Deux soldats français soupçonnés d’attouchements sexuels sur mineurs au Burkina Faso

Une enquête a été ouverte ce mardi par le Parquet de Paris. Le Ministère de la Défense a annoncé avoir suspendu les deux suspects. C’est la deuxième fois en 3 mois que des membres de l’armée française sont soupçonnés de tels faits.

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01 Juillet 2015, 12:10pm

Des soldats de la mission Barkhane. Image via Etat-major des armées / armée de Terre

Deux militaires français, déployés au Burkina Faso, sont soupçonnés de s'être rendus coupables « d'actes à connotation sexuelle sur deux enfants, » a déclaré à l'AFP le Ministère de la Défense français, ce mardi soir. Des forces françaises sont présentes dans la région dans le cadre de l'opération Barkhane au Sahel.

Les attouchements auraient eu lieu dans la journée de ce lundi, selon l'AFP. Mis au courant, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé, toujours à l'AFP, avoir saisi la justice française et suspendu les deux soldats incriminés — alors qu'ils sont encore simplement suspects. Le Ministère de la Défense a fait savoir que « L'armée se montrerait implacable à l'égard des deux personnes concernées, » si les faits étaient avérés.

Fin avril, le Guardian avait révélé une affaire semblable. Des militaires français basés en République de Centrafrique (RCA) étaient soupçonnés d'avoir commis des abus sexuels sur des mineurs à Bangui, la capitale de RCA. Le Ministère de la Défense avait choisi, à l'époque, de rester discret et de ne pas rendre publique l'enquête. Ce mardi, le ministère a choisi une autre stratégie : suspension immédiate des deux suspects et transparence affichée sur l'enquête.

À lire : Un rapport confidentiel de l'ONU mettrait en cause des soldats français dans une affaire de violences sexuelle sur mineurs en Centrafrique

Le Parquet de Paris, contacté par le journal Le Monde, a confirmé avoir ouvert une enquête, ce mardi soir, portant sur des « soupçons d'agressions sexuelles sur mineurs par des soldats français » en mission au Burkina Faso, dit le journal. L'enquête a été confiée aux prévôts de la gendarmerie, comme il est de coutume pour les investigations sur des militaires français engagés sur des théâtres d'opérations extérieures. Les gendarmes chargés de l'enquête arriveront dès ce mercredi sur place — depuis le Niger, un pays frontalier du Burkina Faso, où sont aussi présents des militaires de l'opération Barkhane.

Lancée en août 2014, Barkhane est une opération militaire française qui couvre 5 pays de la région du Sahel (la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso) et qui doit assurer la sécurité de la zone face à la menace posée par des groupes armés terroristes qui sillonnent la région. Barkhane est à la fois une extension et la suite de l'opération française Serval, déclenchée au Mali en 2013, pour repousser des groupes islamistes qui cherchaient à prendre le contrôle du nord du pays. Aujourd'hui, ce sont près de 3 000 soldats français qui sont engagés dans Barkhane — dont 220 stationnés au Burkina Faso.

Un haut responsable de la gendarmerie burkinabè, interrogé par l'AFP, a donné quelques précisions sur l'avancée de l'enquête burkinabè suite aux révélations de ce mardi. Il confie qu'une des deux victimes est une fillette de 5 ans, dont les parents étaient des « amis » des soldats soupçonnés. Un des militaires aurait filmé son camarade alors qu'il effectuait des attouchements sur l'enfant, d'après ce témoignage rapporté par l'AFP.

Le gendarme explique ensuite que les deux militaires français auraient alors « oublié la caméra » chez les parents de la fillette. La mère de la mineure est française et son père burkinabè. Ce dernier aurait alors regardé les images et immédiatement contacté l'Ambassade de France à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. La justice burkinabè a alors été saisie par l'intermédiaire de l'ambassade.

Contactées par VICE News ce mercredi matin à propos de ces premières informations sur l'enquête, les autorités du Burkina Faso n'ont pas souhaité nous répondre pour le moment.

C'est la deuxième fois en trois mois que l'armée française se trouve inquiétée par des affaires de soupçons de pédophilie. Fin avril, le quotidien britannique, The Guardian, avait révélé que 14 soldats français étaient soupçonnés d'avoir abusé sexuellement d'enfants dans la capitale de la République centrafricaine, Bangui.

La gestion de cette affaire avait été différente de celle révélée ce mardi.

Première chose, le Ministère de la Défense avait choisi la discrétion. Si le Parquet de Paris avait été saisi (par le Ministère de la Défense) fin juillet 2014, il avait fallu attendre près d'un an pour que l'affaire soit rendue publique. Le 29 avril 2015, Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat des Nations Unies à l'époque, avait révélé au Guardian l'existence d'un rapport confidentiel de l'ONU intitulé « Abus sexuels sur des enfants par les forces armées internationales ». On y apprenait qu'entre décembre 2013 et juin 2014, des militaires français auraient abusé d'enfants, à proximité de l'aéroport de Bangui, en échange de nourriture.

La France s'était engagée en RCA en décembre 2013 pour rétablir la stabilité, apporter la sécurité et protéger les populations locales, alors qu'un conflit interreligieux commençait à naître entre musulmans et chrétiens. Depuis début juin, la France a commencé son désengagement en RCA — ils seront 900 le 1er juillet, contre 2 000 au début de l'opération de maintien de la paix.

Deuxième chose, contrairement aux deux soldats de l'affaire de ce mardi, les militaires basés en RCA n'avaient pas été suspendus— au titre de la présomption d'innocence. À l'époque, le général Jean-Pierre Bosser — le chef d'état-major de l'armée de terre — avait pointé l'importance de cette présomption d'innocence en déplorant, suite aux révélations du Guardian, que « Tous nos soldats sont assimilés à des violeurs d'enfants. »

Le Burkina Faso est actuellement en pleine campagne présidentielle et les élections devraient avoir lieu le 11 octobre 2015. En octobre 2014, le président Blaise Compaoré — qui était au pouvoir depuis 1987 — avait été poussé à la démission par d'importants mouvements populaires. VICE News était sur place lors de la chute du président burkinabé. Un organe de transition est aujourd'hui en charge de l'exécutif et du législatif, pour une durée de 12 mois, jusqu'aux présidentielles d'octobre.

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Regardez le documentaire - La chute de Compaoré

Des soldats de la mission Barkhane. Image via Etat-major des armées / armée de Terre