Australie rurale
Toutes les photos sont de Wouter Van de Voorde
Photo

Les coins isolés et solitaires de l'Australie semi-rurale

Wouter Van de Voorde photographie ces villes que l’on traverse sans jamais s’y arrêter.
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
7.3.19

Cet article a été traduit par VICE France.

Depuis plus de 10 ans, le photographe et artiste plasticien Wouter Van de Voorde documente la région rurale de la Nouvelle-Galles du Sud et du Territoire de la capitale australienne (« Australian Capital Territory » en anglais, abrégé en ACT). Arrivé de Belgique en 2008 avec son épouse d'origine australienne, Wouter s'est installé à Canberra et a commencé à photographier le brouillard et le bush broussailleux des hauts plateaux du Sud avec un mélange d'analogique et de numérique.

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Le travail de Wouter capture l’Australie rurale dans son atmosphère la plus calme et la plus sombre, ainsi que la beauté mélancolique propre aux petites villes australiennes. Nous avons discuté avec lui de ce qui l’attire dans ces paysages silencieux et dépourvus d’humains.

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VICE : Vous avez quitté la Belgique pour la Nouvelle-Galles du Sud en 2008. Quelles ont été vos premières observations à votre arrivée ?
Wouter Van de Voorde : Tous les clichés m’ont paru vrais. Le manque d'urbanisme est un problème en Belgique : vous pouvez vous déplacer d'une ville à l'autre sans voir aucun espace ouvert. L’Australie est au contraire qualifiée de « pays du grand ciel » en raison de ses horizons à perte de vue. Entre la côte et Canberra, le paysage change radicalement. En partant de Wollongong, vous traversez un magnifique escarpement rempli d’arbres à lyre et de fougères. Plus vous vous éloignez, plus le paysage devient sec et poussiéreux, surtout pendant les mois les plus chauds. Vous apprenez à apprécier les subtils changements dans les couleurs des arbustes et de la terre.

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Et qu'est-ce qui vous attire dans ces paysages ?
Quand vous vivez à Canberra, vous êtes gâté par des paysages sans fin. Au départ, mon obsession était de voir ce plateau géant qu’est la Nouvelle-Galles du Sud. Venant d’un pays aussi densément peuplé, j’ai trouvé l’absence d’êtres humains plutôt attrayante, à la fois thérapeutique et conflictuelle. Ma série Hume Sunrise, par exemple, est née durant un hiver alors que je souffrais d’anxiété. Après avoir déposé ma compagne au travail, je suis entré sur un terrain vague dans le brouillard du matin. Mon état mental était comme projeté sur ce paysage, je me voyais dans une zone de guerre, marchant dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. L'attrait esthétique de ces images contraste fortement avec l'état mental dans lequel je me trouvais en les produisant.

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Pourquoi choisissez-vous ces zones désertiques plutôt que des environnements plus esthétiques, comme les plages ou les forêts tropicales ?
Je n'ai jamais grandi le long d'une côte. Même si j’aime y aller, ce n’est pas un sujet pour lequel j’ai beaucoup d’affinité artistique. Les paysages ruraux, du point de vue thématique, sont beaucoup plus proches de chez moi, en Flandre rurale. Déjà plus jeune, j’adorais errer seul dans les champs qui se trouvaient derrière la maison de mes parents. Il y a quelque chose de magique et de puissant dans l’idée de grimper une clôture pour voir ce qui se trouve de l'autre côté. Je viens de rentrer d'un séjour en Belgique et ces domaines possèdent toujours cette attraction nostalgique. En Australie, je suis toujours le même enfant, à ceci près que j’ai des domaines beaucoup plus vastes dans lesquels m’aventurer.

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Ce projet est donc complémentaire de vos expériences d'exploration ?
À l’origine, mes photos visaient uniquement à montrer à mes amis et à ma famille ce que je faisais. Mon voyage à Broken Hill, par exemple, était bien plus axé sur la conduite que sur la photographie. C'était la première fois que je parcourais une grande distance au volant ma propre voiture.

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Quel est votre processus de documentation de ces régions ?
Chaque sujet, paysage et situation que je rencontre sont inévitablement rattachés à mon propre contexte. Je ne me considère pas comme un photographe documentaire à proprement parler dans le sens où toutes les images que je produis sont totalement biaisées en faveur de qui je suis. J'utilise de nombreux maniérismes picturaux et photographiques, mais j'essaie de rester authentique dans ma vision et ma façon de raconter des histoires. Je ne peux pas renier mes antécédents en peinture, par exemple.

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Parlez-moi de vos expériences de voyage et de conduite dans les régions rurales de Nouvelle-Galles du Sud.
J’ai fait pas mal de road trips avec mon meilleur ami, Jamie Hladky. Nous éprouvons tous les deux ce besoin d’explorer et de nous fixer comme destination finale des « lieux exotiques » comme Cobar. Il nous arrive parfois d’avoir des prises de bec, d’aller à l'hôtel et de demander aux locaux de nous traiter comme si nous étions en couple. Beaucoup de villes rurales ont encore la même atmosphère que dans le film Réveil dans la terreur ; cette relation avec l'alcool, la misogynie et l'ennui relatif.

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Vous utilisez une combinaison d'appareils photo analogiques, numériques et à pellicule, créant ainsi une image extrêmement sombre. Qu'est-ce qui vous a donné envie de travailler de cette manière ?
La pellicule permet une certaine lenteur et une certaine conscience quand on se trouve dans un lieu. Vous n’évaluez jamais vos photos sur place comme vous le feriez avec un appareil photo numérique.

La tonalité de mes images, en revanche, renvoie à mon passé de peintre. Comme la peinture européenne classique, l'utilisation du brun van Dyke et du bleu de Prusse est très répandue dans mes peintures. Je suis toujours très conscient de la gamme de tons de mes images. Souvent, les couleurs sont autant voire plus importantes que la scène réelle.

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Votre photographie est clairement destinée pour vous, mais qu'espérez-vous dire avec ce travail ?
Je suis continuellement amené à créer, que ce soit en peignant, en dessinant ou en photographiant. Lentement, je construis une archive considérable qui contient différents types d'histoires. Dans leur totalité, ou fragmentés en images singulières, ces récits seront la preuve de mon temps passé ici sur Terre.

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Sam Nichols est sur Twitter.

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