne faut pas occulter l'aspect psychologique. Quelle est ta préparation dans ce domaine ?
Le mental est primordial. C'est la raison pour laquelle je pratique ce sport. Je cherche des choses à faire évoluer dans le bon sens. Avant, je ne m'autorisais pas la réussite, puis j'ai lu le livre Champions dans la tête de François Ducasse et cela m'a débloqué à plusieurs niveaux. À chaque échéance, je dois travailler à nouveau. Je dois me dire que je suis légitime, que je peux gagner et que je peux me faire plaisir.