Publicité
FRANCE

Les policiers de la BAC patrouilleront désormais avec un fusil d’assaut militaire

À partir de ce lundi, des policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC) vont pouvoir patrouiller avec des fusils d’assaut et des protections jusqu’ici réservées aux forces spéciales pour réagir, entre autres, en cas d’attaques terroristes.

par Pierre-Louis Caron
29 Février 2016, 3:55pm

Image via Wikimedia Commons / Sgt. Teddy Wad

Ils étaient deux policiers de la BAC (Brigade anti-criminalité), parmi les premiers à intervenir au Bataclan le soir des attaques du 13 novembre 2015, alors que cette salle de concert était attaquée par trois terroristes se revendiquant de l'organisation terroriste État Islamique (EI).

Le commissaire et son chauffeur s'étaient brièvement retrouvés face aux terroristes, tuant l'un d'entre eux d'un tir de pistolet. Équipés d'armes légères et d'un gilet pare-balles classique, ils avaient finalement dû battre en retraite face aux rafales de fusil d'assaut dont étaient équipés les terroristes.

Ce rapport de force très inégal, déjà observé lors de l'attaque contre le journal Charlie Hebdo en janvier 2015, le ministère de l'Intérieur français entend le corriger dès ce lundi, en équipant de nombreux agents de la BAC d'armes lourdes et de moyens de protection renforcée, jusqu'ici réservés aux forces d'intervention spéciales. 

Fusils d'assaut, boucliers balistiques, gilets plus épais, casques à visière pare-balles : le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a présenté ce lundi à la Préfecture de police de Paris ces nouveaux équipements promis depuis plusieurs mois.

« D'ici la fin du mois de février, et au plus tard au début du mois de mars, 204 de ces pistolets-mitrailleurs auront été livrés dans les BAC de l'agglomération parisienne », a annoncé le ministre de l'Intérieur aux cadres de la police parisienne présents dans la salle.

Lancées en 1994 pour lutter contre les violences urbaines, les BAC sont désormais intégrées à la lutte contre le terrorisme, qualifié de « forme spécifique de criminalité organisée » par Bernard Cazeneuve ce lundi.

Fusil de l'armée allemande

Le fusil d'assaut distribué aux BAC de France est un modèle G36 du fabricant allemand Heckler & Koch. Déjà utilisée par la brigade d'intervention spéciale de la Police nationale (GIPN), cette arme de guerre tire jusqu'à 750 coups par minute et atteindrait une portée de 500 mètres. Elle pourrait transpercer des gilets pare-balles lourds comme ceux que portaient par exemple les frères Kouachi, auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo.

Une vidéo de test du HK G36

D'après Bernard Cazeneuve, chaque « équipage » de patrouille de la BAC disposera donc dans les prochains mois d'un fusil HK-G36, et ce dans toute la France. Les casques blindés seront quant à eux fournis à tous les agents de ces brigades.

Cette dotation en matériel lourd — dont le coût n'a pas été communiqué — fait partie du « Plan BAC-PSIG 2016 », un vaste projet de recrutement et d'amélioration des équipements de la police qui avait été dévoilé le 30 octobre dernier par Bernard Cazeneuve, avant les attentats du 13 novembre.

« Il n'y a qu'une seule autorité légitime […], celle de l'État. Là où cette autorité est contestée, dans les quartiers et les territoires où elle a pu sembler en recul, la République reprend ses droits », avait alors déclaré le ministre de l'Intérieur.

Le HK-G36 avait été testé en 2005 par un journaliste du magazine spécialisé Tireurs, qui décrivait cette arme comme un fusil léger et très fiable, fonctionnant à merveille dans « des zones désertiques où le soleil et la chaleur écrasent les hommes et le matériel ».

Un avis nuancé semble-t-il par l'expérience de l'armée allemande, qui pourrait se séparer de ce modèle. Des soldats se sont plaints d'une version du G36 tirant de travers lorsqu'ils surchauffent.

Outre les armes et protections présentées ce lundi, les agents de la BAC devraient très bientôt bénéficier de nouveaux véhicules équipés d'un « coffre sécurisé » où seront stockés les fusils HK-G36. Les agents de la BAC pourront également compter avec plus d'un millier de nouveaux fonctionnaires de police, qui devraient être recrutés durant l'année 2016.

Coopération et déploiement de « supergendarmes »

Rien que pour son volet matériel, ce plan de renforcement devrait coûter plus de 43 millions d'euros à l'État français, un chiffre auquel s'ajoutent les nombreux recrutements et les coûts de formation du personnel.

Bernard Cazeneuve a annoncé que plus de 550 gendarmes seraient recrutés en 2016, afin d'accompagner les pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) qui quadrilleront la France, avec pour mission de répondre aux risques d'attentat terroriste en région.

« Ce déploiement va bientôt débuter, et devrait se poursuivre tout au long de l'année 2016 », nous a indiqué un porte-parole de la Gendarmerie nationale ce lundi matin, tout en précisant « qu'aucun autre détail » ne serait communiqué à ce sujet.

D'après des informations avancées par Le Figaro, ces « supergendarmes » lourdement armés seraient capables d'intervenir n'importe où sur le territoire français, et ce « en moins de 20 minutes ». Face à une situation de crise, leur présence pourrait contenir les terroristes dans l'attente des brigades d'élite du RAID ou de la BRI.

Avant de terminer son discours ce lundi matin, Bernard Cazeneuve a annoncé qu'un plan de coordination de ces brigades d'intervention était par ailleurs en cours d'élaboration. « Il en va tout simplement de la sécurité de la France », a-t-il conclu.

Réagissant aux attaques terroristes subies ou déjouées de l'année 2015, le gouvernement français a considérablement modifié les règles encadrant le travail des forces de l'ordre.

Sur demande des syndicats, les policiers sont actuellement autorisés à porter leurs armes de service en dehors de leurs heures de travail, tant que l'état d'urgence sera en vigueur. Un décret ministériel datant d'avril 2015 autorise par ailleurs des agents de police municipale à utiliser — à titre expérimental — des revolvers chambrés pour le calibre 357 magnums.

À lire : Les policiers canadiens ressemblent de plus en plus à des militaires


Suivez Pierre-Louis Caron sur Twitter : @pierrelouis_c

Suivez VICE News sur Twitter : @vicenewsFR

Likez la page de VICE News sur Facebook : VICE News FR

Image via Wikimedia Commons / Sgt. Teddy Wad